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L'Arabie saoudite courtisée par Paris, boudée par Londres

Il n'y a pas qu'au Canada que la conclusion d'ententes commerciales avec l'Arabie saoudite constitue un pari délicat, comme en font foi des décisions rendues publiques mardi par les gouvernements britannique et français.

Londres a fait savoir qu'elle se retirait d'un appel d'offres visant à moderniser le système pénitentiaire du royaume wahhabite. Elle renonce ainsi à un contrat de 7,9 millions d'euros portant notamment sur des besoins en formation.

Paris a pour sa part annoncé des accords, des contrats et des lettres d'intention d'une valeur totale de 10 milliards avec la monarchie saoudienne, incluant une commande potentielle de 30 patrouilleurs rapides, au grand dam d'organisations de défense des droits de l'homme.

Le gouvernement britannique est demeuré circonspect sur les raisons expliquant son retrait de l'appel d'offres. Un porte-parole s'est contenté d'indiquer que cela répondait à la gestion des priorités du ministère de la Justice.

Le même porte-parole a assuré que cette décision n'a rien à voir avec la situation d'un Britannique, Karl Andree, qui a été condamné à un an de prison et 350 coups de fouet après avoir été arrêté à Jeddah en possession de bouteilles de vin artisanal. « Ce sont des questions différentes », a-t-il assuré.

Bien que la condamnation de M. Andree soit survenue en août 2014, l'affaire a fait surface en fin de semaine après avoir été publiée par le quotidien The Sun. Le journal a révélé que l'homme de 74 ans reste détenu, même s'il a purgé sa peine, parce qu'il doit attendre son châtiment corporel.

La famille du septuagénaire, qui dit craindre pour sa vie, a appelé le premier ministre conservateur David Cameron à intervenir dans ce dossier. Ce dernier doit écrire à Riyad pour tenter de faire ce dossier « particulièrement préoccupant », a indiqué le porte-parole.

Des contrats susceptibles d'atteindre 10 milliards d'euros pour Paris

En France, c'est le premier ministre socialiste Manuel Valls qui a retenu l'attention après avoir annoncé sur Twitter la conclusion de « 10 milliards d'euros de contrats » avec le régime saoudien, au second jour de sa visite dans le royaume.

Ces accords, qui constituent à l'heure actuelle des intentions plutôt que des ventes fermes, concernent de nombreux secteurs, dont l'énergie, les infrastructures, la santé et l'agroalimentaire, mais aussi l'armement.

Les 30 patrouilleurs rapides que Riyad prévoit commander « d'ici la fin de l'année » au groupe DCNS (Direction des chantiers navals et services » sont estimés à environ 600 millions d'euros par des médias spécialisés.

Une autre entente prévoit l'ouverture de négociations exclusives avec Thales dans le domaine des satellites de télécommunication et d'observation. Le tout pourrait valoir « plusieurs milliards », selon les services de M. Valls.

Le président français François Hollande est déjà allé à quatre reprises en Arabie saoudite, dans le cadre d'une politique de « diplomatie économique ». Le prince héritier saoudien, Mohammed bin Nayef, est attendu à Paris en novembre.

Cette coopération économique franco-saoudienne est critiquée par les organisations de défense des droits de l'homme, notamment en raison des châtiments jugés cruels imposés par la justice saoudienne, qu'il s'agisse de coups de fouet ou d'exécutions en bonne et due forme.

Le royaume a exécuté 134 personnes depuis le début de l'année. Un jeune chiite, Ali Al-Nimr, doit notamment être décapité puis crucifié après avoir été condamné pour sa participation à des manifestations antigouvernementales. Il avait 17 ans au moment où sa sentence a été prononcée.

En conférence de presse, M. Valls a assuré avoir abordé la question du jeune chiite. « Nous avons en effet abordé ces questions-là avec les autorités d'Arabie saoudite en faisant passer des messages que nous avons déjà eu l'occasion de transmettre par notre diplomatie, et notamment la position constante qui est celle de la France contre la peine de mort », a-t-il déclaré.

« Nous défendons avec constance et cohérence des positions, qui font que nous sommes écoutés et respectés, parce que nous tenons le même langage », a-t-il ajouté. « Cette force nous permet de traiter l'ensemble des sujets. »

« L'efficacité nécessite de la discrétion », avait précédemment déclaré une source diplomatique française à ce sujet.

Le cas Badawi

Le sort de Raïf Badawi, condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour ses écrits critiquant l'Arabie saoudite, a aussi mobilisé les organisations de défense des droits de l'homme partout dans le monde.

L'Arabie saoudite est aussi sévèrement critiquée partout dans le monde pour le sort qu'elle réserve aux femmes, obligées de se couvrir de la tête aux pieds et soumises aux diktats des hommes de leur famille.

Au Canada, la campagne électorale en cours a donné lieu à un débat sur l'opportunité de vendre à l'Arabie saoudite des véhicules blindés légers fabriqués par General Dynamics à London, en Ontario. Ce contrat, d'une valeur de 15 milliards de dollars, a été conclu par la Corporation commerciale canadienne, une société d'État fédérale.

Cette décision est défendue par le chef conservateur Stephen Harper. Le néo-démocrate Thomas Mulcair et le libéral Justin Trudeau ont critiqué l'approche du gouvernement conservateur dans ce dossier, mais sans aller jusqu'à dire qu'ils n'auraient pas approuvé le contrat. De son côté, le Bloc québécois s'y oppose.

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