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L'abondance des prédateurs contrôlée par leurs proies

La biologie animale recèle parfois bien des mystères. Une récente découverte d'une équipe montréalaise vient poser de nouvelles questions sur l'équilibre de la nature tel qu'on le connaissait : en cas de surpeuplement, les proies se reproduisent moins afin de freiner l'abondance de leurs prédateurs.

Un texte de Richard Massicotte des Années lumière

La recherche, publiée dans la revue Science, en vient à la conclusion que plus un milieu naturel est surpeuplé, moins la progéniture des proies, et par conséquent des prédateurs, est abondante.

L'étude remonte aux années où son auteur principal, le biologiste de l'Université McGill Ian Hatton, a vécu au Zimbabwe, où la faune abonde dans ses parcs nationaux.

La recherche a commencé par un recensement des populations animales des parcs nationaux de l'est et du sud du continent africain. En examinant les données, toutes recueillies dans des zones animalières protégées, les chercheurs ont fait un constat surprenant. On croyait jusqu'ici qu'avec un grand nombre de proies, il devrait y avoir autant de prédateurs­.

Mais ce n'est pas le cas, constate Ian Hatton. Au contraire, le taux de reproduction des proies est inférieur dans les zones surpeuplées, ce qui à son tour limite l'abondance de prédateurs.

Ce phénomène existe d'ailleurs partout dans le monde, pas seulement en Afrique. « En Amérique du Nord, il y a les loups et les proies des loups, de l'Alaska jusqu'au Québec, et partout on trouve que c'est la même relation », affirme le chercheur, qui a analysé les données recueillies sur les plantes et les animaux dans plus de 1000 études des 50 dernières années.

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Une thèse de doctorat mémorable 

Ian Hatton a fait cette découverte dans le cadre de sa thèse de doctorat à l'Université McGill, à Montréal. « On n'était pas vraiment à la recherche de ce modèle précis. Nous voulions surtout des preuves qu'un certain ordre existait dans la nature », explique-t-il.

Comment s'en sont-ils pris? En récoltant le plus de données possible au sujet des grands mammifères herbivores, comme les buffles, et carnivores, comme les lions et les hyènes. « Ça donne un résultat assez frappant, celui d'un système bien organisé. On imagine parfois les écosystèmes comme des regroupements aléatoires d'animaux, occupés chacun à leur petite vie », dit-il.

Michel Loreau, le biologiste qui a dirigé le projet de thèse de M. Hatton, confirme qu'ils cherchaient quelque chose de plus simple dans les rapports entre les prédateurs et leurs proies. Selon lui, cette étude pose pour l'instant plus de questions qu'elle n'offre de réponses. 

Par exemple, les chercheurs n'excluent pas que les liens de causalité soient inversés. « On pourrait imaginer que les prédateurs s'autorégulent par des mécanismes de territorialité, [ce qui aurait] un impact indirect sur la biomasse et la production des proies », affirme le directeur de recherche en écologie au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en France.

Nouvelle loi de la nature? 

S'agit-il pour autant d'une nouvelle loi de la nature? En scientifique prudent qu'il est, Ian Hatton considère qu'il est encore tôt pour sauter à cette conclusion. « Nos travaux viennent à peine d'être publiés et il faut du temps aux scientifiques pour évaluer tout ça », dit-il.

Le chercheur estime toutefois que le modèle identifié « semble assez généralisé » et qu'il ressemble à un autre modèle, en physiologie, qui, lui, est très courant. Les phénomènes des métabolismes des individus, de l'histoire de vie, du synchronisme (timing), de la durée de la vie, ou encore de la maturation des adultes suivent des modèles très réguliers, souligne le chercheur.

« Mais retrouver ces modèles dans la nature, avec les mêmes données quantitatives, nous amène à penser qu'il y a là un phénomène généralisé », précise le chercheur, qui souhaite poursuivre un postdoctorat dans les mathématiques de la nature.

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