La question de l'accueil des réfugiés syriens divise à Québec.  Alors que certains plaident pour une suspension du processus, notamment à l'aide d'une pétition qui a recueilli des milliers de signatures, un groupe en faveur de leur accueil fait l'objet de menaces de mort.

L'instigateur de la page Facebook « Bienvenue aux réfugiés » affirme que des membres du groupe et lui-même ont reçu des dizaines de messages de menaces.
« Les menaces individuelles, on savait que ça allait arriver dans ce contexte-là », indique François Deschamps. 

Il se dit toutefois surpris de l'abondance de menaces contre les partisans de son initiative inspirée par le mouvement international « Refugees Welcome ». 

« Des menaces d'agression directement liées à ceux qui vont porter les tee-shirts, ou qui vont participer à la distribution » explique François Deschamps, qui souhaite porter plainte à la police.

François Deschamps affirme avoir lancé sa page Facebook « pour montrer qu'à Québec, il y a des gens qui souhaitent l'arrivée de réfugiés, ou à tout le moins qui veulent s'informer sur ce que c'est, la vie d'un réfugié. »

Il souhaite faire de l'éducation populaire, ciblant notamment les fausses informations qui circulent sur les médias sociaux. « On mêle des statistiques fausses et des histoires fausses sur le type de réfugiés qui va venir ici, alors que ce n'est même pas encore désigné quel type de personnes vont venir au Canada, souligne-t-il. Pour nous, c'est un repli identitaire qui est irrationnel. »

La ministre Vallée inquiète

La ministre de la Justice du Québec s'est inquiétée de l'intolérance manifestée envers l'arrivée prévue de migrants syriens au Québec. Stéphanie Vallée a répété le message du gouvernement qui, ces derniers jours, insiste sur le fait que les migrants fuient la même terreur qui a frappé vendredi lors des attentats de Paris.

Selon la ministre, des mesures de sécurité seront mises en place pour effectuer les vérifications nécessaires au moment de l'accueil des réfugiés. Reconnaissant que des craintes sont exprimées, elle a affirmé que le travail du gouvernement est important pour rassurer les inquiétudes de ces personnes.

Une pétition circule actuellement sur Internet pour s'opposer au projet du gouvernement fédéral d'accueillir 25 000 réfugiés fuyant la Syrie.

Questionnée à ce sujet, Mme Vallée a fait référence à l'intolérance exprimée par une bannière installée à Québec cette semaine sur un viaduc autoroutier pour s'opposer au projet d'Ottawa, qui confierait au Québec l'accueil de 5700 réfugiés.« On a pu la constater au cours des dernières semaines, notamment cette bannière qu'on a pu voir à Québec », a-t-elle dit aux journalistes. « On le constate aussi dans certains échanges. On le constate dans certains propos sur les médias sociaux, cette intolérance-là à l'égard de l'autre. »

Stéphanie Vallée a insisté sur l'importance de créer un contexte favorable à l'arrivée des réfugiés.

« Ce qui m'inquiète et qui nous a toujours inquiétés, c'est l'intolérance à l'égard de l'autre. Comme je le mentionnais à vos collègues, on a des gens qui quittent des endroits où la terreur fait partie du quotidien, ils quittent la violence et l'horreur, a-t-elle dit aux journalistes. Ces gens-là on doit les accueillir de façon sereine. »

Près de 50 000 signatures

Samedi, Raynald Cloutier a lancé une pétition en ligne pour demander au gouvernement fédéral de suspendre sa décision d'accueillir 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année au Canada. Lundi matin, la pétition, hébergée par le site Petition24, avait recueilli plus de 50 000 signatures.

Raynald Cloutier, un informaticien, a pris cette initiative à la suite des attentats de Paris. Il plaide que ceux-ci sont survenus malgré la sécurité renforcée en France après les attentats de Charlie Hebdo.

Il demande au gouvernement de prendre plus de temps pour analyser les dossiers des demandeurs d'asile. « Si on y va vite, [...] il y a sûrement des djihadistes qui vont s'infiltrer au travers. Je ne le sais pas, c'est une supposition que je fais », plaide l'homme, qui se défend d'être contre l'arrivée de réfugiés.

« Ce que je veux, c'est qu'ils [les fonctionnaires fédéraux] prennent plus le temps d'analyser la situation et les personnes qu'ils vont accueillir. Parce qu'on a vu que 10 personnes, ça peut faire quand même pas mal de dommages. »

Raynald Cloutier est surpris de l'ampleur du mouvement. « Je m'attendais à une centaine de signatures », admet-il.

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