Ils sont schizophrènes, dépressifs, aphasiques, ou ont de légères déficiences intellectuelles, mais ça ne les empêchera pas de monter sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Une vingtaine de personnes aux prises avec différents problèmes de santé ont monté la pièce J'veux d'l'amour, qui sera présentée devant public le 14 mai.

Un texte d'Olivier Bachand

Jeudi après-midi, au TNM. C'est la dernière répétition avant la générale et la présentation de la pièce, lundi soir. Les comédiens sont fébriles. Certains ont le nez plongé dans leur texte et repassent leurs répliques.

Quand ils fouleront les planches du célèbre théâtre montréalais, ils pourront montrer aux spectateurs que leur différence ne les empêche pas d'accomplir de grandes choses.

« Nous aussi, on a le droit de faire des arts de la scène, comme tout le monde. Déficience ou pas, on a le droit à y avoir accès, parce que nous aussi on a du talent, on peut vous le prouver et on peut même surprendre bien du monde! », lance Roxane Charest-Landry.

La jeune femme, énergique et enjouée, a une légère déficience intellectuelle. Elle pense que de jouer dans une pièce de théâtre devant quelques centaines de personnes lui fera vivre une nouvelle expérience enrichissante qui la fera sortir de sa « zone de confort ».

Pour Bernard Saulnier, l'initiative permet de faire tomber les préjugés dont sont victimes les gens qui, comme lui, sont atteints de schizophrénie. « Je ne suis pas un schizophrène, je souffre de schizophrénie », souligne-t-il, pour montrer que ce n'est pas sa maladie qui le définit.

J'veux d'l'amour

La pièce que présenteront les comédiens s'intitule J'veux d'l'amour, et s'inspire de l'œuvre Ines Pérée et Inat Tendue, de Réjean Ducharme. Elle raconte l'histoire d'un frère et d'une sœur en quête d'amour après avoir perdu leur mère, le tout dans un univers déjanté où ils croiseront plusieurs personnages colorés.

À la suite de discussions, d'exercices d'écriture théâtrale et de séances d'improvisation, les participants ont eux-mêmes écrit la pièce qu'ils joueront devant public.

La directrice artistique du TNM, Lorraine Pintal, a signé la mise en scène. « J'ai fait un collage de tout ça, j'ai mis ça de bout en bout pour créer la pièce. Mais ça part d'eux, alors ce sont des exercices qui sont très émotifs, ils vont chercher ce qu'ils ont en l'intérieur d'eux-mêmes, pour l'exprimer par des mots. Je dois vous dire qu'il y en a là-dedans qui ont des talents d'auteur extraordinaires. »

L'initiative, mise sur pied par le TNM et l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, en est à sa cinquième année. Des partenaires, comme le Théâtre Aphasique, Les Muses, une école des arts de la scène qui offre des formations aux personnes handicapées, et Les Impatients, qui offrent des ateliers de création artistique aux personnes ayant des troubles de santé mentale, se sont ajoutés en cours de route.

Briser l'isolement

L'expérience semble grandement plaire à certains comédiens amateurs, qui en redemandent. C'est le cas de Jessica Sarraf, qui en est à sa quatrième participation.

« On m'a invitée à participer au projet de théâtre et, honnêtement, la première année, ça a fait partie de mon rétablissement dans la société en général. Ça a été très important pour moi », dit la jeune femme qui a combattu une profonde dépression dans le passé.

Selon le chargé de projet Éric Skulski, de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, ce genre d'activités permet de briser l'isolement dans lequel vivent plusieurs personnes atteintes de troubles mentaux, et peut constituer une thérapie leur permettant d'exprimer leurs états d'âme.

J'veux d'l'amour est présenté le lundi 14 mai à 19 h au Théâtre du Nouveau Monde. Une contribution volontaire est demandée pour y assister.

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