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L'argent de l'itinérance est-il dépensé à bon escient?

Une étude fait le constat que les services destinés aux itinérants atteints de maladie mentale coûtent trop cher pour peu de résultats. D'autres options pourraient être plus efficaces, concluent les chercheurs.

L’équipe dirigée par Eric Latimer, économiste en santé de l'Université McGill, a constaté qu'en moyenne, ces services coûtent plus de 50 000 $ par personne et par année.

Les chercheurs ont comptabilisé les coûts des services comme le logement de soutien, le traitement de la consommation de substances, les visites aux services d'urgence, les ambulances, les hospitalisations, les interventions des policiers et des tribunaux, l'aide sociale et les prestations d'invalidité ainsi que l'incarcération.

« Ce que ça nous dit, c’est qu’il y a beaucoup d’argent qui est investi dans la cause de l’itinérance », mentionne Matthew Pearce, le président de la Mission Old Brewery, située à Montréal.

« Je ne pense pas que nous constatons des baisses dans le nombre d'itinérants. Je ne pense pas que nous constatons des augmentations significatives, d'une manière générale, de la qualité des services offerts aux itinérants », souligne-t-il.

En se basant sur les données du projet Chez Soi, une étude pancanadienne qui a regroupé 953 participants d'octobre 2009 à juin 2011, les chercheurs se sont penchés sur la situation de cinq villes canadiennes, soit Toronto, Montréal, Vancouver, Moncton et Winnipeg.

On observe que les coûts varient considérablement d'une ville à l'autre.

Par exemple, les coûts des logements de soutien étaient particulièrement élevés à Montréal, alors que les coûts liés aux interventions des policiers et des tribunaux étaient beaucoup plus élevés à Toronto qu'ailleurs.

Les chercheurs n'ont pas inclus les coûts des médicaments en raison de la difficulté d'obtenir des données provinciales sur la santé, mais ils ont estimé que, selon les chiffres du Québec, les médicaments ajouteraient en moyenne 3000 $ par personne au coût total.

Ils ont également noté qu'il y a peu d’informations disponibles sur le coût de l’itinérance au Canada.

La pointe de l'iceberg

Plus de 235 000 Canadiens se retrouvent chaque année sans logement.

Selon l’équipe de chercheurs, ces résultats mettent en lumière le « besoin d'une réponse globale » au problème de l’itinérance, et l'importance d’éviter que les personnes vulnérables en arrivent à cette situation.

« C'est un symptôme de services inadéquats pour les personnes atteintes de maladie mentale. C'est un symptôme d’options inadéquates en matière de logements abordables », explique Matthew Pearce.

Le cas de Kevin Hutcheson, qui a lui-même souffert de maladie mentale, illustre bien ces propos. En début d’année, il a abouti dans la rue après avoir dû payer de sa poche la médication pour traiter son cancer. Il travaille maintenant à la Mission Old Brewery en échange d'un lieu de séjour.

Kevin souhaite voir davantage de logements pour les sans-abri à faible revenu.

« C'est l'une des choses que je voudrais voir changer, c'est plus de propriétaires, plus d’agents de location prêts à prendre une chance avec quelqu'un qui peut venir de la Mission ou quelqu'un qui peut être itinérant », dit-il.

« Nous voulons juste un endroit où nous pouvons rentrer à la maison la nuit », conclut-il.

Le détail de l'étude peut être consulté en anglais dans le journal en ligne de l'Association médicale canadienne, le CMAJ OPEN.

Avec les informations de CBC News.

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