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L'accord de cessez-le-feu entre en vigueur en Syrie

Cette fois sera-t-elle la bonne? À 19 h, heure de Damas [midi, HAE], l'accord de cessez-le-feu en Syrie conclu vendredi entre Washington et Moscou est entré en vigueur, relançant l'espoir que le conflit qui déchire le pays depuis plus de cinq ans tire à sa fin.

La prudence demeure toutefois de mise. En février, un précédent accord russo-américain avait été rompu après quelques semaines à peine, dans la foulée d'une offensive du régime dans la ville d'Alep. Des négociations de paix tenues en parallèle s'étaient aussitôt écroulées.

À quelques heures de l'entrée en vigueur de l'accord pour une première période de 48 heures, les combats faisaient toujours rage sur plusieurs fronts lundi, notamment à Alep, dans le nord du pays, mais aussi dans la province de Quneitra, au sud-ouest.

« Il n'y a aucun signe que nous allons vers une trêve jusqu'ici », a commenté Rami Abdulrahman, le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui suit les développements du conflit depuis le début.

À Daraya, le président syrien Bachar Al-Assad a déclaré à l'agence officielle Sana que son gouvernement reste « déterminé à reprendre possession de tous les territoires aux mains des terroristes » et à « reconstruire » le pays.

Le chef de l'État a fait cette déclaration après que la télévision l'eut montré en train de prier à Daraya, une banlieue de Damas que son régime a enlevée aux rebelles après un long siège qui a affamé la population et fait son lot de victimes.

M. Assad n'a aucunement mentionné l'accord de cessez-le-feu. Son gouvernement n'a d'ailleurs fait aucun commentaire public à ce sujet. Seuls des médias officiels ont cité des sources disant qu'il avait donné son accord.

L'accord de cessez-le-feu prévoit que les rebelles et les forces gouvernementales s'engagent à « cesser toutes les attaques, y compris les bombardements aériens » et à éviter « toute tentative d'avancée territoriale aux dépens de l'autre partie ».

Il ne clarifie cependant pas si la trêve concerne ou non les régions où les rebelles sont alliés au Front Fateh al-Cham, considéré par Moscou et Washington comme une organisation « terroriste », à l'instar du groupe armé État islamique.

L'accord de cessez-le-feu prévoit aussi un « accès humanitaire sans entrave et durable » à toutes les régions assiégées, y compris Alep, et la « démilitarisation » de la route de Castello, qui relie cette ville à la Turquie.

Scepticisme des rebelles

Dans une lettre envoyée à Washington dimanche, les rebelles dits modérés ont confirmé qu'ils entendaient « coopérer positivement », mais sans cacher leur scepticisme. Selon eux, les termes de l'accord favorisent le gouvernement.

Ils soutiennent que l'entente a les mêmes lacunes que la précédente, soit l'absence de garanties et de mécanismes de contrôle pour surveiller l'évolution de la situation sur le terrain et l'absence de sanctions prévues contre ceux qui violeraient la trêve.

L'accord russo-américain exclut de nombreux acteurs d'importance sur le terrain, dont les Kurdes, qui contrôlent une bonne partie du nord-est du pays, et surtout l'EI et le Front Fateh al-Cham, associé jusqu'à tout récemment à Al-Qaïda.

Dans leur lettre au gouvernement américain, les rebelles ont plaidé que le groupe islamiste Fateh al-Cham aurait dû être inclus dans l'accord, puisqu'ils n'ont jamais mené d'attaque à l'extérieur de la Syrie, malgré leur affiliation passée avec Al-Qaïda.

Le Front Fateh al-Cham affirme que l'accord vise à miner les efforts de tous ceux qui combattent le régime du président Assad et à « enterrer » la révolution en cours dans le pays.

Officiellement, les Russes et les Américains doivent s'atteler dès aujourd'hui à « délimiter les territoires contrôles par [Fateh al-Cham] et les groupes de l'opposition ». Ces derniers auraient une semaine pour se « distancier » des djihadistes.

Sur le terrain cependant, ces deux groupes sont parfois des alliés de circonstance. À Alep, par exemple, les combattants de Fateh al-Cham ont contribué il y a quelques semaines à desserrer l'étau qui se resserrait sur les rebelles modérés.

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Les Kurdes prêts à résister aux « actions offensives »

Les milices kurdes des YPG ont pour leur part salué lundi l'accord de cessez-le-feu, en disant espérer que cette trêve permettra de mettre l'accent sur la lutte contre l'EI et servira de prélude à une transition politique. Ils préviennent cependant qu'ils entendent « résister aux actions offensives ».

Les YPG souhaitent également que la transition politique intègre toutes les parties du conflit, y compris l'administration kurde autonome qui se met en place dans le nord de la Syrie.

Les Kurdes se butent cependant à la volonté de la Turquie, qui ne leur confère aucune légitimité. Pour Ankara, les combattants kurdes sont aussi des « terroristes », associés aux Kurdes de Turquie.

Dans une entrevue accordée à l'agence RIA, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a estimé que le respect du cessez-le-feu pourrait mener à de nouvelles négociations de paix à Genève au début octobre.

L'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, s'est cependant contenté de déclarer qu'il surveillera « attentivement » la situation. Son bureau pourrait commenter plus amplement la situation mardi matin.

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