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L'affaire Hamad, 156 heures et des poussières…

La politique a ceci de commun avec le théâtre que le sens du timing est aussi important que les répliques ou les actions elles-mêmes. Dans l'affaire Hamad, on aura dû attendre 156 heures et des poussières pour que le président sortant du Conseil du Trésor pose le geste qui aurait été normal dans les circonstances.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger

 

Ce qui est le plus troublant dans la gestion de cette crise, c'est que le premier ministre Philippe Couillard et son parti ont pris pratiquement une semaine à essayer de voir ce qui serait suffisant pour satisfaire l'opinion publique, au lieu de suivre la tradition bien établie dans notre régime parlementaire : un ministre accusé de quelque forme de malversation que ce soit se retire du Conseil des ministres, au moins le temps de l'enquête. Et quand le ministre en question refuse de le faire, c'est le devoir du premier ministre de le congédier de ses fonctions. C'est ce qu'ont fait tous les premiers ministres de l'histoire récente.

On a commencé par voir M. Hamad dire que les allégations - sérieuses et bien étayées - de nos collègues de l'émission Enquête n'étaient qu'un « pétard mouillé ». Quand on a vu que cette explication ne passait tout simplement pas, on a tenté de transférer le tout au commissaire à l'éthique. Puis, M. Hamad s'est retiré de ses fonctions en conservant ses privilèges de ministre; une sorte de « congé de maladie », a dit le premier ministre.

Et la goutte d'eau qui a fait déborder le vase : son voyage, ou plus exactement, sa fuite en Floride. Malgré tout, le premier ministre a continué de défendre M. Hamad, ne trouvant absolument rien à blâmer dans la conduite de son ministre, jusqu'à mercredi après-midi, quand il a finalement admis un « manque de jugement ».

Le problème pour M. Couillard, c'est qu'en politique, trouver la bonne réponse en retard, c'est comme magnifier son erreur initiale. Surtout quand, comme ce fut le cas dans ce qui est désormais convenu d'appeler « l'affaire Hamad », les partis d'opposition exploitent habilement l'incident. Ils en ont profité pour rappeler tous les ennuis d'éthique qui ont affligé le Parti libéral du Québec depuis quelques années.

C'est finalement le leader parlementaire de l'opposition péquiste, Bernard Drainville, qui a enfoncé le dernier clou en disant que tout ce que l'on demandait au premier ministre Couillard, c'était de ne pas aller en dessous des standards d'éthique du gouvernement de Jean Charest en ne congédiant pas son ministre. Mais, juste pour prouver que sa boussole éthique était bien déréglée, M. Couillard a permis à M. Hamad de rester au sein du caucus libéral. Clairement, le docteur Couillard ne croit pas aux vertus d'arracher le diachylon d'un seul coup!

Assumer le passif

La boutade de M. Drainville est plus sérieuse qu'une simple pique partisane. Le gouvernement Couillard, pour le meilleur et pour le pire, doit assumer le passif des mandats précédents du gouvernement libéral de Jean Charest. Il ne peut tout simplement pas faire comme s'il y avait eu, dans l'opinion publique, une coupe nette entre son gouvernement et celui de son prédécesseur à la tête du PLQ.

Il doit donc, nécessairement et de façon urgente, montrer qu'il applique des standards plus élevés que ceux de son prédécesseur en matière d'éthique. En arriver, finalement, presque une semaine plus tard, à la bonne réponse ne fait que renforcer le cynisme des électeurs.

Tout cela survient le jour même du deuxième anniversaire de l'élection de Philippe Couillard. Il reste donc deux ans et demi avant la prochaine élection du 1er octobre 2018, selon la nouvelle loi sur les élections à date fixe.

Mais quand on sait que, dans la dernière année du mandat, tous les esprits seront occupés par la campagne électorale, il ne reste donc que 18 mois au premier ministre pour reprendre le contrôle du discours et qu'on parle davantage des politiques du gouvernement plutôt que des problèmes éthiques du parti au pouvoir.

Pour cela, il faudra que le premier ministre apprenne à réagir correctement et au bon moment. Tout le contraire de ce qu'il a montré au cours des derniers jours.

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