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Journée mondiale du sida : le défi de la prévention

Dans une lettre ouverte adressée au ministre de la Santé Gaétan Barrette, 21 médecins et professeurs d'université du Québec pressent le gouvernement Couillard de se doter d'un programme ciblé, structuré et bien financé afin d'enrayer l'épidémie de VIH.

De nouvelles infections se produisent quotidiennement dans des populations à risque, particulièrement chez les hommes gais, mais aussi chez les usagers de drogues, les migrants et les Autochtones, soulignent-ils. Or, Québec « n’a pas ajusté son tir ».

Devant le succès des antirétroviraux, qui rendent la maladie plus gérable, une « certaine complaisance s’est installée chez les décideurs à l’effet que cette épidémie n’est plus si urgente, si catastrophique », déplorent-ils.

Selon eux, Québec doit viser la cible 90-90-90 fixée par l’Organisation mondiale de la santé il y a trois ans : 90 % des personnes infectées devraient connaître leur statut, 90 % des individus qui ont reçu un diagnostic devraient être mis sous traitement, et 90 % d’entre eux devraient avoir leur charge virale supprimée.

Ils demandent à Québec :

  • d’augmenter le nombre d’infirmiers et d’intervenants communautaires oeuvrant auprès des communautés à risque, afin d'améliorer le dépistage, la prise en charge et le traitement des personnes infectées;
  • d’augmenter l’offre de services d’approches de prévention efficaces, comme la prophylaxie pré-exposition, la distribution de seringues et l’accès aux soins pour les toxicomanes;
  • de financer adéquatement les interventions existantes en collaboration avec les groupes communautaires et les chercheurs et développer de nouvelles façons de rejoindre les populations marginalisées;
  • de s’attaquer aux problèmes de santé mentale et de dépendance qui coexistent avec le risque d’attraper une infection virale chronique;
  • de faciliter l’accès au paiement de médicaments pour ceux qui ont des difficultés à payer leur part;
  • de soutenir la capacité des chercheurs québécois à développer de nouvelles approches en traitement et en prévention, en rétablissant le financement du réseau FRQS-SIDA/maladies infectieuses, amputé selon eux de 30 %.

« Le principal défi, c’est la prévention », souligne pour sa part le directeur de la clinique L'Actuel, le Dr Réjean Thomas, en entrevue au Réseau de l'information. Les « gains incroyables » effectués au fil du temps font en sorte que le VIH est devenu en quelque sorte une « maladie chronique », alors qu'elle était jadis mortelle. Graduellement, les campagnes de prévention associées à la journée mondiale du sida ont été abandonnées.

Il n’y en a plus depuis quelques années [de campagne], il n’y a plus d’éducation sexuelle dans les écoles, le sida ne fait plus peur. Ce qui fait qu’on est pris quand même avec le défi de comment faire de la prévention, chez les jeunes surtout, qui n’ont pas connu le sida.

De Réjean Thomas

Il souligne lui aussi qu'au-delà des groupes les plus à risque, comme les homosexuels, il importe de s'adresser à d'autres groupes, comme les migrants. « C’est quelque chose qu’on voit tous les jours dans nos bureaux : des gens qui arrivent du Moyen-Orient, la population arabe aussi, même dans la communauté gaie. »

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