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Justin Trudeau à Strasbourg pour vanter le libre-échange

Au lendemain du feu vert donné par une majorité de députés européens à l'Accord économique commercial et global, le premier ministre Justin Trudeau a lancé un plaidoyer en faveur du libre-échange devant le Parlement européen à Strasbourg.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Le constat du premier ministre Trudeau est sans appel. L'Accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe doit se traduire en « bénéfices pour les gens ».

Ces bénéfices sont d'autant plus importants dans un contexte où beaucoup mettent en doute le bien-fondé de ce type d'entente et où les courants protectionnistes ont pris de la vigueur, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais aussi ailleurs en Occident.

Nous vivons à une époque où beaucoup estiment que le système ne profite qu'aux quelques-uns les plus chanceux dans la société. Et leur inquiétude est valable.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Et malgré la nouvelle étape franchie mercredi, des inquiétudes et des doutes sont toujours bien présents, tant au Canada qu'en Europe.

La preuve : plus de 200 députés à Strasbourg, à droite et à gauche, ont voté contre la ratification du traité. Des manifestants se sont aussi présentés dans la ville d'Alsace pour faire part de leurs craintes.

Impacts sur l'environnement, pouvoir des entreprises privées lors de recours et possibles pertes d'emploi... Les questions sont encore nombreuses.

Mardi, à Ottawa, des députés du NPD, du Bloc québécois et du Parti vert ont également voté contre la ratification canadienne de l'accord.

L'antidote de Trudeau au protectionnisme : des preuves concrètes de réussite

Création d'emplois et prix intéressants pour les consommateurs. Voilà, selon le premier ministre, une clé qui permettra de convaincre les sceptiques du libre-échange.

En facilitant l'achat et la vente de produits, nous augmentons les occasions d'affaires des entreprises, au Canada et partout en Europe. Pour tous : les petites entreprises, les fermiers et les pêcheurs qui travaillent fort.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Justin Trudeau veut que ce type d'accord ne soit plus perçu comme étant limité « au commerce, aux importations, aux exportations et au profit ».

Le premier ministre présente donc l'entente comme étant « progressiste ». Il promet une protection de la main d'oeuvre, la promotion de pratiques responsables en matière d'investissement et une bonne gestion de l'environnement.

Le premier ministre Trudeau a martelé que l’AECG n’était pas seulement un accord commercial, mais bien une occasion de faire croître les conditions de vie de la classe moyenne des deux partenaires. « Dans cet accord on a su pas seulement mettre l’emphase sur les occasions commerciales, mais aussi sur l’importance d’un gouvernement, d’une société de pouvoir protéger ses valeurs et ses citoyens », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à la suite de son discours au Parlement européen.

« Le Canada et l’Union européenne partagent les mêmes valeurs, la même approche, la même compréhension que nous ne pouvons bâtir une économie plus forte sans à la fois protéger l’environnement, où les lois sur le travail et la santé sont essentielles pour nos citoyens », a-t-il poursuivi.

« Si l’Union européenne et le Canada – avec tout ce que nous partageons en termes d’histoire, de culture et de valeurs – n’arrivent pas à trouver une façon de faire fonctionner nos économies ensemble, dites-moi quelles économies parviendront à trouver des terrains d’entente », a lancé le premier ministre canadien.

Interrogé sur la teneur de son discours lors de son passage à la Maison-Blanche, le premier ministre canadien a prétendu avoir porté le même message. « C’est que nous nous devons de travailler en tant que gouvernement et entre gouvernements pour créer des opportunités pour la classe moyenne », a précisé M. Trudeau.

Le premier ministre canadien a reconnu que l’accord suscitait de « l’anxiété » au sein d’une partie importante de la population, mais il s’est fait rassurant. « Nous devons répondre à cette anxiété […] en démontrant que nous pouvons prendre des actions concrètes pour créer de bons emplois », a-t-il indiqué. M. Trudeau avance que l’UE et le Canada ont trouvé une nouvelle façon de défendre le pouvoir des États de légiférer pour protéger leurs concitoyens et l’environnement.

Encore des étapes à franchir

Les feux verts donnés par les parlements de Strasbourg et d'Ottawa devraient permettre l'application provisoire sous peu de l'accord de libre-échange, qui abolit la plupart des tarifs douaniers.

Mais pour une mise en oeuvre complète et permanente, l'accord doit encore être ratifié par la totalité des parlements nationaux des pays membres de l'Union européenne, en plus de certaines législatures régionales.

Déjà mercredi, le ministre-président de la Wallonie, le socialiste Paul Magnette, soulignait sur les réseaux sociaux que son gouvernement ne donnerait pas son sceau d'approbation avant d'être satisfait par rapport aux demandes formulées à l'automne.

C'est cette région de Belgique qui, en s'opposant à certains aspects de l'accord en octobre, avait mis en péril la cérémonie de signature à Bruxelles.

Présentation de l'ambassadeur Dion

Justin Trudeau a également profité de son passage devant les élus à Strasbourg pour présenter son nouvel ambassadeur en Allemagne et auprès de l'Union européenne, Stéphane Dion.

Il représentera fièrement le Canada, avec courage et conviction, alors que nous amorçons ensemble ce nouveau chapitre important.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

La nomination de Stéphane Dion doit encore être approuvée par l'Union européenne et le gouvernement allemand.

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