Justin Trudeau débarque dans la métropole américaine où il participe à un grand sommet consacré aux enjeux qui touchent les femmes. Il est l'un des conférenciers vedettes, aux côtés des Hillary Clinton et Scarlett Johansson de ce monde. Exercice de relations publiques ou engagement véritable?

Un texte de Louis Blouin

Dans le programme de l'événement « Women in the World Summit », le premier ministre canadien est présenté en tant que « féministe, enseignant et père ». Il y abordera des thèmes qui lui sont chers, dont l'avancement des droits des femmes et l'égalité des sexes.

Cette même journée il rencontrera des entrepreneures du secteur privé et discutera de parité homme-femme au quartier général de l'Organisation des Nations unies (ONU).

« Parce qu'on est en 2015 »

Depuis qu'il a prononcé cette célèbre phrase à propos de son cabinet paritaire, Justin Trudeau est cité en exemple et profite de toutes les tribunes pour défendre la cause des femmes.

Le premier ministre en a fait le fer de lance de sa politique de développement international et a obtenu un siège à la Commission de la condition de la femme de l'ONU.

Récemment, il a créé un groupe de travail sur les femmes entrepreneures avec la fille du président américain, Ivanka Trump.

Politicien ou vedette?

Certains pensent cependant que l'image l'emporte sur le bilan du gouvernement Trudeau sur le plan de politiques ciblant la condition féminine au Canada.

« Je suis une lectrice de la presse étrangère et lorsqu'on parle de lui, on parle de lui comme d'une vedette. Ça ne fait aucun tort au Canada, mais entre-temps il y a des dossiers sérieux qui sont laissés en friche », affirme Laure Paquette, professeure au département de sciences politiques à l'Université Lakehead à Thunder Bay.

Elle aimerait voir plus de progrès en matière d'équité salariale ou de participation des femmes dans les milieux universitaires, notamment en sciences.

La députée du NPD, Karine Trudel, abonde dans le même sens. « C'est bien d'être auprès de vedettes, de gens célèbres, de personnalités très fortes, mais aussi monsieur Trudeau devrait retourner sur le terrain. » Elle pense que le gouvernement doit passer de la parole aux actes et être un meilleur modèle sur son propre territoire.

Par exemple, elle déplore qu'un projet de loi en matière d'équité doive attendre à 2018. Selon Karine Trudel, il s'agit d'une bonne façon d'aider « directement les femmes sur le terrain, dans le milieu de travail ».

Le dernier budget fédéral souligne d'ailleurs que le Canada a beaucoup d'efforts à faire pour combler l'écart salarial entre les hommes et les femmes.

Selon Mme Trudel, Justin Trudeau est déconnecté des femmes qui peinent toujours à se « trouver un emploi à temps plein, avec de bonnes conditions de travail ».

Même si Ottawa va consacrer 7 milliards sur ans 11 ans pour l'apprentissage et la garde des jeunes enfants, elle déplore l'absence de mesures concrètes et immédiates pour aider les mères qui cherchent une place en garderie.

Un canada « avant-gardiste »

La professeure en communication politique à l'Université du Québec à Trois-Rivières, Mireille Lalancette, a une perception différente de l'agenda féministe du premier ministre. Elle croit qu'il se fonde dans ses « croyances fondamentales » et ne sert pas qu'à flatter son image. « Il semble y croire vraiment, il y a une authenticité » , fait-elle valoir.

La nomination d'un cabinet paritaire ou l'enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées sont des exemples qui prouvent la cohérence de sa démarche selon Mme Lalancette. Elle souligne aussi que la « façon dont il se présente dans sa vie privée avec sa conjointe » renforce son message.

L'engagement du Canada envers la cause des femmes peut-il l'aider dans sa campagne pour obtenir un siège au conseil de sécurité de l'ONU? Mireille Lalancette ne veut pas établir de lien direct, mais pense que cela ne peut pas nuire.

« Ça joue certainement au niveau de la perception du côté avant-gardiste du Canada. » Justin Trudeau doit d'ailleurs rencontrer Antonio Guterres le nouveau secrétaire général de l'ONU, lors de son passage jeudi.

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