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L'accueil des réfugiés au coeur de la cinquième semaine de campagne

On attendait cette cinquième semaine de la campagne électorale sous le signe de l'économie, en raison de la confirmation de la récession mardi. Elle aura plutôt été dominée par la remise en question des politiques d'accueil de réfugiés du gouvernement sortant en raison de la poignante histoire du petit Alan Kurdi, retrouvé mort noyé sur une plage turque.

Un texte de Manon Globensky

Les statistiques économiques

Tout de même, sur le plan économique, la semaine nous a fourni trois indicateurs économiques importants : 1) le produit intérieur brut de juin et celui du deuxième trimestre qui indiquent la croissance de l'économie, 2) les chiffres du commerce international de marchandise de juillet, et 3) les statistiques de chômage du mois d'août. À part la confirmation de la récession pour les six premiers mois de l'année, tout indique que l'économie canadienne est sur la pente montante, à commencer par la croissance de juin, à un demi d'un pour cent. Le premier ministre sortant Stephen Harper ne s'y est pas trompé; il a ignoré le mot récession et insisté sur la croissance de juin comme présage de la croissance pour le reste de l'année.

Les adversaires de M. Harper ont plutôt choisi de voir le verre à moitié vide. Pour le chef du NPD, Thomas Mulcair, tant les données sur le chômage que celles du PIB montrent que le plan Harper ne fonctionne pas. Quant au chef libéral Justin Trudeau, en commentant les données du chômage du mois d'août - le taux augmente de 2 dixième de point à 7 % malgré la création de 50 000 emplois - il a fait valoir qu'il ne s'arrêtait pas aux effets négatifs mois après mois du gouvernement Harper, mais à 10 ans d'effets négatifs.

Sans surprise, les conservateurs insistent plutôt, par voie de communiqué, sur les 50 000 emplois créés. Et il faut préciser que le taux de chômage est à la hausse, selon Statistique Canada, parce que plus de personnes sont à la recherche d'un emploi.

Le ministre des Finances invisible

Le plus étonnant dans tous ces débats sur la signification des données économiques, c'est qu'à part un tweet, on n'a pas entendu un mot du ministre des Finances sortant, Joe Oliver. Comme l'a constaté le collègue Christian Noël dans sa circonscription d'Eglinton-Lawrence, au nord de Toronto, ça interpelle quand même ses électeurs qui auraient bien aimé avoir des commentaires du grand responsable des finances canadiennes. On a finalement retrouvé Joe Oliver; il était en Turquie pour assister à la réunion des ministres des Finances du G20.

Un drame en Turquie avec une dimension canadienne

La Turquie a fourni à la campagne électorale, avec la photo coup-de-poing du petit Alan Kurdi mort sur la plage, le thème qui a mis au cœur des débats les politiques d'accueil des réfugiés du gouvernement sortant.

Fatima, la tante éplorée du garçon de trois ans qui habite la région de Vancouver, a brisé le cœur de tous les Canadiens en racontant comment son frère a tenté de sauver ses enfants de la noyade. Il est vrai que l'histoire est différente de celle qui a fait la une des journaux jeudi - que ce n'est pas la famille immédiate du petit Alan à qui le Canada a refusé l'asile, mais bien à celle du frère aîné de Fatima Kurdi, Muhammad. Mais Fatima a expliqué que l'impossibilité pour Muhammad de venir au Canada a découragé le père d'Alan, Abdullah, et il a décidé que mieux valait tenter de rejoindre la Grèce. Alors quelle est la part de responsabilité du Canada dans le drame des migrants qui se déroule en Europe et au Proche-Orient?

Fatima Kurdi devant une photo du petit Alan et de son frère Galib, morts noyés en Turquie. Crédit : PC/Darryl Dyck

Pour Stephen Harper, qui a chamboulé son horaire et forcé son ministre sortant de l'Immigration, Chris Alexander, à rentrer à Ottawa s'occuper de l'affaire, il faut reconnaître l'émotion que la photo suscite, mais voir les choses beaucoup plus objectivement et ne pas perdre de vue qu'au-delà de l'accueil des réfugiés, il faut continuer le combat à la source contre le groupe armé État islamique.

Le chef conservateur a rappelé sa promesse de début de campagne électorale de recevoir 10 000 réfugiés syriens et irakiens d'ici quatre ans, et évoqué son intention d'améliorer le processus.

Les libéraux et les néo-démocrates proposent chacun leur recette : 25 000 réfugiés de plus dès que possible pour les libéraux, et 10 000 réfugiés de plus d'ici la fin de l'année pour les néo-démocrates. Après une discussion entre le néo-démocrate Paul Dewar et l'ambassadeur turc, Thomas Mulcair a soutenu qu'il fallait déployer des fonctionnaires de l'immigration sur le terrain pour régler la question des papiers manquants des réfugiés qui veulent venir au Canada. De leur côté, les libéraux pensent que leur plan d'accueil coûtera 100 millions de dollars de plus.

Les deux partis sont contents de terminer la semaine de campagne sur cette question qui, selon eux, fait mal paraître le gouvernement sortant. Ils croient que les Canadiens aiment penser que leur pays est une terre d'accueil généreuse et ouverte.

Les Blue Jays : malheur ou bénédiction?

Et pour terminer sur une note plus légère, Justin Trudeau est devenu le troisième chef à vouloir s'associer aux succès des Blue Jays, l'équipe de baseball de Toronto qui est sur une lancée depuis des semaines. Mais comme Thomas Mulcair et Stephen Harper, il a assisté à une défaite, vendredi soir.

La chronique radio de Manon Globensky

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