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L'Allemagne redoute la montée de la xénophobie dans l'est du pays

L'Allemagne s'inquiète de la montée de la xénophobie remarquée dans l'ancienne République démocratique allemande (RDA), après que furent survenus plusieurs actes de haine et de violence dans l'est du pays, dont l'incendie dimanche d'un futur refuge pour migrants.

« La honte de la Saxe », titre lundi le quotidien berlinois de gauche TAZ à la suite de l'incendie vraisemblablement criminel de l'hôtel Husarenhof dans l'est de Bautzen, en Allemagne, qui devait accueillir des réfugiés dès mars. L'indignation que le feu a provoquée dans tout le pays a été accentuée par le rassemblement d'une dizaine de personnes devant le bâtiment en proie aux flammes qui ont manifesté « une joie non dissimulée », selon la police, et qui ont gêné l'intervention des pompiers.

Loin d'être un événement isolé, l'incendie de Bautzen s'est produit après qu'un bus d'une vingtaine de demandeurs d'asile à Clausnitz, en Saxe également, eut été accueilli jeudi par une centaine de manifestants qui scandaient « dehors » et « rentrez à la maison ». Les vidéos mises en ligne, montrant l'agressivité des forces de l'ordre lors de l'intervention, ont eu des échos toute la semaine en Allemagne.

Le gouvernement allemand a rapidement dénoncé la « lâcheté » des manifestants. « Ce qui s'est produit est profondément honteux », a déclaré la chancelière Angela Merkel par la voix de son porte-parole Stefan Seibert.

Pour ajouter à la polémique, des médias ont révélé que le directeur du centre de réfugiés de Clausnitz, où se rendait l'autobus, est membre du parti populiste anti-réfugiés Alternative pour l'Allemagne (AfD). Il a été limogé lundi. Son frère aurait également sa carte du parti et serait à l'origine de la manifestation, selon les médias. 

Dans l'ex-RDA, l'AfD domine le jeu électoral. Un sondage en vue des prochaines élections régionales de mars en Saxe-Anhalt lui donne 17 % des voix.

Davantage de violences visibles dans l'est

Sans être un phénomène nouveau, la xénophobie semble être amplifiée par l'arrivée des migrants, alors que l'Allemagne a accueilli 1,1 million de demandeurs d'asile en 2015. Le discours hostile aux migrants d'une frange radicalisée de l'opinion dans l'ex-RDA vient aussi jouer le rôle de caisse de résonnance.

« La haine et la violence sont davantage visibles à l'est », a reconnu lundi l'ancien président de la chambre des députés, Wolfgang Thierse, issu lui-même de la RDA et figure morale très respectée en Allemagne.

Les actes de violence d'extrême droite en Allemagne ont doublé par rapport à 2014 à environ un millier, selon les statistiques officielles de 2015. Si la répartition par régions n'est pas encore dévoilée, la tendance affichée en 2014 était claire : près la moitié de ces actes avaient été commis dans l'est du pays, pourtant nettement moins peuplé.

Le mouvement islamophobe Pegida (Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident) « et d'autres groupes se sont emparés de l'espace public et l'ont déplacé vers la droite. Les slogans d'extrême droite sont acceptés [...], les gens économiquement déclassés ont moins à perdre et il y en a plus actuellement à l'est », analyse le sociologue spécialiste de l'extrême droite Matthias Quent.

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