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L’Alberta et la Saskatchewan enterreront-elles la hache de guerre?

De nombreux yeux seront tournés vers Edmonton et Regina au cours des prochains jours. Plusieurs observateurs voudront voir si le nouveau premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, entamera sa relation avec son homologue albertaine sur un meilleur pied que ne l'avait fait son prédécesseur, Brad Wall.

Un texte de François Joly

Le professeur de sciences politiques à l’Université de l’Alberta Frédéric Boily croit que l’animosité devrait diminuer d’un cran entre Edmonton et Regina avec l’élection de Scott Moe.

Les relations étaient tendues entre l’Alberta et la Saskatchewan depuis l’élection de Rachel Notley. Brad Wall était très critique de la nouvelle première ministre, notamment en raison de sa décision d’imposer une nouvelle taxe sur le carbone en Alberta.

En 2016, la Saskatchewan avait également dénoncé le programme de subvention aux microbrasseries mis sur pied par le NPD. Regina considérait les subventions versées aux microbrasseurs albertains comme une barrière commerciale illégale.

L’animosité entre les deux leaders a culminé en décembre 2017 quand la Saskatchewan a annoncé qu’elle interdirait aux véhicules munis d’une plaque d’immatriculation de l’Alberta d’être utilisé sur des chantiers publics sur son territoire.

La première ministre a félicité Scott Moe au lendemain de sa victoire. Elle dit avoir hâte de travailler avec lui.

Des divisions persistantes

Frédéric Boily ne s’attend toutefois pas à de grands rapprochements entre les deux gouvernements. « Certaines des positions [de Scott Moe] sont clairement encore en confrontation avec ce qu’on retrouve en Alberta, notamment avec la taxe sur le carbone », rappelle-t-il. Dans ce contexte, il ajoute ne pas s'attendre « à un réchauffement des relations entre la Saskatchewan et l’Alberta ».

Il croit aussi que le nouveau premier ministre voudra peut-être attendre les prochaines élections provinciales albertaines avant de renouer les ponts avec Edmonton. « Les sondages d’intention de vote pour le NPD albertain ne sont pas très bons » explique-t-il. « Peut-être que pour lui mieux vaut attendre une possible élection des conservateurs et de Jason Kenney avant de réchauffer des relations avec l’Alberta », précise-t-il.

Le chef conservateur a d’ailleurs été un des premiers à féliciter Scott Moe après sa victoire.

Il ajoute qu’il peut être risqué d’antagoniser l’Alberta. « On est un parti, du côté du Parti Saskatchewanais, qui veut avoir de meilleures relations économiques avec les autres provinces et là on suscite des guerres commerciales avec les voisins. Ça vient en contradiction avec le propre message », rappelle-t-il.

C’est un point de vue que partage le professeur au département de sociologie de l’Université de la Saskatchewan, Daniel Béland. « L’Alberta c’est une province qui est beaucoup plus populeuse que la Saskatchewan. On a des relations économiques importantes avec l’Alberta. On a vu récemment qu’on a créé des tensions presque artificielles au sujet d’enjeux qui sont assez mineurs », soutient M. Béland.

Le président des Chambres de commerce de l’Alberta, Ken Kobly espère lui aussi voir ces tensions être laissées derrière.

Il espère voir le commerce entre les deux voisins s’intensifier au cours des prochaines années.

Brad Wall quittera officiellement son poste après l’assermentation du nouveau premier ministre.

Avec l’aide Héloise Rodriguez-Qizilbash

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