Le voisin a fait le détour exprès pour me voir. Il tenait à le signaler au journaliste que je suis : jamais il n'a senti autant de nervosité à l'approche d'une élection présidentielle. « Je suis pris de panique », a-t-il avoué.

Yanik Dumont Baron

  Une analyse de Yanik Dumont Baron

Sa panique, c'est celle du démocrate qui regarde les sondages avec inquiétude. Ces enquêtes d'opinion montrent que l'avance d'Hillary Clinton sur Donald Trump se trouve dans la marge d'erreur. Coupée de moitié en deux semaines.

Le voisin cherchait à se faire rassurer. Il est si nerveux qu'il a annulé ses rendez-vous au lendemain du vote. Il ne sait pas comment il va réagir si le prochain président est républicain.

Les États « pare-feu »

Je ne sais pas si notre conversation l'a calmé, finalement. Les républicains ont comblé l'écart dans des États sur lesquels les démocrates comptaient pour défendre la Maison-Blanche. Il y a le Michigan et la Pennsylvanie, notamment. Des endroits visités jusqu'au dernier moment par les deux candidats et leurs équipes.

Ces États forment ce que les démocrates surnomment leur « pare-feu ». Une sorte de mur de défense qui comprend aussi le Wisconsin, le Minnesota, le New Hampshire et la Virginie. Pour aller à la Maison-Blanche, les républicains doivent en gagner un.

L'un de ces États pourrait être à la portée de Donald Trump, si les familles d'ouvriers l'appuient massivement et que les électeurs afro-américains ne sont pas si nombreux à voter, eux qui appuient surtout Hillary Clinton. C'est peut-être justement pour ça que les démocrates ont envoyé Barack Obama au Michigan lundi.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

Le vote hispanique

Les républicains semblent avoir fait une croix sur le Nevada. Un État qui a vu une grande vague d'électeurs latino-américains voter par anticipation. Des votes démocrates, fort probablement motivés par les propos anti-immigrants de Donald Trump.

Ce vote hispanique a souvent été présenté comme « le géant qui allait s'éveiller » et utiliser son poids démographique pour faire trembler les républicains. Cette fois, le géant est-il vraiment sorti de son sommeil?

L'appui des hispanophones pourrait aussi faire la différence en Floride et en Caroline du Nord. Deux autres États sur lesquels les républicains fondent beaucoup d'espoirs. Des États essentiels, critiques, sur la route de Donald Trump vers la présidence.

Mon voisin me parlait de ses amis républicains qui n'iront pas voter. Gênés qu'un candidat à la présidence soit accusé d'agression sexuelle par autant de femmes. Y en aura-t-il beaucoup qui resteront chez eux? Difficile de savoir.

Justement, les républicains sont aussi nerveux. Il y en a beaucoup qui ne peuvent imaginer un retour d'Hillary Clinton à la Maison-Blanche. En Indiana, un homme m'avait dit qu'elle était responsable d'une bonne partie des problèmes du pays. Elle représente les élites, un ordre établi qui n'aide pas les citoyens ordinaires.

Campagne controversée

Cette campagne qui se termine est parmi les plus controversées et acrimonieuses de l'histoire américaine. Une campagne basée sur la crainte que le candidat de l'autre camp soit élu. Une campagne qui a divisé le pays. Et qui a brisé des amitiés, touché des familles.

Il y a ce couple de républicains modérés dans l'État de New York. Il votera Trump, mais pas elle. Elle n'appuiera pas Clinton non plus. Depuis quelques mois, on ne parle plus politique à la maison. On a écouté les débats en silence, sans commenter. Le couple a trouvé des façons d'éviter les disputes.

Au lendemain du vote, c'est le pays entier qui devra apprendre à faire de même. Un journaliste l'avait résumé ainsi à la télé : peu importe l'issue, la moitié du pays va penser qu'une femme malhonnête ou qu'un homme raciste vient d'être élu à la présidence.

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