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« Je suis libre! Cette fois c’est vrai! » - Mohamed Fahmy

Le journaliste canadien Mohamed Fahmy et son collègue égyptien d'Al-Jazira, Baher Mohamed, ont été graciés et libérés par le gouvernement égyptien. Les deux hommes font partie d'un groupe de 100 prisonniers pardonnés par le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi.

C'est par sa femme, Marwa Omara, que Mohamed Fahmy a appris la bonne nouvelle, alors qu'elle le visitait en prison. Marwa Omara quittait l'établissement lorsque la nouvelle de sa libération a été annoncée à la télévision. Elle est alors revenue sur ses pas pour lui annoncer la bonne nouvelle.

« J'ai demandé au policier de retourner le voir pour lui annoncer la nouvelle, il était tellement heureux! » a-t-elle confié au réseau CBC.

CBC a d'ailleurs parlé à Mohamed Fahmy peu après sa sortie de prison. 

« Pour la première fois depuis mon arrestation, je me sens comme une personne normale, libre, je me sens libre! » a-t-il dit à CBC.

M. Fahmy a ajouté vouloir revenir au Canada le plus rapidement possible, mais il ne croit pas que cela pourra se faire avant plusieurs jours, et enseigner à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC).  Les Affaires étrangères canadiennes ont annoncé qu'elles aideraient M. Fahmy à revenir au pays.

M. Fahmy a confié par ailleurs que ni lui ni son collègue Baher Mohamed n'étaient encore revenus de leur surprise.

Son avocate, Amal Clooney, a tenu à remercier le président égyptien d'avoir gracié les deux journalistes, parlant d'un jour historique qui voit corriger une injustice par la libération de deux innocents.

Un geste politique d'Al-Sissi 

La grâce présidentielle a été accordée dans le cadre de la fête musulmane de l'Aïd el-Kebir. Elle coïncide avec le départ du président Al-Sissi pour New York, où il assistera à l'Assemblée générale de l'ONU. Les libérations interviennent également au moment où l'Égypte et la France ont conclu un accord pour la vente de deux navires français Mistral qui étaient initialement destinés à la Russie.

Parmi les 100 personnes graciées, on retrouve également des activistes politiques égyptiens arrêtés pour avoir enfreint une loi controversée restreignant le droit de rassemblement et de manifestation.

Les principales figures du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011 - Ahmed Maher, Ahmed Douma et Alaa Abdel -, qui ont été condamnées à de lourdes peines de prison dans le cadre de cette même loi, ne font toutefois pas partie des prisonniers graciés.

Des pressions internationales

Tout en se réjouissant de la libération de M. Fahmy, la directrice générale d'Amnistie internationale division Canada francophone, Béatrice Vaugrante, estime qu'il n'aurait jamais dû être condamné.

« On s'entend qu'il n'aurait jamais dû aller en prison, a-t-elle déclaré à ICI RDI. Ce sont des prisonniers d'opinions pour Amnistie internationale. »

« On va difficilement savoir quelle est la raison qui a mené » à la libération de M. Fahmy, a indiqué Mme Vaugrante. « C'est certain que le bruit qui est fait, la mobilisation internationale, l'interpellation de chefs d'État - d'ailleurs à ce sujet, je regrette que notre premier ministre, Stephen Harper, n'ait jamais mis ça dans ses priorités, ne ce soit jamais lui-même engagé plus fermement pour faire libérer Mohamed Fahmy - mais c'est certain que cette campagne internationale qui dérange [...] », a contribué à faire libérer M. Fahmy.

« L'histoire nous dit que sans pressions on ne peut pas être libéré », a-t-elle poursuivi, précisant douter d'un changement d'attitude de l'Égypte envers la liberté d'expression. « Il y a vraiment de grands enjeux, des arrestations massives, des condamnations à mort massives, on a vraiment de grands enjeux sur la liberté d'expression et la diversité des opinions en Égypte. »

Mme Vaugrante estime que M. Fahmy court de grands risques s'il décide de retourner pratiquer le journalisme en Égypte. « Il devra effectuer une réflexion sur son métier », convient-elle.

Elle souhaite maintenant que d'autres pays imitent l'Égypte et profitent de fêtes religieuses pour gracier notamment Raif Badawi.

Deux procès et plus de 400 jours de détention

M. Fahmy et deux de ses collègues d'Al-Jazira avaient été condamnés à trois ans de prison ferme, au terme d'un deuxième procès en août dernier. Le tribunal les a condamnés pour avoir « diffusé de fausses informations » visant à soutenir les Frères musulmans.

Mohamed Fahmy et l'Égyptien Baher Mohamed avaient été arrêtés au tribunal devant une assistance sous le choc.

Les deux hommes avaient été libérés provisoirement, en février dernier, après avoir passé 400 jours derrière les barreaux. Ils avaient été libérés le temps de subir leur deuxième procès, pendant que leur collègue, l'Australien Peter Greste - relâché et expulsé vers son pays d'origine en vertu d'un décret présidentiel en février dernier -, a été jugé par contumace.

Les trois journalistes avaient été arrêtés en décembre 2013, avant d'être condamnés lors d'un premier procès, en juin 2014. Ils avaient à ce moment écopé de peines de 7 à 10 ans de prison.

Le gouvernement égyptien les accusait d'avoir soutenu les Frères musulmans - une organisation aujourd'hui interdite en Égypte - et d'avoir menacé la sécurité nationale avec leurs reportages.

Dans la foulée de l'expulsion de son collègue australien, M. Fahmy avait renoncé à sa citoyenneté égyptienne afin de faciliter son retour au Canada, mais la procédure s'est avérée vaine.

En février dernier, MM. Fahmy et Mohamed ont été appelés à subir un deuxième procès. Ils ont été libérés sous conditions, le temps des procédures, après avoir passé 400 jours derrière les barreaux.

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