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Jusqu’où ira l’Espagne pour anéantir le projet d’indépendance catalan?

À deux semaines du référendum d'autodétermination de la Catalogne, l'Espagne dit n'écarter « aucune option » pour empêcher « les sécessionnistes » de mener à bien ce scrutin. Pour Joan B. Culla i Clarà, professeur à l'Université autonome de Barcelone, Madrid pourrait aller jusqu'à saisir les urnes.

En entrevue vendredi à Midi info, sur Radio-Canada Première, le professeur Culla i Clarà a décrit jusqu'à quelles extrémités pourrait se rendre, selon lui, le premier ministre Mariano Rajoy, advenant que le « oui » l'emporte le 1er octobre en Catalogne.

« À mon avis, le gouvernement de Madrid va faire tout son possible pour empêcher - même, disons physiquement - la tenue du référendum », a affirmé le professeur d'histoire contemporaine.

Pour le gouvernement minoritaire de Mariano Rajoy, ce scrutin est illégal. Son point de vue a été renforcé, la semaine dernière, lorsque la Cour constitutionnelle a suspendu la loi de référendum, adoptée par la majorité indépendantiste au Parlement régional de la Catalogne. La Haute Cour de Madrid doit encore se prononcer sur le fond de cette affaire.

Selon le professeur Culla i Clarà, le gouvernement espagnol perçoit « comme une humiliation » la perspective que des centaines de milliers de Catalans osent, malgré les menaces, se prononcer en faveur de l'indépendance de leur région. Et, bien qu'il admette « ne pas avoir de boule de cristal », l'universitaire n'a pas de mal à évoquer les gestes que pourrait faire Madrid.

Pour Joan B. Culla i Clarà, le gouvernement central de l'Espagne est conscient que ce bras de fer avec les indépendantistes catalans risque de ternir son image à l'échelle internationale. Particulièrement si « certaines limites » sont franchies. Le professeur dit tenir de source sûre que le premier ministre Rajoy a évoqué, il y a quelques mois, lors d'une conversation privée, ce que serait « la une du New York Times, le 2 octobre, avec une photo d’un policier emportant les urnes ».

« Ça nous ferait très mal », aurait déclaré Mariano Rajoy.

Contrôle des dépenses et enquête criminelle

Vendredi, Madrid a augmenté d'un cran la pression exercée sur Barcelone en ordonnant aux dirigeants indépendantistes de se plier, dans les 48 heures, à un nouveau système de contrôle des dépenses.

Cette mesure s'ajoute à l'enquête criminelle visant les maires catalans qui participeront à l'organisation du référendum. Ces maires pourraient être arrêtés et amenés au parquet « dans le plus bref délai possible », s'ils ne se rendent pas volontairement.

Aux yeux du professeur Culla i Clarà, ces décisions illustrent à quel point l'Espagne se conçoit, depuis toujours, comme un État unitaire, homogène. « Ses dirigeants, et même une large partie de son opinion publique, ne sont pas capables de comprendre, par exemple, qu’une partie des Espagnols puissent décider de rester ou de s’en aller [du pays] ».

La différence entre l'indépendantisme au Canada et en Espagne...

Le 14 septembre dernier, à Montréal, le professeur barcelonais a prononcé une conférence sur la Catalogne à l'invitation de l'Institut de recherche sur l'autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI).

Pour comprendre ce qui se passe en Espagne « à partir de Montréal, du Canada, il faut tenir compte d’une différence très importante », affirme Joan B. Culla i Clarà, soit celle qui sépare les cultures politiques respectives de l'Espagne et du Canada.

« La culture politique canadienne depuis son origine est une culture de la pluralité, dit le professeur catalan. Le Canada est né, vous le savez bien mieux que moi, de l’addition, du mélange de deux pièces qui étaient différentes, en langues, en religions, en origines. »

De surcroît, le Canada est une fédération. « Il y a, à Ottawa, une vraie culture fédérale, dit M. Culla i Clarà. Tout ça n’existe pas en Espagne. »

Une région profondément métissée

Joan Culla i Clarà affirme qu'il sera « très difficile » pour les indépendantistes catalans d'obtenir une majorité écrasante, de 90 % par exemple, lors du scrutin du 1er octobre. Car, dit-il, des 7,5 millions d'habitants que compte la Catalogne, seuls deux millions, environ, sont nés en Espagne ou sont de descendance espagnole.

« La Catalogne a été, peut-être, le pays du monde qui pendant le 20e siècle a reçu le plus d’immigrants par rapport à sa population, affirme-t-il. Nous sommes un pays absolument métis, mélangé. »

Plus d'un siècle de nationalisme catalan

Cela dit, « ce n’est pas d’hier que les Catalans veulent l’indépendance, c’est d’avant-hier », ironise Joan Culla i Clarà.

Avant-hier, c'est le 19e siècle. Mais à cette époque, et jusqu'à la moitié du 20e siècle, les Catalans, tout nationalistes qu'ils étaient, ne prônaient pas l’indépendance, sauf exception, d'expliquer M. Culla i Clarà. La Catalogne était « l’usine de l’Espagne et l’Espagne était son marché ».

La genèse de la frustration des Catalans

La donne a changé en 2010, « lorsque la Cour constitutionnelle espagnole a publié un arrêt qui démantelait le dernier statut d’autonomie catalan qui avait été réformé, élargi en 2006 », rappelle le professeur.

Pour des centaines de milliers de Catalans, cet événement a créé « une profonde frustration, un sentiment d’humiliation », dit Joan B. Culla i Clarà.

« C’est là la racine, la genèse de l’indépendantisme actuel » en Catalogne, conclut-il.

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