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L'accord sur le pétrole déçoit les marchés

L'accord en vue du gel de la production de pétrole conclu mardi entre quatre grands pays producteurs - l'Arabie saoudite, la Russie, le Qatar et le Venezuela - aura très peu d'impact sur les marchés du brut, selon des experts. Seule une baisse de la production pourrait inverser la tendance, croient-ils.

« On pourrait presque appeler cela un non-accord, juge James Williams, analyste et président de WTRG Economics. Ce n'est vraiment pas un accord susceptible de déboucher sur quoi que ce soit de concret. » Pareil scepticisme était ressenti sur les marchés, qui ont accueilli la nouvelle de la stabilisation de la production aux niveaux de janvier sans grand enthousiasme. 

Si le prix du baril était à 35,55 $ US au début de la rencontre des quatre pays producteurs, il est descendu sous les 34 $ US à l'issue des discussions.

Réunis à Doha, capitale du Qatar, les quatre principaux producteurs de pétrole espèrent que cet accord permettra de « stabiliser les marchés pétroliers ». La réalisation de l'accord est conditionnelle toutefois à l'adhésion d'autres grands exportateurs.

L'or noir a perdu jusqu'à 70 % de sa valeur depuis la mi-2014, tombant aux alentours de 30 $ US le baril. 

Dans un contexte de surabondance de l'offre à travers le monde - l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) estime d'ailleurs l'excédent à environ 2 millions de barils par jour en 2015 - et de prix qui se rapprochent de leur plus bas niveau depuis 2003, cet accord demeure insatisfaisant selon les observateurs.

Le gel ne sera effectif que si certaines conditions sont respectées, comme l'adhésion de l'Irak et de l'Iran - absents à la rencontre - à suivre le mouvement et à interrompre sa production. Une situation problématique étant donné que ces derniers désiraient augmenter leur production de pétrole en 2016.

L'Iran compte d'ailleurs regagner ses parts de marché en faisant un retour en force sur le marché de l'or noir, alors que les sanctions liées à son programme nucléaire ont été levées en janvier. Pour l'Arabie saoudite, collaborer avec l'Iran sera un défi, étant donné la rupture des relations diplomatiques entre Téhéran et Riyad en janvier dernier.

Plus conciliant, l'Irak a annoncé le mois dernier qu'il était prêt à réduire sa production, à condition que tous les producteurs membres de l'OPEP et extérieurs s'y engagent également.

Un appel à la contribution de l'OPEP

L'Arabie saoudite, la Russie, le Qatar et le Venezuela souhaitent que cet accord envoie un message aux autres pays membres de l'OPEP, comme l'Algérie, le Nigeria et l'Angola qui souffrent des prix bas du pétrole.

La baisse de la production serait bien accueillie par les États-Unis, devenus arbitres du marché du pétrole grâce au boom des hydrocarbures de schiste. « Ce serait une bouffée d'air frais, non seulement pour le secteur pétrolier qui a connu 39 faillites de PME dans le secteur en 2015, mais aussi pour les banques américaines qui ont beaucoup prêté au secteur pétrolier », estime Christopher Dembik, analyste chez Saxo Banque.

Plus optimiste que les analystes, le ministre saoudien du pétrole, Ali al-Nouaïmi, a indiqué qu'il s'agissait du « début d'un processus ». Il a annoncé que d'autres mesures pourraient suivre, notamment lors de la réunion des pays membres de l'OPEP en juin prochain. Une annonce « symbolique », note M. Perrin, qui redoute que la dynamique lancée par cet accord n'incite les autres pays à geler leur production plutôt qu'à la diminuer.

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