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Jeux autochtones interbandes : sortir les jeunes de leur isolement

Le village de Wemotaci accueille jusqu'au 12 juillet les Jeux autochtones interbandes (JAIB). Plus de 1000 jeunes de 9 à 17 ans des communautés des Premières Nations du Québec compétitionnent dans une vingtaine de disciplines. Mais au-delà des épreuves sportives, c'est peut-être l'avenir d'une jeunesse qui se joue.

Un texte de Robert Frosi

En plein de cœur de la Haute-Mauricie se dresse le village de Wemotaci. Après La Tuque, il faut encore parcourir 1 h 30 dans un chemin de terre pour voir apparaître enfin ce lieu de plus de 1000 âmes. Bienvenue chez les Atikamekw.

Dwayne Petiquay et son ami Mashtan Newashish nous confient que les jeunes étaient un peu sceptiques, au début, à l'idée que leur communauté deviendra pour quelques jours le centre des Premières Nations du Québec.

« D'habitude, ici, c'est comme un village fantôme, affirme Dwayne Petiquay. Les jeunes restent à l'intérieur, mais là, ça leur permet de rencontrer des gens qui viennent d’ailleurs. Pour moi, c'est important, car on n'est pas juste des Atikamekw au Québec. Il y a des Micmacs, des Iroquois, des Cris. Il n'y a pas juste une seule nation, ça rassemble nos cultures. »

« Au début, on n'y croyait pas. On se disait qu'on [n’allait] pas réussir, parce que le terrain n'était pas encore construit. [...] Aujourd’hui, les Jeux ont commencé, c'est cool! Ce n'est plus un rêve, c'est vrai! », renchérit Mashtan Newashish.

Durant 10 jours, plus de 1000 jeunes Autochtones venus de tout le Québec vont partager leur quotidien. Un défi colossal pour cette communauté qui voit doubler sa population, mais qui n'inquiète en aucune manière la directrice générale de Wemotaci, Isabelle Wood.

« C’est tout un défi qui a été relevé par le comité organisateur des Jeux autochtones interbandes en termes d'infrastructures, d'accueil, d'hébergement, de restauration, se réjouit-elle. Vraiment tout le monde a mis la main à la pâte. On est prêts aujourd'hui à accueillir tous ces beaux jeunes des Premières Nations du Québec. »

Le slogan de Wemotaci est inscrit sur les murs de l'école : « Mon école, mon avenir ». Dans ce village où 65 % de la population a moins de 30 ans, il n'a peut-être pas été facile de convaincre les jeunes que ce projet était réalisable, mais l’enthousiasme les a gagnés, comme l'explique la coordonnatrice des Jeux, Gaétane Petiquay.

« Ils avaient hâte, surtout quand ils ont vu que les infrastructures se mettaient en place. Là, ils ont vu que ça [allait] se faire, que ça devenait réel et que ça s’en venait dans leur communauté. Et pour eux, c’était un grand sentiment de fierté », explique-t-elle.

Stanley Vollant, un modèle

« Kwei Kwei » : c'est dans sa langue innue que le président d'honneur des Jeux, le docteur Stanley Vollant, nous souhaite la bienvenue. Pour celui qui est devenu le premier chirurgien autochtone au Québec, ces Jeux sont avant tout une aventure humaine essentielle.

Aux quatre coins du village où les chiens sont rois, la langue innue se mélange d'ailleurs au Cri ou à l'Atikamekw, car les Jeux, c'est aussi la rencontre des cultures.

« Ça me fait chaud au cœur de voir tous ces jeunes compétitionner entre eux, confie-t-il. Ça rapproche les communautés parce qu'ils vont apprendre à se connaître les dix prochains jours. »

Devenu un modèle pour toutes les communautés du Québec, Stanley Vollant veut faire bouger cette jeunesse. Le sport est ici un prétexte pour sensibiliser les jeunes aux saines habitudes de vie, mais aussi pour leur dire de croire en leurs destinées comme lui-même l'a fait. Depuis quelques années, le Dr Vollant marche à la rencontre des jeunes des communautés autochtones avec son bâton des rêves. Dans chaque village, il propose aux jeunes de transmettre leurs rêves dans son bâton.

« Je pense que je suis encore un modèle, un vieux modèle, mais encore très pertinent. « Quand [les jeunes] me voient, ils se disent : "Il est venu d'une communauté autochtone comme moi. Il a grandi sous la tente avec ses grands-parents." Pour les jeunes ça devient pertinent pour eux. Ils se disent : "Moi aussi, je suis capable d'en faire autant que Stanley, sinon un peu plus : devenir le premier neurochirurgien du Canada ou le premier chirurgien premier ministre". »

« Il n'y a pas de limites, il est important de croire en ses rêves », lance-t-il.

Le sport comme exutoire

Durant ces quelques jours, les jeunes athlètes autochtones vont découvrir qu'ils ne sont pas seuls dans leurs batailles quotidiennes et que la sédentarité, la violence ou la drogue ne sont pas les seules issues, comme le raconte Olivia Quitich-Ottawa, qui vient de Manawan, une autre communauté atikamekw.

« Je pense que c'est important de faire bouger les jeunes des communautés et ça peut les empêcher de prendre des drogues ou de boire. Dans notre communauté, l'alcool est très présent chez les jeunes. On essaye de trouver des moyens pour empêcher cela. À Manawan, on utilise le sport pour amener les jeunes ailleurs », dit-elle.

Après plus de 14 heures de voyage, Dan Grégoire, un Innu de la Côte-Nord qui veut devenir footballeur professionnel, avoue aussi que les Jeux autochtones sont bien plus qu'une compétition. « On parle tout le temps de la drogue, de l’alcool, déplore-t-il. Moi, je veux que tout le monde arrête ça et que le sport soit dans la vie quotidienne. »

Ces Jeux autochtones serviront peut-être à éveiller une jeunesse qui a tellement besoin de retrouver le respect, l'estime de soi et une place dans la société. Durant 10 jours, tous ces jeunes entendront résonner la chanson thème des Jeux, composée par la chanteuse de Wemotaci Laura Niquay. Une chanson au titre évocateur : Sois fort, toi aussi!

Avant de quitter les Jeux, Olivia avait ce message à livrer : « On dit que tout est possible dans la vie, que rien n'est impossible et qu’il ne faut jamais abandonner. Il faut se battre pour avoir une vie meilleure. »

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