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L'armée lorgne les recrues étrangères pour gonfler ses rangs

L'armée canadienne envisage de lever une exigence de longue date en matière de citoyenneté afin d'augmenter le nombre de ses membres.

Un texte de Kathleen Harris, de CBC News

À l'heure actuelle, les Forces armées canadiennes (FAC) n'offrent des dérogations aux ressortissants étrangers que dans des cas exceptionnels, par exemple aux personnes qui participent à des échanges militaires ou encore aux candidats qui ont des compétences spécialisées en forte demande.

Cette exigence de citoyenneté fait actuellement l'objet d'un examen.

« Conformément à l'objectif du gouvernement du Canada d'augmenter le nombre de membres des Forces armées, des discussions sont en cours afin d’examiner la possibilité de recruter des ressortissants étrangers au-delà des candidats qualifiés, indique par courriel Byrne Furlong, porte-parole du ministre de la Défense, Harjit Sajjan. Il est trop tôt pour parler des résultats ou des conclusions d'un tel examen. »

Le porte-parole du ministère de la Défense, le major Alexandre Munoz, précise que le programme actuel qui vise à recruter des militaires étrangers qualifiés est ouvert à tout candidat dont les compétences spécialisées permettraient de réduire les coûts de formation ou de répondre à des besoins particuliers – un pilote d’avion ou un médecin, pour ne citer que deux exemples.

Seulement deux ressortissants étrangers ont été acceptés dans les FAC au cours de la dernière année fiscale.

« Les FAC reçoivent de nombreuses demandes de la part de ressortissants étrangers et de résidents permanents, mais la majorité d'entre eux sont refusés, car ils ne répondent pas aux critères du ministère de l’Immigration », explique le major Munoz par courriel.

La fin de l'exigence de citoyenneté pour faire partie des FAC constituerait tout un changement par rapport aux pratiques de recrutement traditionnelles du Canada. Cela pourrait ouvrir la porte aux demandes de milliers de résidents permanents.

Zool Suleman, un avocat spécialisé en droit de l'immigration qui pratique à Vancouver, croit que ce changement serait positif, car, dit-il, le recrutement devrait être fondé sur le potentiel des candidats, et non sur la citoyenneté.

Un recrutement basé sur le potentiel

« Je pense qu’il est possible de tester les gens en matière de sécurité et de potentiel, poursuit l’avocat. On devrait pouvoir s’enrôler dans l'armée si on a envie de servir. »

« Si vous êtes loyal envers le Canada, si vous avez vécu ici peu de temps, mais que vous comprenez vraiment ce que représente le Canada, et que vous voulez vraiment servir le pays de cette façon, je ne comprends pas pourquoi on ne permettait pas aux résidents permanents de faire partie de l’armée. »

D'autres pays, dont les États-Unis, permettent aux non-citoyens de faire partie de l’armée, mais certaines restrictions sont en place pour les postes et les grades qu'ils peuvent occuper.

« Les détenteurs d’une carte verte ont toujours été les bienvenus dans l’armée américaine et ils sont un élément clé de notre équipe militaire, indique la porte-parole du département de la Défense américain, la majore Carla Gleason, par courriel. La citoyenneté accélérée est offerte aux militaires qui ont terminé leur formation initiale et qui compte 180 jours consécutifs de service honorable. »

L'armée britannique accueille également dans ses rangs des citoyens des pays du Commonwealth, tandis que la Légion étrangère française recrute des soldats de pays du monde entier.

Bien que les FAC aient récemment connu une modeste augmentation du nombre de ses militaires, elles ont encore du mal à atteindre leur plein effectif, puisqu'il manque environ 2000 membres réguliers et 5300 réservistes.

L’ajout de non-citoyens dans l’armée comporte son lot d’avantages et d’inconvénients, nuance Matthew Overton, directeur de l’Institut de la Conférence des associations de la défense et brigadier général à la retraite qui dirigeait le groupe de recrutement des FAC.

« On ne fait pas qu’ouvrir la porte à un plus grand nombre de personnes. Cela s'accompagne d'une certaine complexité à laquelle nous n'avons pas l'habitude de faire face », croit-il.

« Il faut vraiment réfléchir à ce que cela implique et être prêts à traiter certaines de ces questions au cas par cas », poursuit-il.

Paritié et diversité

En 2016, la GRC a supprimé son exigence de citoyenneté et permet depuis aux résidents permanents qui vivent au Canada depuis plus de 10 ans de postuler. L'objectif était, en partie, d'accroître la diversité dans ses rangs.

Au sein des FAC, mettre un terme à l'exigence de citoyenneté permettrait peut-être d’atteindre les objectifs en termes de parité. L'institution vise à être composée de 25,1 % de femmes, de 3,5 % d'Autochtones et de 11,8 % de membres de minorités visibles.

Sa composition actuelle est de 15,4 % de femmes, de 2,8 % d'Autochtones et de 8,2 % de membres de minorités visibles, bien que certains choisissent de ne pas s'identifier comme appartenant à l'un des groupes ciblés.

Matthew Overton est d’avis qu'il y a des avantages à accroître la diversité dans l'armée. « Il faut évaluer l'individu ainsi que sa situation, comme nous le ferions pour n’importe quel candidat, et profiter de ses compétences et de ses connaissances afin qu’il aide le Canada à faire un meilleur travail pour influencer la marche du monde », explique le brigadier général à la retraite.

En juin 2014, les conservateurs ont mis sur pied un programme qui permet aux ressortissants étrangers ayant servi dans les FAC d’avoir accès à la citoyenneté accélérée. Selon les chiffres fournis par le ministère de l’Immigration, 98 demandeurs sur 109 ont été acceptés à ce jour.

Parmi ces demandeurs, 56 viennent d'Angleterre. Les autres proviennent d'une longue liste de pays, dont l'Australie, l'Allemagne, la Hongrie, Singapour, l'Afrique du Sud, les Émirats arabes unis et les États-Unis.

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