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L'Alberta et la Saskatchewan, les mal aimées du pays?

Anxieux et pessimistes par rapport à l'avenir du Canada, les Albertains et les Saskatchewanais se sentent aussi exclus du reste du pays et estiment que leur province en donne plus au pays qu'elle n'en reçoit en retour, selon un sondage mené par l'Institut Angus Reid.

Un texte de Camille Feireisen

Quatre-vingt-six pour cent des Albertains sondés croient que leur province donne plus au Canada qu'elle ne reçoit en retour. Avec la Saskatchewan (81 %), ce sont les deux plus forts taux au pays. D'où vient ce sentiment d'injustice, plus prononcé pour ces deux provinces que partout ailleurs au Canada?

L'Institut explique que ce sentiment pourrait provenir de la situation économique difficile de ces provinces et des politiques énergétiques controversées que mènent l'Alberta et la Saskatchewan. La chute du prix du pétrole a durement touché un pilier de l'économie, particulièrement en Alberta.

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Comme de nombreux Albertains, Wesley Olowsky juge en effet que les temps sont difficiles. Cet ancien cuisinier est venu à la foire de l'emploi d'Edmonton, fin septembre, pour trouver un travail après avoir passé 20 ans derrière les fourneaux d'un restaurant, et dit ne plus trouver de travail. « Je suis arrivé en Alberta quand j'avais 13 ans et c'est la pire période à laquelle j'assiste depuis 1992 », assure-t-il.

Ce sentiment d'aliénation n'est toutefois pas nouveau, explique le professeur en sciences politiques à l'Université de l'Alberta Frédéric Boily. Il date même des années 1930 et, plus récemment, des années 1990, quand la province estimait être oubliée des grands enjeux fédéraux. « L'impression que l'industrie pétrolière semble plus déranger qu'être vue comme étant quelque chose de positif pour l'ensemble du pays est récurrente », précise-t-il.

La question des sables bitumineux et des impacts environnementaux crée des tensions, ajoute le politologue. Il explique cela par le fait que le gouvernement néo-démocrate albertain doit défendre l'industrie sur laquelle repose son économie, tout en subissant des pressions du gouvernement fédéral pour se plier aux normes environnementales. « Certains, à l'Est et même au sein du NPD, aimeraient que l'exploitation cesse totalement, il est donc difficile de trouver un équilibre », soutient-il.

Un sentiment d'incompréhension que partage Jean Parent, un travailleur indépendant dans la machinerie lourde. « Justin Trudeau n'est pas en Alberta et ne réalise pas à quel point l'économie albertaine a apporté à celle du Canada », considère-t-il.

Bruno Mercier, un conseiller en placement avec Financière Banque Nationale, estime que le sentiment d'abandon s'explique notamment par la péréquation. L'Alberta et la Saskatchewan sont parmi les provinces qui donnent le plus aux autres, avec Terre-Neuve-et-Labrador et la Colombie-Britannique.

« De notre point de vue, l'Alberta étant une province qui a très bien fait durant les dix dernières années, c'est la province qui donne le plus à ses voisins pour qu'ils puissent avoir le même niveau de vie que nous », explique M. Mercier. Aujourd'hui les Albertains font partie de ceux qui ont le plus de dettes au pays, ajoute-t-il et, en 2017, la province pourrait avoir droit pour la première fois à la péréquation à son tour. 

Le sentiment d'injustice des Albertains (moins de 36 % pensent que leur province est traitée avec équité par le gouvernement fédéral) est similaire à celui des Saskatchewanais, qui ont un taux de 60 % de désaccord.

En revanche, à la question posée sur leur vision de l'avenir de leur province, les Albertains semblent beaucoup plus pessimistes (seuls 41 % se disent optimistes) que les Saskatchewanais, qui sont optimistes à 63 %. Cette façon de voir l'avenir proviendrait notamment des visions politiques différentes de chaque province, analyse M. Boily.

« Brad Wall [premier ministre de la Saskatchewan] a pris un rôle de leader dans la défense de l'industrie énergétique, il est aussi bien vu par de nombreux Albertains. L'économie n'est pas non plus la même entre les deux provinces, l'Alberta étant beaucoup plus dépendante de l'industrie pétrolière, tandis qu'en Saskatchewan l'économie est plus diversifiée », nuance-t-il.

M. Boily explique les différences entre la Colombie-Britannique, qui n'a pas non plus touché de péréquation au cours des huit dernières années, mais qui se sent plus intégrée dans le pays que sa voisine albertaine par le fait que celle-ci est moins dépendante de l'économie de l'énergie.

« Le gouvernement de Christy Clark [première ministre de la Colombie-Britannique] a été capable de se faire entendre auprès du fédéral concernant son projet de gaz naturel liquéfié [projet Pacific NorthWest LNG], contrairement au gouvernement de Rachel Notley, qui n'a pas encore pu faire de telle annonce. Si c'était le cas, cela pourrait changer le sondage », souligne-t-il.

L'écart entre les provinces productrices de pétrole et les autres n'est peut-être pas aussi grand qu'il paraît.

Dans l'ensemble, les Canadiens pensent que l'exploitation pétrolifère est un atout pour la vitalité économique du pays (68 %). Un chiffre toutefois influencé par le fort taux d'Albertains qui se déclarent en faveur de cette industrie, à 84 % contre 16 % qui disent d'abord penser aux risques environnementaux.

Les Saskatchewanais les suivent de près, avec 81 % en faveur et 19 % plus mitigés. Les opinions sont plus partagées dans les autres provinces, tout en penchant majoritairement du côté de l'atout économique du pétrole, selon le sondage.

Infographie : L'industrie pétrolière, atout ou fardeau?

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