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L'appel d'un dentiste à la Société de l'aide à l'enfance met une mère dans la tourmente

La mère d'une fillette de 10 ans a découvert avec stupeur qu'elle avait un dossier à la Société de l'aide à l'enfance après qu'un dentiste eut appelé le service pour faire part d'une possible négligence. Bien qu'elle ait depuis prouvé que sa fille est en bonne santé, le dossier, lui, restera permanent.

Quand Melissa Lopez, une résidente de Whitby, à l'est de Toronto, a emmené sa fille Elianna chez le dentiste, celui-ci lui a trouvé neuf caries. Les soins requérant quelques milliers de dollars et la famille n'ayant pas d'assurance dentaire, Melissa Lopez a décidé d'aller voir un autre dentiste pour obtenir un deuxième avis.

Ce dernier a finalement trouvé moins de caries à la fillette, alors Mme Lopez a décidé de poursuivre les soins chez celui-ci, sans avertir le premier dentiste consulté.

En juin, elle a reçu un appel de la Société de l'aide à l'enfance (Children's Aid Society ou CAS) lui faisant savoir que le premier dentiste lui avait rapporté une possible « négligence orale ».

La mère se demande désormais pourquoi un dentiste est autorisé à signaler ce genre de chose sans connaître tous les faits. Elle a maintenant un dossier chez la CAS, malgré le fait qu'elle lui ait depuis fourni les preuves concernant les soins dentaires qui ont été prodigués à sa fille.

Des accusations de négligence « absurdes », dit la mère

« En tant que mère, vous vous sentez fière de la manière dont vous élevez vos enfants. J'en ai trois, ils sont en bonne santé, heureux, ils sont excellents à l'école et ont beaucoup d'amis », assure-t-elle, ajoutant que le fait que quelqu'un essaie de l'accuser de négligence est « absurde ».

Elle reconnaît toutefois ne pas avoir informé le premier dentiste ni avoir répondu aux rappels des rendez-vous, mais selon elle cela ne devrait pas être un signal suffisant, étant donné la fréquence à laquelle les gens changent de dentistes.

« Il n'y a eu aucune sorte de lettre me faisant part de leurs préoccupations pour sa santé [de sa fille]. Nous avions déjà changé de dentiste avant cela sans informer le précédent », souligne-t-elle.

La CAS a depuis fermé le dossier, mais celui-ci reste présent dans leurs fichiers, de façon permanente. « Il sera encore là dans 10,15, 20 ans », s'inquiète Melissa Lopez.

Les professionnels de la santé « sont tenus de faire des rapports »

Selon le Collège royal des chirurgiens-dentistes de l'Ontario (RCDSO), ce dentiste a pourtant fait son travail.

En vertu de la Loi sur les services à l'enfance et à la famille, tout le monde en Ontario a la responsabilité de signaler les cas de mauvais traitements infligés aux enfants et de négligence, explique Kevin Marsh, directeur des communications du RCDSO.

« Les professionnels de la santé et les autres personnes qui travaillent en étroite collaboration avec des enfants ont une responsabilité particulière en vertu de la loi », ajoute-t-il.

Il s'agit d'ailleurs d'une obligation qui peut leur coûter cher, s'ils ne signalent pas une négligence suspectée, selon lui.

Les critères de ce qui constitue cette négligence sont toutefois « largement ouverts », fait-il savoir, ce qui signifie que cela revient à leur appréciation personnelle. « Vous ne devez pas avoir de preuve d'abus ou de négligence, juste des motifs raisonnables », précise Kevin Marsh.

Des dossiers permanents

Mais si un parent, comme Melissa Lopez, prouve qu'il n'y a pas eu de négligence, pourquoi le dossier demeure-t-il?

Andrea Maenza, coordinatrice des communications pour la Société d'aide à l'enfance de Durham, explique que c'est le protocole exigé par la Loi sur les services à l'enfance et à la famille. Tous les dossiers de la CAS doivent être conservés « à des fins de responsabilisation », dit-elle.

Elle ajoute que ce genre de dossier stipule toutes les étapes de vérification : depuis l'appel du professionnel de la santé jusqu'à la réponse des parents. Les preuves y figurent et cela n'a donc pas d'incidence négative s'il a été prouvé qu'il n'y a eu ni négligence ni abus.

« Un individu peut demander une copie de son dossier pour savoir exactement ce qui y est dit », indique-t-elle.

De son côté, Melissa Lopez dit qu'elle reste très troublée de savoir qu'elle a un dossier à la CAS.

Avec les informations de Lauren Pelley/CBC News

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