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L'accord sur les migrants conclu entre l'Europe et Ankara est accueilli avec inquiétude

Le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) accueille par une mise en garde l'accord complexe et historique scellé vendredi entre les 28 pays membres de l'Union européenne (UE) et la Turquie, et voué à mettre un terme à l'afflux de migrants vers l'Europe. « [...] Les réfugiés ont besoin de protection et pas de rejet », affirme le HCR qui estime que la manière dont « cet accord va être mis en œuvre sera cruciale ».

L'ONU s'inquiète du « risque de possibles expulsions collectives et arbitraires », mais la Commission européenne assure que l'accord comporte un mécanisme qui respectera le droit international.

Cet accord entre l'UE et la Turquie est le fruit de dix jours de négociations entamées d'abord entre l'Allemagne et la Turquie, puis lors d'un premier sommet européen, le 7 mars dernier, à Bruxelles. Ce sommet avait mené à une entente de principe, à la suite de laquelle la « route des Balkans », empruntée par des centaines de milliers de migrants ces derniers mois, avait été complètement fermée, accroissant du coup la pression sur la Grèce.

Les migrants devront retourner en Turquie

En vertu de l'accord, c'est à partir de dimanche que les choses changeront pour les migrants. Ceux qui arriveront dorénavant sur les îles grecques seront renvoyés en Turquie, incluant les demandeurs d'asile, comme les Syriens fuyant la guerre.

Un haut responsable turc a déclaré pour sa part que les premiers retours de migrants vers la Turquie commenceraient le 4 avril.

Or, prévient le HCR, pour que cette crise migratoire soit dénouée, il faut doter la Grèce de plus de moyens pour recevoir les migrants et traiter leur demande d'asile.

Le HCR insiste pour que les demandeurs d'asile puissent faire appel avant de se voir soumis à une réadmission en Turquie.

Le principe du « un pour un »

Depuis le début de 2016 seulement, plus de 143 000 personnes sont arrivées en Grèce en passant par la Turquie. À elle seule, la Grèce a vu passer plus d'un million de migrants l'an dernier et la crise humanitaire dans ce pays est telle que la pression était très forte pour que l'UE trouve une solution.

Et la solution trouvée n'est pas simple : pour chaque migrant qui sera renvoyé en Turquie, l'Union européenne s'engage à « réinstaller » dans la zone de l'UE un autre Syrien, légalement réfugié en Turquie celui-là, selon le principe du « un pour un ».

Pas question de brader nos valeurs, dit le premier ministre belge

Du côté de la Turquie, il faudra procéder à un redéploiement majeur de ses dispositifs de sécurité afin de mettre un terme au commerce lucratif et illégal des passeurs.

Durant les négociations, la méfiance à l'égard d'Ankara était palpable. « Il n'est pas question de brader nos valeurs », avait prévenu le premier ministre belge Charles Michel, refusant une négociation avec Ankara « qui ressemble parfois à une forme de chantage. » Selon lui, « un accord avec la Turquie ne peut pas être un chèque en blanc. »

L'accord conclu vendredi à Bruxelles contient, pour la Turquie, une aide financière supplémentaire venant de l'Europe. Cette somme s'ajoute à trois autres milliards qui doivent lui être versés en vertu d'un précédent accord conclu cet automne.

En outre, Ankara s'est vu promettre la libéralisation des visas pour les citoyens turcs et l'accélération de son processus d'adhésion à l'UE.

Relativement aux visas, toutefois, le président français François Hollande a déclaré que les 72 critères prévus par l'Union européenne devront être remplis.

OXFAM craint le marchandage d'êtres humains

Le principe de l'accord est vivement critiqué par des associations de défense des droits de l'homme. Amnistie internationale a dénoncé un « coup historique porté aux droits de l'homme », tandis que l'ONG Oxfam accuse « les dirigeants européens et turcs d'avoir conclu un accord sur la crise migratoire qui non seulement ne respecte pas l'esprit des lois internationales et européennes mais pourrait en outre revenir à marchander des êtres humains en échange de concessions politiques ».

« Mais je pense nous avons passé un accord qui engage un mouvement irréversible et il est important pour moi que nous soyons parvenus à nous entendre à 28 aujourd'hui », a ajouté la chancelière allemande.

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