Rarement un politicien canadien aura fait autant parler de lui dans le monde. Or, après avoir fait les manchettes pour son abus d'alcool et sa consommation de crack, l'ex-maire de Toronto Rob Ford a perdu son combat contre le cancer.

Le père de deux enfants avait 46 ans.

Le populiste d'allégeance conservatrice avait dirigé la métropole canadienne de 2010 à 2014, abandonnant cette année-là sa campagne à la réélection, à cause d'un liposarcome malin, une rare forme de cancer. Il s'était plutôt fait élire comme conseiller municipal.

Toute la classe politique canadienne lui rend hommage.

Rob Ford n'aura jamais pu tenter sa chance à nouveau à la mairie lors des élections de 2018, comme il le promettait.

Après s'être remis d'une première tumeur à l'abdomen, il a succombé à une deuxième tumeur, cette fois-ci près de la vessie.

Réactions

Rona Ambrose, la chef intérimaire du Parti conservateur du Canada, est « attristée » par la mort de celui qui a été un « défenseur infatigable des contribuables ».

À l'Assemblée législative provinciale à Toronto, la première ministre libérale Kathleen Wynne, qui a souvent croisé le fer avec M. Ford, a incité les députés à observer un moment de silence ce matin, soulignant que les « divisions politiques n'importent pas aujourd'hui ». Mme Wynne a souligné que le père de l'ex-maire, Doug, a été député conservateur à Queen's Park et a servi d'inspiration politique pour son fils. 

Le chef conservateur ontarien Patrick Brown affirme, lui, que M. Ford a « complètement changé la façon dont les campagnes politiques sont menées à Toronto ». « J'ai toujours aimé le fait qu'il parlait librement et qu'il était sincère », dit-il.

L'ex-maire adjoint de Toronto Norm Kelly, qui avait hérité de l'essentiel des pouvoirs de Rob Ford durant sa crise du crack, « n'en revient pas » de sa mort.

UNE VIE PLEINE DE REBONDISSEMENTS :

1) Le populiste

Rob Ford est élu conseiller municipal en 2000 dans l'ouest de Toronto. Il se fait vite connaître comme l'échevin qui rappelle personnellement les résidents et qui règle leur problème, qu'il soit grand ou petit, du refoulement d'égout au nid-de-poule.

Il devient également l'économe du conseil municipal, militant pour l'élimination de dépenses qu'il juge superflues, des subventions aux organismes communautaires à l'arrosage des plantes à l'hôtel de ville.

2) Soupçon de scandale

La nouvelle fait les manchettes durant la campagne à la mairie de 2010 : Rob Ford a été arrêté en Floride, une décennie plus tôt, pour conduite en état d'ébriété et possession de marijuana. Il nie d'abord l'information pour ensuite confirmer la nouvelle.

3) Élu maire

Les Torontois en ont assez de l'augmentation des dépenses à l'hôtel de ville. Rob Ford leur promet en 2010 d'arrêter le train du gaspillage. Une majorité de résidents le croient et l'élisent à la mairie en octobre, malgré ses fautes personnelles et ses gaffes verbales. 

Le nouveau maire connaît un début de mandat prometteur, remplissant notamment ses promesses d'abolir la taxe sur l'immatriculation des véhicules et de privatiser partiellement la collecte des ordures.

4) Le crack

Les rumeurs d'abus d'alcool circulaient déjà, mais les allégations, publiées le 16 mai 2013, selon lesquelles Rob Ford avait fumé du crack ont l'effet d'une bombe politique.

La nouvelle fait les manchettes un peu partout dans le monde, du réseau américain CNN au quotidien français Le Monde.

5) Le déni

Rob Ford jure dur comme fer pendant des mois qu'il n'est pas un toxicomane et qu'il n'a jamais touché au crack.

6) L'aveu

« Vous m'avez posé une question en mai dernier, lance Rob Ford aux journalistes réunis pour une période de questions impromptue devant son bureau à l'hôtel de ville en novembre 2013. Oui, j'ai déjà fumé du crack dans l'un de mes moments d'ivresse profonde. »

Malgré son aveu, Rob Ford refuse de démissionner de son poste.

7) Vedette ou risée internationale?

Toronto devient une risée internationale.

Rob Ford est invité à Los Angeles par l'humoriste Jimmy Kimmel, qui profite de son émission en mars 2014 pour se moquer de ses frasques, mais aussi pour lui dire qu'il n'y a pas de mal à chercher de l'aide, s'il a un problème de dépendance. Le maire Ford répète qu'il n'est pas un toxicomane. 

8) La cure de désintoxication

En mai 2014, Rob Ford part finalement en cure de désintoxication, officiellement pour un problème d'alcool. Il y restera deux mois avant de revenir à l'hôtel de ville. Les conseillers municipaux, qui en avaient assez du cirque médiatique, lui avaient déjà retiré la plupart de ses pouvoirs, les confiant au maire adjoint.

Néanmoins, M. Ford persiste et signe. Il sollicitera un deuxième mandat à l'automne.

9) Le cancer

En pleine campagne électorale et alors qu'il semble avoir finalement tourné le dos à ses démons personnels, Rob Ford apprend qu'il est atteint du cancer. Il doit abandonner sa campagne à la mairie. Il cède sa place à son frère, Doug, qui perd contre l'ancien chef des conservateurs provinciaux, John Tory. Rob est tout de même élu comme conseiller municipal. 

Il subit de multiples traitements de chimiothérapie qui font finalement fondre sa tumeur. Ses médecins lui retirent par la suite la tumeur à l'abdomen, lors d'une chirurgie.

10) Le retour politique

Rob Ford retourne à l'hôtel de ville en tant que conseiller municipal, plutôt que maire, mais il n'a pas perdu de son mordant. Il accuse son successeur John Tory et plusieurs conseillers de dépenser sans compter. Signe qu'il ne mâche toujours pas ses mots, il qualifie les voies réservées sur l'autoroute pour les Jeux panaméricains à Toronto de « source d'emmerdes » et confie qu'il les a utilisées illégalement.

Son frère et lui affirment qu'il fera un retour à la mairie en 2018. Les deux hommes participent à un rassemblement avec le premier ministre Stephen Harper le week-end précédant les élections fédérales du 19 octobre 2015, mais leur magie semble s'être estompée. Le chef conservateur s'incline devant le libéral Justin Trudeau.

11) La deuxième tumeur

Le cancer de Rob Ford revient, cette fois-ci à la vessie, apprend-il en octobre 2015. Il doit reprendre la chimiothérapie.

Son frère, Doug, dit qu'il est un battant et qu'il peut vaincre à nouveau la maladie, mais tout en admettant que la nouvelle est très dure à encaisser. Rob, lui, a l'air anéanti; il demande à ses proches de veiller sur ses enfants s'il ne s'en sort pas. Il subit, en vain, un traitement expérimental contre le cancer.

 

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