Le leader parlementaire du gouvernement libéral de Philippe Couillard, Jean-Marc Fournier, est en poste pour y rester. Fort de l'appui de son premier ministre, M. Fournier a décidé de rester au cabinet, en dépit des allégations du chef du syndicat des policiers de Montréal, Yves Francoeur.

« Mon habilitation sécuritaire est maintenue et je peux continuer de faire le métier que je fais », a commenté le principal intéressé en marge du caucus de son parti. « M. Fournier n’a aucun changement dans son habilitation de sécurité », a renchéri le premier ministre Couillard.

« J’ai énormément confiance en M. Fournier, particulièrement [en] son expérience, et également [en] son jugement politique », a ajouté M. Couillard.

Allégations et enquêtes en cours

Le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, a identifié hier Jean-Marc Fournier et l’ancien ministre des Finances, Raymond Bachand, comme étant les deux politiciens à avoir échappé à une enquête criminelle pour fraude et trafic d’influence. Il était question, dans ces allégations, de modifications législatives en échange de dons au parti.

M. Francoeur avait fait ces allégations lors d’une entrevue à la radio en avril dernier, mais il n’avait pas nommé les politiciens, ce qu’il a fait hier. Le chef syndical s'est toutefois trompé en parlant de M. Bachand, qu'il semble avoir confondu avec l'ancien ministre Claude Béchard. Le premier soutient avoir la preuve, dans des agendas personnels, qu’il ne pouvait se trouvé au 1000 de la Commune ce jour-là. alors que le second est mort en septembre 2010, terrassé par un cancer à l’âge de 41 ans.

M. Francoeur soutient dans sa déclaration que plusieurs sources lui ont laissé entendre que l'enquête se serait notamment penchée, « fin 2011 ou début 2012 », sur une rencontre que les deux hommes ont eue avec un promoteur immobilier au 1000 de la Commune, dans le Vieux-Montréal.

Il y aurait été question « de développement et/ou de dézonage de terrains en retour de contributions au Parti libéral du Québec ».

Un curieux délai

L’avocat criminaliste Jean-Claude Hébert trouve curieux que l’enquête sur les allégations de M. Francoeur ne semble pas avoir été menée par la Sûreté du Québec (SQ). « Ce qui me chicote, c’est que depuis que l’événement a été signalé publiquement – c’est-à-dire la sortie de M. Francoeur à l’émission d’Arcand - il semblerait qu’il n’y a pas beaucoup de choses qui a été fait pour faire avancer l’enquête. »

« Rencontrer deux ministres qui sont visés par une dénonciation, il me semble que ce n’est pas très compliqué, estime encore M. Hébert en entrevue à ICI Radio-Canada Première. Leur demander "Êtes-vous allés là, oui ou non? Qui avez-vous rencontré?" ».

Par ailleurs, M. Hébert estime tout aussi curieux que M. Francoeur ait obtenu des informations privilégiées de la part de policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sur une enquête de la SQ.

M. Hébert ajoute que cette enquête aurait dû être priorisée, puisqu’il s’agit d’allégations graves concernant le travail de ministres du gouvernement. Il estime que si les allégations sont fausses, les ministres « ont droit à leur réputation, ils ont le droit d’être blanchis ».

L’enquête de la SQ a été élargie et elle inclura désormais les corps policiers de Québec, Longueuil et Gatineau, en plus du Bureau d’enquêtes indépendantes (BEI).

Des poursuites contre M. Francoeur ?

M. Couillard a précisé que les allégations dont M. Fournier faisait l’objet étaient très graves. « Répandre des allégations non fondées, en se trompant d’une fois à l’autre, et qui endommagent la réputation de quelqu’un d’autre, ça aussi, c’est grave, pour une démocratie et une société de droit », a déclaré M. Couillard.

M. Fournier s’est quant à lui réjoui que des enquêtes soient ouvertes pour faire la lumière sur les allégations de M. Francoeur. « Je crois que c’est très bien qu’il y ait une enquête sur des allégations à l’effet que l’UPAC et le DPCP sont contrôlés par le politique et qu’il y a des coins qui sont tournés très, très ronds », a indiqué M. Fournier. « C’est normal qu’il y ait une enquête et ils le font à plusieurs niveaux. Ça va être encore plus crédible. »

Quant à la possibilité de poursuivre M. Francoeur, M. Fournier se réserve quelques jours de réflexion avant de prendre une décision.

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