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« Je le fais pour ma fille » : une ex-prisonnière retourne aux études

Megan Mandes est une femme exceptionnelle qui défie le destin. Neuf mois après sa sortie de prison, la jeune femme a commencé en semptembre ses études postsecondaires au Collège Yellowhead Trail à Edmonton.

Un texte d'Omayra Issa

La femme autochtone de 28 ans est originaire de la Première Nation crie Muskeg Lake, en Saskatchewan, et est mère d'une fillette de 7 ans.

L'aventure estudiantine a débuté sur un coup de tête, après sa libération, en suivant l’exemple de sa meilleure amie, qui voulait faire des études collégiales.

« Nous avons postulé ensemble. Nous avons été acceptées le même jour et avons reçu du financement. Maintenant, nous allons étudier ensemble. C’est incroyable. Je n’y avais pas trop pensé », affirme-t-elle avec un grand rire.

Force et résilience

Megan Mandes, c'est la joie de vivre, le bonheur d'être entourée par les gens qu'elle aime et le don de surpasser les défis.

Pourtant, la jeune femme revient de loin.

Elle a passé 20 mois dans le centre correctionnel Pine Grove, à Prince Albert, pour entrée par effraction dans un dessein de commettre une agression.

Elle a vécu pendant plusieurs années dans l'enfer de la dépendance à l'alcool et aux drogues, et était membre d’un gang de rue.

Mme Mandes est issue d’une famille marquée par les séquelles des pensionnats autochtones. Son arrière-grand-père, son grand-père et sa mère ont tous fréquenté le pensionnat autochtone St. Michael's, près de Duck Lake, en Saskatchewan.

« Megan a grandi avec une histoire de dysfonctionnement générationnel dans sa famille. Elle a été placée dans un établissement comme ses proches », explique sa mère, Deanna Ledoux.

Défenseuse autoproclamée des droits

Megan Mandes s'est fait remarquer par l’organisme de défense des droits des prisonnières, la société Elizabeth Fry de la Saskatchewan peu de temps après son incarcération.

« Elle s’est démarquée par son énergie et son éloquence. Elle était déterminée à faire quelque chose de sa vie », affirme la directrice, Sue Delanoy, qui l’a rencontrée lors d’une visite régulière à Pine Grove.

Pendant qu’elle était derrière les barreaux, elle aidait ses compagnes à étudier, et à mieux connaître leurs droits. « Elle se voyait un peu comme une voix à donner aux autres femmes et s'est autoproclamée défenseuse attitrée. Elle remettait le système en question », ajoute-t-elle.

Mme Delanoy est convaincue que Megan Mandes a appris de ses erreurs et qu'elle est déterminée à ne plus retourner en prison.

Mme Delanoy croit que la plus grande contribution de Megan Mandes est d'avoir motivé les autres prisonnières à garder espoir.

La culture au cœur de la délivrance

Megan Mandes a passé des mois en isolement, cloitrée dans une cellule étroite pendant 23 h par jour.

Pour ne pas succomber au désespoir, elle faisait la dance des clochettes pendant des heures, danse mythique des femmes autochtones. « C’est une danse de guérison. On la ressent dans son cœur et dans son âme », précise-t-elle.

Megan Mandes dit qu'elle ne veut plus revivre l'enfer de la dépendance aux drogues et à l'alcool. Depuis sa sortie de prison en janvier 2017, elle danse dans des pow-wows toutes les semaines, une manière de s'ancrer dans ses nouvelles résolutions et de pratiquer sa culture crie.

À la fin de ses études, Megan compte visiter la Grèce en compagnie de sa mère, de sa fille et de ses amis pour voir l’océan. Son plus grand rêve est de devenir entrepreneure.

Elle conseille aux femmes incarcérées et à celles qui sortent de prison de ne pas avoir peur, d'aller au bout d’elles-mêmes et de suivre leurs rêves.

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