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L'acétaminophène, principale cause de lésions au foie au Canada

Des médecins estiment que les nouvelles règles d'étiquetage de Santé Canada concernant l'acétaminophène ne sont pas assez strictes et que les produits extra forts devraient être retirés des tablettes.

L'acétaminophène est l'un des médicaments les plus populaires au Canada et ailleurs dans le monde pour soulager la douleur et la fièvre. Cette substance n'est pas dangereuse lorsqu'elle est utilisée correctement, mais elle a le potentiel de l'être, surtout si elle est absorbée sur une longue période.

« C'est la principale cause de lésions au foie, point à la ligne », affirme le Dr Michael Rieder, un pharmacologue clinique spécialisé en pédiatrie à l'Université Western de London, en Ontario.

Une partie du problème réside dans le fait que ce médicament est très répandu : l'acétaminophène se retrouve dans le Tylenol et plus de 400 autres produits distribués partout au Canada, y compris des remèdes contre le rhume et la toux ou pour mieux dormir la nuit, comme NyQuil et Sinutab.

« Il fut une époque où l'acétaminophène ne se vendait qu'en comprimés », se rappelle le Dr Rieder. Maintenant, on le retrouve dans toute une variété de produits. « On n'en a pas toujours conscience, à moins de lire la liste d'ingrédients », précise le spécialiste.

Une substance à utiliser avec modération

Les médecins et les pharmaciens prescrivent l'acétaminophène pour guérir des douleurs mineures, des maux de tête et de dents, des entorses, des foulures, des crampes menstruelles...

Mais trop d'acétaminophène peut endommager le foie.

Chaque année, Santé Canada recense 4500 hospitalisations causées par une surdose d'acétaminophène; environ 16 % d'entre elles sont accidentelles.

Les symptômes dépendent de la quantité d'acétaminophène dans le sang. Si certains malades ne s'en rendent même pas compte, d'autres peuvent souffrir de vomissements, de douleurs abdominales, d'insuffisance hépatique ou en mourir, dans le pire des cas.

Ces surdoses sont une des raisons qui ont poussé Santé Canada à imposer des règles plus strictes sur l'étiquetage de l'acétaminophène.

« Le défi, pour nous, pour les cliniciens, pour les patients et pour tous ceux qui utilisent ce médicament, c'est d'apprendre à gérer et à équilibrer les bénéfices et les risques de ce produit », explique la Dre Supriya Sharma, conseillère médicale principale à la Direction générale des produits de santé et des aliments de Santé Canada.

Michael Rieder qualifie Santé Canada de « régulateur responsable » pour avoir imposé ces nouvelles règles d'étiquetage. Mais il préférerait que les consommateurs ne puissent acheter que des comprimés d'acétaminophène de force régulière.

En tant que spécialiste du foie à l'Hôpital général de Vancouver, le Dr Eric Yoshida voit régulièrement des patients souffrant de graves lésions du foie provoquées par des surdoses accidentelles d'acétaminophène.

« Je suis sur appel pour le programme de transplantation de foie dans cette province. J'ai reçu un appel d'un autre hôpital il y a à peine deux jours pour quelqu'un qui était un gros consommateur d'alcool, qui prenait du Tylenol et qui souffre maintenant d'une grave lésion au foie. On m'appelait dans le but d'évaluer s'il devait subir une transplantation », raconte-t-il.

Ce patient a de bonnes chances de guérir, mais ce genre de cas est devenu fréquent, constate le Dr Yoshida.

Cet expert convient que les produits extra forts sont très populaires. Mais il souhaite que les consommateurs réalisent qu'en prenant de l'acétaminophène extra fort, ils absorbent une plus grande quantité du médicament, et non une molécule différente qui possèderait des propriétés encore plus efficaces pour soulager la douleur.

« Ce sont les surdoses subies par inadvertance qui me dérangent tout particulièrement », explique le Dr Yoshida.

Il évoque le cas typique où quelqu'un commence à prendre deux comprimés toutes les trois ou quatre heures et perd le fil de sa consommation au fil du temps. « Ce genre d'utilisation, avertit-il, peut provoquer une maladie du foie induite par médicaments, ou une lésion aiguë du foie. »

Comme son collège de l'Université Western, le Dr Yoshida préférerait que les produits contenant de l'acétaminophène soient limités à des doses de 325 milligrammes.

Les dangers d'une utilisation prolongée

Mais pourquoi une trop grande consommation d'acétaminophène est-elle aussi dangereuse à long terme pour le foie?

Chez la plupart des gens, l'acétaminophène consommé modérément est éliminé de manière naturelle et dissous dans l'urine. Mais si notre système de désintoxication est saturé par une grande quantité d'acétaminophène - soit 5 à 10 fois la quantité habituelle, précise le Dr Rieder -, alors des sous-produits commencent à s'accumuler. Dans les cas les plus graves, ces sous-produits peuvent perturber la manière dont le foie fonctionne et même l'empêcher de fonctionner.

Aux soins intensifs de l'Hôpital universitaire albertain d'Edmonton, le Dr Dean Karvellas raconte avoir vu des patients souffrant d'insuffisances hépatiques aiguës provoquées par une consommation quotidienne maximale d'acétaminophène. Il souhaiterait que la dose maximale passe de 4 grammes, soit 8 comprimés extra forts par jour, à 3 grammes.

L'acétaminophène est la cause la plus fréquente de lésions au foie induite par médicament chez les adolescents, observe Michael Rieder, qui dirige le comité de pharmacologie et des substances dangereuses de la Société canadienne de pédiatrie.

Le Dr Sharma, de Santé Canada, explique que le régulateur a pris en considération les préoccupations des groupes de patients, qui ont dit craindre que le retrait de produits extra forts pousserait les Canadiens à utiliser des opioïdes et d'autres antidouleurs pouvant entraîner encore plus d'effets secondaires.

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