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« Je n'arrive pas à oublier » : notre journaliste témoigne un an après Nice

Le 14 juillet 2016, un déséquilibré mental et idéologique fauchait la vie de 86 personnes qui admiraient le ciel illuminé de Nice, un soir de fête nationale française. Notre journaliste qui a couvert cet attentat se souvient.

Un témoignage de Thomas Gerbet.

Je n'arrive pas à oublier tous ces gants en latex qui traînaient sur la promenade lorsque je suis arrivé, le lendemain matin.Je n'arrive pas à oublier ce vélo d'enfant, seul, au milieu de la route.Je n'arrive pas à oublier toutes ces taches de sang que les fleurs peinaient à couvrir.

Je n'arrive pas à oublier cette haine dans les yeux des gens qui crachaient et jetaient roches et déchets sur l'endroit où le terroriste a été abattu.Je n'arrive pas à oublier les propos racistes crus et cruels que j'ai entendu de la bouche de Niçois, omettant que le tiers des victimes étaient musulmanes.Je n'arrive pas à oublier la mauvaise foi de politiciens soutenant qu'on aurait dû avoir des blocs de béton et des lance-roquettes.Je n'arrive pas à oublier ces gens de retour sur la plage et les terrasses, 12 heures après le drame. Je me demande encore s'ils avaient tort ou raison.

J'étais à Paris, le 13 novembre 2015. J'étais à Bruxelles, au lendemain du 22 mars 2016. J'étais à Orlando, au lendemain du 12 juin 2016.

Je n'arrive pas à oublier ces appels au courage, lancés par des gens tentant de réprimer un tremblement.

On ne se rend pas toujours compte de la chance qu'on a, au Canada. La vague sournoise de la peur n'a pas gagné les esprits ici comme ailleurs.

On ne côtoie pas les militaires en armes longues, comme dans les rues de Paris et Bruxelles. On n'est pas fouillé à l'entrée des centres commerciaux, comme à Mumbai. On ne passe pas aux détecteurs de métaux, comme à l'entrée du métro de Pékin. On ne se demande pas si notre voisin a une arme dans son pantalon pour se défendre, comme aux États-Unis.

Samedi soir, à Montréal, fêtant au milieu de la foule compacte de la place des festivals, je m'en suis voulu. Parce que j'y ai pensé... « Est-ce que ça veut dire qu'ils ont gagné? », me suis-je demandé.

Et puis, je me suis rappelé cette magnifique lettre de Christiane Taubira, écrite au lendemain de l'attentat de Nice, qui se concluait ainsi : « Des enfants sont nés cette nuit-là. Je n’ai pas vérifié, mais je sais. Car ainsi va la vie qui vainc. Ces bonheurs n’ont pas la vertu de verser une goutte de fraîcheur sur les cœurs en malheur. Mais ils signent la défaite des semeurs de mort, qui qu’ils soient. »

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