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L'armée syrienne lance une offensive terrestre à Alep

L'armée syrienne et les milices iraniennes, irakiennes et libanaises qui l'appuient ont lancé mardi une offensive terrestre contre les quartiers est d'Alep, tenus par les insurgés. Ils ont réussi à enfoncer la ligne de front, s'emparant du quartier de Farafira, situé en bordure de la vieille ville et à proximité de la citadelle qui domine la ville.

La prise de Farafira a été confirmée non seulement par la télévision d'État syrienne, mais aussi par l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Cette organisation, basée à Londres, précise toutefois que l'armée n'a réussi qu'à reprendre « quelques bâtiments » de ce « petit quartier ».

Une source militaire à Damas soutient cependant que l'armée « a repris complètement le contrôle » du quartier, « après avoir neutralisé plusieurs terroristes », le terme utilisé par le régime pour désigner tous ses opposants. Selon lui, des « unités du génie sont en train de déminer le quartier ».

« Cette opération s'inscrit dans le cadre des opérations militaires qui ont été annoncées [jeudi dernier] qui comprennent un volet aérien et un volet au sol avec utilisation de l'artillerie », a indiqué ce responsable.

Les insurgés, retranchés dans les quartiers orientaux de la ville depuis 2012, reconnaissent que les forces fidèles à Damas ont gagné du terrain dans le quartier de Farafira, mais assurent qu'elles ont ensuite dû battre en retraite.

Un responsable des rebelles avait affirmé plus tôt dans la journée que l'armée et ses supplétifs avaient attaqué à partir de quatre fronts distincts : les secteurs du camp Handarat et de l'hôpital voisin de Kindi, le quartier central de Rachidin et la cité des 1070 Appartements. Il assurait que ces attaques avaient été repoussées.

L'OMS réclame des couloirs humanitaires

Cette offensive terrestre survient après que l'armée syrienne et l'aviation russe eurent soumis les quartiers est d'Alep à des bombardements intensifs depuis jeudi dernier, après qu'une trêve d'une semaine eut volé en éclats.

Ces bombardements se font d'ailleurs beaucoup plus rares, selon des habitants de la ville. Selon l'OSDH, ils ont fait 11 morts mardi, contre plus de 150 dans les jours qui ont suivi l'annonce de la fin de la trêve par l'armée syrienne, le 19 septembre.

Les quartiers est d'Alep, qui comptent plus de 250 000 habitants, sont encerclés depuis deux mois, et les conditions de vie, déjà très difficiles, ne cessent de se détériorer. Les résidents sont notamment privés d'eau depuis samedi.

Les hôpitaux sont débordés en raison du grand nombre de blessés, et manquent cruellement de médicaments, de réserves de sang, mais aussi de médecins. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), seuls 35 d'entre eux sont toujours actifs dans les quartiers est d'Alep et tout le système est au bord « d'une destruction totale ».

L'OMS appelle d'ailleurs « à l'établissement immédiat de couloirs humanitaires pour évacuer les malades et les blessés ».

Damas et ses alliés préconisent une solution militaire

Un responsable de l'armée syrienne, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, assure que la bataille pour le contrôle d'Alep ne se terminera que lorsque les « terroristes » auront été « exterminés ».

Les alliés de Damas ont d'ailleurs adopté un refrain similaire au cours des dernières heures.

« Il n'existe aucune perspective de solution politique [...] Le dernier mot revient au champ de bataille », a par exemple déclaré Hassan Nasrallah, chef de l'organisation chiite libanaise du Hezbollah, dans une entrevue accordée au journal Al-Akbhar, fidèle à son mouvement.

Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Shamkhani, estime pour sa part que le sort d'Alep, poumon économique de la Syrie avant le début de la guerre, ne dépend plus que de l'issue de la « confrontation armée ».

Syrie : l'engrenage de la guerre

« C'est la guerre totale »

Selon plusieurs experts, la Russie a vraisemblablement décidé d'utiliser toute sa puissance de feu pour aider le régime syrien à reconquérir Alep, car elle estime qu'il vaut mieux remporter une victoire militaire que de poursuivre de vaines négociations avec Washington.

« Sans Alep, Assad n'est qu'un demi-président. Pour vraiment gouverner, il lui faut Alep », poursuit-il.

Fort de cette victoire, Bachar Al-Assad pourrait se targuer de contrôler les principales villes du pays, à savoir Damas, Alep, Homs, reprise en 2014, et Hama.

Moscou veut « en terminer avec une importante poche de résistance rebelle », croit également Igor Sutyagin, expert de la Russie au Royal United Service Institute de Londres. Il ne lui restera ensuite qu'à reprendre la province d'Idleb et quelques poches rebelles, précise-t-il.

Thomas Pierret, expert de la Syrie à l'Université d'Édimbourg, ne dit pas autre chose. « Il s'agit d'accorder à Assad une victoire décisive » et « d'éliminer toute alternative en privant l'opposition de ce qu'elle considère comme sa capitale. » « Une rébellion chassée d'Alep serait ramenée au rang d'insurrection périphérique », résume-t-il.

Une victoire à Alep mettrait les autorités de Damas en position de force « en vue de prochaines négociations » souhaitées par l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura, note pour sa part Alexeï Malachenko, politologue russe spécialiste du Moyen-Orient.

Au-delà de la bataille d'Alep, la coopération entre Moscou et Damas répond à une logique sur le long terme, souligne-t-il.

Les images des immeubles détruits à Alep rappellent celles de Grozny, dans les années 90, où l'armée russe avait appliqué son vieil adage : l'artillerie conquiert le terrain et l'infanterie l'occupe. Mais la tactique n'en est pas moins différente, croit Alexandre Golts, un expert militaire indépendant.

« La tactique des militaires russes à Alep n'a rien à voir avec celle pratiquée à Grozny. À Alep, les morts parmi les civils se comptent par dizaines, à en croire les médias occidentaux, il ne s'agit pas des centaines de morts comme en Tchétchénie. Ce n'est pas comparable », assure-t-il.

À l'époque, l'armée russe avait parfois procédé à une centaine de raids aériens par jour, auxquels s'ajoutait l'apport très destructeur de l'artillerie déployée autour de Grozny.

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