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Kaytranada, « un ambassadeur du Québec ignoré par les médias du Québec »

À 24 ans, le DJ et remixeur Kaytranada se produit devant des salles combles en Europe. Celui qui vit encore dans le sous-sol chez ses parents à Saint-Hubert est pourtant peu connu au Québec. Portrait d'un musicien qui s'apprête à marquer sa génération.

Un texte de Ronald Georges

Son réarrangement de la pièce If de Janet Jackson en 2012 l'a fait connaître. Il a ensuite signé un contrat d'enregistrement avec la maison britannique XL Recordings (M.I.A., Adele) et assuré la première partie de quelques spectacles de la tournée nord-américaine de Madonna.

Le nom de Kaytranada est sur toutes les lèvres depuis que celui-ci a remporté le prix Polaris 2016 pour son disque 99.9%, une des récompenses musicales les plus prestigieuses au pays. Comment est-il devenu l'un des artistes les plus prometteurs de sa génération?

Une rapide ascension

Louis Kevin Célestin est né à Port-au-Prince en 1992. Sa famille est arrivée au Canada quelques mois plus tard, en 1993.

À la fin des années 2000, Kaytradamus, son nom d'artiste à ses débuts, était déjà l'un des talents les plus intéressants dans les soirées de musique hip-hop et électro à Montréal. Il a réalisé des réarrangements et des productions pour les rappeurs Koriass et Maybe Watson, et s'est fait connaître grâce à sa page SoundCloud, où il présente des classiques avec les rythmes de son cru. Cette page comprend aujourd'hui 490 000 abonnés.

« Tout le monde l'a vu monter à Montréal. On savait qu'il allait aller loin. Tous les DJ jouaient ses remix bootleg », témoigne le musicien et DJ montréalais Poirier. « C'est surprenant à quel point les médias au Québec n'ont pas parlé de lui », regrette-t-il.

Philippe Renaud, journaliste musical au quotidien Le Devoir, rappelle que Kaytranada a connu son moment de gloire lorsque la BBC lui a offert une émission sur Radio 1Xtra, où il a été l'un des quatre DJ résidents mensuels.

Au lendemain de sa victoire aux prix Polaris, un certain Wyclef Jean a appelé le jeune musicien. La preuve, selon Philippe Renaud, qu'il « est le nouvel ambassadeur de la culture haïtienne internationale ».

D'ailleurs, le journaliste musical fait remarquer que les artistes hip-hop aux États-Unis ne mettent pas de l'avant leur identité. Par exemple, Akon, le rappeur américain d'origine sénégalaise (il a grandi dans le pays de ses parents) « n'insistait jamais là-dessus », lui qui parle en plus français.

Ce trait identitaire dévoilé par Kaytranada en fait encore plus un phénomène unique dans l'industrie musicale.

Le disque d'une génération?

Le parcours et la proposition artistiques de Kaytranada sont intéressants, car « sa musique touche autant le hip-hop que la musique de club, mais le hip-hop est indissociable de son travail », croit Philippe Renaud.

« Kaytranada a fait ses devoirs. Il a beaucoup étudié le rap, le disco, la soul, la house, aussi la musique haïtienne par la bande. Il ne cache pas son origine, mais elle s'inscrit dans ce grand dialogue de la musique noire », précise le musicien Poirier, un vétéran de soirées de musiques hip-hop et électronique (il anime les soirées Qualité de luxe à Montréal une fois par mois).

« Kaytranada fait du hip-hop et de la house qui n'en sont pas tout à fait », précise également Philippe Renaud. Cela tombe bien : depuis quelque temps, les grandes vedettes du hip-hop, comme le Canadien Drake, s'éloignent du hip-hop afin de mieux l'intégrer à la pop et à la musique électronique.

La palette sonore de Kaytranada est mélodieuse, « mais le son de la batterie et de la basse derrière n'est jamais un 4/4 traditionnel. Il peut faire danser le cha-cha-cha », fait remarquer Philippe Renaud, qui est persuadé que le premier disque de Kaytranada deviendra une référence dans le monde de la musique électronique, au même titre que Endtroducing de DJ Shadow (1996).

(Source :YouTube/KAYTRANADA)

Pour Poirier, Kaytranada mérite « amplement » toute l'attention qu'il reçoit.

Un avenir prometteur

Depuis quelques années, Kaytranada fait courir les foules. Le Métropolis était complet pour le lancement de son disque en mai dernier, et son spectacle au festival montréalais Osheaga a été fort couru.

Mais son succès est encore plus important en Europe. « Les gens dansent, tripent sur sa musique. Ils rempliraient la place des Festivals », souligne le journaliste Philippe Renaud, qui croit que dans cinq ans, Kaytranada aura « lancé son deuxième album, réalisé des productions pour Kanye West et sera partout ».

Pour Poirier, Kaytranada « sera fermement implanté dans le monde de la musique mondiale » dans cinq ans. Il collabore déjà avec de gros noms de la pop anglo-saxonne comme le Britannique Craig David et l'Américain Anderson Paak (qui est associé à Kendrick Lamar).

L'ascension vers les cimes de la pop par Kaytranada se confirme. Cette semaine, le magazine musical The Fader a confirmé que l'artiste de Saint-Hubert se trouvait en studio avec André 3000 du duo Outkast.

Actuellement au beau milieu d'une tournée mondiale, Kaytranada sera à Vancouver vendredi, puis à New York et à Chicago, entre autres. Il se rendra ensuite en Australie et en Nouvelle-Zélande pour y présenter quelques spectacles à la fin octobre. Les prochaines années seront fort chargées pour le jeune DJ et musicien.

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