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L'accord de Paris survivra à l'élection de Trump, croient des environnementalistes

Si l'élection de Donald Trump suscite l'angoisse chez les militants environnementaux réunis à la 22e conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Marrakech, au Maroc, ces derniers ne croient pas que le nouveau président américain puisse faire échouer les négociations sur le climat.

« Nous ne risquerons pas une catastrophe climatique planétaire devant l'opposition d'un seul homme », affirme Mohamed Adow, de l'organisation Christian Aid.

Pendant sa campagne, le vainqueur de la présidentielle américaine a promis de rejeter l'accord de Paris. Donald Trump a également qualifié le réchauffement climatique de « canular » inventé par la Chine pour handicaper l'industrie américaine.

« Nous devrions pouvoir traverser les turbulences générées par l'arrivée d'un climatosceptique à la Maison-Blanche, à condition que les dirigeants du monde maintiennent leur engagement à agir », souligne le chercheur Bill Hare.

La premier ministre canadien Justin Trudeau a d'ailleurs soutenu jeudi que son gouvernement irait de l'avant avec sa stratégie environnementale, qui comprend notamment l'imposition d'une taxe sur les émissions de carbone, et ce, malgré l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Dans une lettre de la délégation de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) à la COP22, publiée jeudi, le Dr Alden Meyer, directeur des politiques de l'Union for Concerned Scientists, affirme que les États-Unis ne pourront pas se retirer si facilement et si rapidement de l'Accord.

« Pratiquement, ce sera difficile. Ils se retrouveraient seuls au milieu d'un consensus planétaire », écrit le Dr Meyer, tout en ajoutant que près des deux tiers des Américains se disent préoccupés par les changements climatiques et que 59 % d'entre eux disent que leurs impacts ont commencé à se faire sentir. 

L'article 28 de l'accord de Paris prévoit que tout pays qui souhaite le dénoncer doit attendre quatre ans après son entrée en vigueur. En théorie, un retrait est impossible avant le 4 novembre 2020.

Mais selon certains juristes spécialisés, le président américain pourrait vraisemblablement annuler l'engagement des États-Unis d'ici un an.

Ces experts croient que Donald Trump peut accélérer le processus de retrait en dénonçant la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (signée par George Bush et approuvée par le Sénat américain en 1992). Cela équivaudrait à annuler la ratification américaine de l'accord de Paris.

M. Bodansky ajoute que Donald Trump pourrait aussi mettre en oeuvre le retrait immédiat de l'Accord si la Chambre des représentants et le Sénat adoptaient un texte lui demandant de le faire. La Cour suprême américaine valide généralement les textes de loi américains lorsqu'ils entrent en conflit avec des textes internationaux.

Selon un rapport du pôle de recherche indépendant Climate Action Tracker (CAT), dévoilé lors de la COP22, l'action climatique des pays a peu progressé depuis l'Accord de Paris, qui a été ratifié par 103 pays depuis sa signature le 15 décembre 2015.

Le CAT a étudié de près les 25 principaux émetteurs de gaz à effet de serre (GES) et a « relevé peu de changement » dans les initiatives nationales.

Toutefois, certains développements en Chine et en Inde en faveur des énergies renouvelables et du recul du charbon sont encourageants, disent les chercheurs.

Par ailleurs, dans une déclaration publiée jeudi à Marrakech, plus de 200 leaders religieux - chrétiens, musulmans, bouddhistes, sikhs et hindous - ont demandé la fin des investissements dans les énergies fossiles.

Les leaders religieux invitent les États à renforcer rapidement leurs mesures contre les GES afin de « mettre un terme à l'ère des énergies fossiles » et réclament que l'argent des fonds de retraite du secteur public soit placé dans les énergies renouvelables.

La Société islamique d'Amérique du Nord (ISNA) a annoncé qu'elle retirait ses propres actifs du secteur des énergies fossiles, sans plus de précisions. « Selon les enseignements les plus fondamentaux de l'islam, les hommes sont les gardiens de la Terre », a dit Azhar Aziz, président de l'ISNA. « Investir dans des compagnies [pétrolières, gazières ou de charbon] va à l'encontre de la mission de l'ISNA ».

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