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Kuujjuaq en état de crise après une vague de suicides

Cinq jeunes de 15 à 20 ans de la communauté inuite de Kuujjuaq ont mis fin à leurs jours entre la mi-décembre et la mi-mars. Les policiers de Kuujjuaq sont débordés; la Ville a créé un comité d'urgence et lance un appel à l'aide à Québec.

Un texte de Francis Labbé

« Les jeunes sont souvent tellement pris dans leurs problèmes qu'ils les perçoivent comme un volcan, alors qu'avec l'expérience, on apprend que les situations ne sont pas si graves », explique Olivia Ikey Duncan, coordonnatrice au Carrefour jeunesse emploi de Kuujjuaq.

Olivia a elle-même songé quelques fois au suicide. Aujourd'hui âgée de 27 ans, elle a perdu deux grands-parents, un cousin et sa meilleure amie de cette façon. « Aujourd'hui, je travaille à aider les jeunes, j'ai une petite fille, je peux aller manger au restaurant. Tout ça, mon amie ne le verra jamais. Ça me rend vraiment triste. »

Le maire de Kuujjuaq ne peut expliquer les cinq récents suicides de jeunes Inuits. « Je pense que c'est à nous, en tant que communauté, de prendre les décisions pour nous sortir de cette crise », ajoute-t-il.

C'est pourquoi le maire de Kuujjuaq a aussi demandé de l'aide aux autres villages du Nunavik, afin que des travailleurs sociaux inuits soient envoyés en renfort. « Nous sommes les gens qui vivent dans le Grand Nord. Nous sommes les experts de notre milieu et de notre vie », poursuit Tunu Napartuk.

« Ce n'est pas facile de gérer une crise de cette ampleur. Nos ressources en santé mentale sont insuffisantes », confie le directeur du centre de santé de Kuujjuaq, George Berthe.

Le centre de santé Tulattavik n'a pas ménagé d'efforts pour affronter ce triste phénomène. Tous les intervenants en psychologie et en travail social se sont mobilisés.

« On a regroupé nos intervenants, décidé d'un plan d'action avec eux, discuté des horaires de travail et déterminé qui va en CLSC, qui va dans les écoles et qui reste dans la communauté », explique Luce Lepage, directrice du Service enfance-famille au Centre de santé Ulattavik.

La Régie régionale de la santé du Nunavik a quant à elle lancé une page Facebook avec des capsules et des témoignages pour inciter les jeunes Inuits à se confier et à briser l'isolement.

Les policiers affrontent un ennemi de taille

« J'ai eu à intervenir dans quatre des cinq cas », confie Michael Filteau, qui est policier à Kuujjuaq depuis près de neuf ans. « Ici, c'est une toute petite ville de 2400 habitants. On côtoie les gens et leur peine tous les jours. J'ai tenu des pères dans mes bras. Des pièces d'homme, et c'est comme si je tenais un drap. »

Ne pas rester les bras croisés

« Depuis les premiers cas, on a environ minimum une intervention par jour de personne qui fait une tentative de suicide ou qui a des pensées suicidaires », explique pour sa part le capitaine Charles Dufault, du Corps de police régional Kativik.

Pour tenter de prévenir certaines situations dramatiques, les policiers de Kuujjuaq vont distribuer dans les prochains jours des verrous à gâchette pour armes à feu. « Si on peut sauver au moins une vie de cette manière-là, on aura fait notre travail », ajoute Charles Dufault.

Parallèlement, le chef de police surveille de près ses employés. « Tu ne peux pas sortir d'une série d'événements comme ceux-là sans en porter le poids », explique Michel Martin, chef du Corps de police régional Kativik (CPRK).

« Ici, les services sont limités. Il y a du support local, mais nous avons offert des services supplémentaires à nos policiers. Des intervenants peuvent même se déplacer jusqu'ici pour nous venir en aide. »

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