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L’afflux de demandeurs d’asile inquiète les commissions scolaires montréalaises

Avec l'arrivée de quelque 25 000 demandeurs d'asile au Québec l'an dernier, les écoles de la province se sont organisées tant bien que mal pour accueillir plusieurs centaines de nouveaux écoliers. Mais les commissions scolaires craignent de ne pas pouvoir faire face à une arrivée plus massive cette année.

« Ces trois derniers mois, on a reçu plus de 250 élèves à l’accueil [au sein de la Commission scolaire de Montréal], c’est l’équivalent d’une petite école primaire en trois mois ». Catherine Harel-Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), a lancé vendredi un véritable cri du cœur.

Avec l’arrivée de 25 000 demandeurs d’asile au Québec l’an dernier, 2500 enfants se sont ajoutés au système scolaire, soit l’équivalent de cinq écoles primaires.

Depuis janvier, la province a accueilli 6 000 migrants, et selon certains spécialistes, la cadence pourrait s’accélérer durant les mois à venir.

Face à cet afflux, les écoles ont dû s’organiser comme il se doit pour intégrer les nouveaux écoliers, notamment les écoles du Grand Montréal, particulièrement touchées.

« Pour l’instant, nous sommes capables d’y faire face, mais cela demande énormément d’énergie à l’ensemble du personnel », poursuit Mme Harel-Bourdon.

Un défi d’espace et de personnel

La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, la deuxième en importance à Montréal, a dû aménager des classes mobiles pour accommoder les 700 demandeurs d'asile accueillis cette année, un nombre record.

« Ce qu'il faut faire maintenant, c'est vraiment avoir les sous pour agrandir les écoles, pour pouvoir accueillir tout ce monde-là et avoir les ressources pour pouvoir leur offrir les services auxquels ils ont le droit », a déclaré la présidente de la CSDM.

Le manque d'espace n'est pas le seul problème. Les écoles font aussi face à un manque de professeurs, surtout ceux qui enseignent dans les classes conçues pour les élèves qui ne parlent pas le français.

Confrontées à cette problématique, des écoles ont dû combiner des classes ou solliciter les services de professeurs qui n'ont pas cette spécialisation.

Éric Gingras, le président d'un syndicat représentant des enseignants et des employés d'école en banlieue sud de Montréal a souligné que la demande pour des classes d'accueil avait doublé au cours des deux dernières années.

Mme Harel-Bourdon pointe du doigt le fait qu’il y a de moins en moins d’étudiants dans le domaine de l’enseignement, ainsi que la longueur des formations pour remettre à niveau des nouveaux arrivants qualifiés, mais ne possédant pas les équivalents des diplômes québécois.

Financement supplémentaire réclamé

Le premier ministre Philippe Couillard a soulevé cet enjeu la semaine dernière lorsqu'il a demandé au gouvernement fédéral de le soutenir davantage financièrement face à l'arrivée massive de migrants.

Bien que le gouvernement du Québec ait augmenté ses investissements en éducation, selon ses représentants, cela ne suffit pas.

L'argent supplémentaire a certes permis aux écoles de se doter de services psychologiques et d'autres ressources pour aider des élèves qui ont parfois vécu des traumatismes, mais cela ne règle pas le problème du manque d'enseignants, selon M. Gingras. Il a fait valoir que ce réinvestissement avait eu lieu après des années de compressions budgétaires.

Catherine Harel-Bourdon croit que la meilleure solution est d'envoyer des familles dans d'autres villes du Québec et du Canada pour désengorger le système montréalais.

« Beaucoup de commissions scolaires partout au Québec me disent "on est capable d’en accueillir chez nous", il y a des écoles qui se vident », affirme Mme Harel-Bourbon.

« Il va falloir regarder les choses autrement […] Car, nous, on veut bien répondre aux demandes et bien intégrer ces enfants », poursuit-elle.

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