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L'Antarctique pourrait libérer un iceberg 10 fois plus gros que l’île de Montréal

Les scientifiques continuent de surveiller l'énorme bloc de glace qui risque de se détacher d'une plateforme glaciaire en Antarctique et qui pourrait former une étendue de glace de plus de dix fois la superficie de l'île de Montréal. L'immense faille s'allonge rapidement sous l'effet du réchauffement climatique.

Un texte d’Étienne Leblanc

La faille est apparue en 2011 sur la plateforme Larsen C, sur la partie nord du continent antarctique. Les scientifiques pouvaient clairement la voir sur les photos prises par satellite. Au départ, elle ne dépassait pas dix kilomètres en longueur.

Puis à partir de 2014, la fissure a progressé par soubresauts, surtout au cours de l’année dernière. La grande fracture atteint aujourd’hui plus de 90 kilomètres de longueur.

Au cours des dernières semaines, les experts ont noté que le mouvement s’est accéléré. En six jours seulement, entre le 25 et le 31 mai, la faille s’est allongée de 17 kilomètres.

Pour de nombreux chercheurs, la rupture est imminente.

« Je pense que c’est une question de semaine avant que l’iceberg ne se détache complètement, dit Éric Rignot, chercheur au Jet Propulsion Laboratory de la NASA, en Californie, et expert du réchauffement de l’Antarctique. C'est un petit peu comme si vous détachiez un morceau de métal. Vous le tordez et une petite fissure commence à se créer […] Et tout d'un coup ça casse d'un coup. Ce qui se passe avec le détachement de l’iceberg, c’est un peu analogue. C’est le point final de la propagation de cette fracture, jusqu’à tant qu’elle craque complètement ».

Cet iceberg va-t-il faire augmenter le niveau des mers ?

La masse de glace de plus de 5000 kilomètres carrés ne devrait pas influer de façon majeure sur le niveau des mers à court terme. Mais à long terme, c’est ce qui risque de se produire.

Les plateformes glaciaires comme Larsen C sont de grandes calottes qui entourent le continent antarctique. Ces grands chapeaux de glace se sont formés au fil des siècles et ils ne sont pas ancrés sur le fond marin. Ils sont rattachés au continent, mais flottent sur l’océan.

Si une partie de la calotte se détache et fond dans la mer, l’effet sera à peu près le même que celui d'un glaçon qui se liquéfie dans un verre d’eau : le niveau final de l’eau ne changera pas.

Le problème va se poser à plus long terme. Ces plateformes de glaces jouent en effet un rôle essentiel pour retenir la glace posée sur le continent. Sans ces plateformes, la glace continentale s'écoulerait dans l'océan et en ferait alors augmenter le niveau. À mesure qu’elles fondront, ces barrières naturelles disparaîtront, permettant ainsi aux glaciers continentaux de s’écouler dans l’océan.

« Ce qui est important, ce sont les procédés qu’on voit en oeuvre, explique Éric Rignot. Ce sont les mêmes procédés qui peuvent affecter les parties [de glace] flottantes plus au sud. [Au nord, les glaciers retiennent un potentiel de] plusieurs centimètres de changement du niveau des mers, et plus au sud, ça devient plusieurs mètres ».

En Antarctique, il n’y a pas que la plateforme Larsen C qui se fragilise. Partout sur la côte nord du continent, les calottes glaciaires sont de moins en moins solides.

Le réchauffement mis en cause

La fracture de la plateforme Larsen C s’explique essentiellement par deux phénomènes provoqués par le réchauffement de la péninsule antarctique, situé au nord du continent.

D’une part, l’eau de l’océan se réchauffe, faisant ainsi se réchauffer les calottes de glace qui sont attachées au continent, mais qui flottent sur la mer. La plateforme se chauffe par dessous et se fragilise.

D’autre part, la péninsule antarctique, ce grand doigt qui s’allonge dans la mer au sud du Chili, se réchauffe plus rapidement que le reste du continent. L’augmentation des températures en surface fait fondre la glace et la neige. L’eau s’infiltre alors dans les fissures de la glace et, au fil d’un mouvement de gel et de dégel, fragilise la structure. C’est ainsi que la grande faille de Larsen C est née.

Ailleurs sur le continent antarctique, les changements climatiques s’opèrent de façon beaucoup plus complexe. « Le reste de l’Antarctique ne s’est pas réchauffé autant que le reste de la planète », dit Éric Rignot.

C’est en partie en raison du trou de la couche d’ozone, qui fait en sorte qu’il y a moins de chaleur produite au niveau de la stratosphère dans la zone au-dessus de l’Antarctique. Mais le réchauffement n’en inquiète pas moins les experts.

« La partie flottante est en train de disparaître petit à petit, de se casser en morceaux, dit Éric Rignot. Ce n’est pas surprenant, c’est une évolution qui a commencé dans la partie nord, où les parties flottantes se sont désintégrées, et le phénomène se propage de plus en plus au sud ».

Selon M. Rignot, la fracture est imminente, et devrait se produire au cours des prochaines semaines.

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