La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), réunie à Vienne vendredi, a décidé unanimement de maintenir la suspension imposée en novembre et renouvelée en mars à la Fédération russe, visée par des allégations de dopage institutionnalisé. La Russie n'aura pas d'équipe en athlétisme aux Jeux olympiques de Rio.

La décision de l'IAAF signifie que les athlètes de l'équipe d'athlétisme de Russie demeurent inadmissibles pour participer à des compétitions qu'elle sanctionne, comme les Jeux de Rio, du 5 au 21 août. « Aucun athlète ne compétitionnera sous le drapeau russe » en athlétisme à Rio, a confirmé le président de l'IAAF, Sebastian Coe.

Mais le Comité international olympique (CIO) pourrait toujours permettre à des athlètes russes non impliqués dans des cas de dopage de prendre part aux Jeux en athlétisme, par des mesures d'exemption, qu'il pourrait adopter dans une réunion de travail mardi.

Ces athlètes seraient autorisés à concourir sous la bannière olympique, comme « athlètes indépendants ».

« Des athlètes qui ne sont pas testés dans le système russe, mais dans des systèmes qui ont des programmes antidopage efficaces » pourront faire valoir leur cas sur une base individuelle, a indiqué Coe à ce sujet.

« Des progrès, mais pas assez »

« Peu importe la décision qui allait être prise aujourd'hui, ç'aurait été une triste journée pour notre sport », a regretté Sebastian Coe en conférence de presse, après avoir annoncé le résultat unanime du vote auquel ont pris part 24 des 27 membres du Conseil de l'IAAF, en raison de l'absence du représentant saoudien et de l'interdiction de voter des représentants russe et kényan, suspendus.

La Fédération russe (ARAF) a « fait des progrès, mais pas assez » dans sa lutte contre le dopage, a indiqué le Britannique pour expliquer la décision de l'IAAF. Ses athlètes ne peuvent « revenir de façon crédible à la compétition » à cause d'un lien de confiance brisé, a-t-il expliqué.

Rune Anderson, expert en dopage de l'IAAF qui l'accompagnait en conférence de presse, a déploré « une culture de tolérance bien ancrée » et qui « n'a pas changé » en matière de dopage, dont sont partie prenante « des athlètes et des entraîneurs qui ignorent les règles ».

Il faudra encore « de 18 à 24 mois » à l'Agence russe antidopage (RUSADA) pour se conformer aux exigences du code mondial antidopage, a-t-il estimé.

Une décision apolitique

La décision de l'IAAF est apolitique, a insisté Coe. L'idée n'est pas de punir la Russie, mais plutôt de « protéger les athlètes propres », a-t-il fait valoir.

Le système russe a « abandonné » ses athlètes et « on ne peut pas conclure qu'ils sont dans un système sécuritaire pour pouvoir participer à des compétitions internationales », a ajouté le double champion olympique du 1500 m (en 1980 et 1984).

Le patron de l'athlétisme international est revenu à cet argument quand un journaliste lui a demandé s'il s'inquiétait du niveau de compétition aux Jeux Rio maintenant que l'équipe russe en est exclue.

La Russie « extrêmement déçue »

Le ministre russe des Sports, Vitaly Mutko, a révélé qu'il s'attendait à cette décision de l'IAAF, dont il se dit « extrêmement déçu ». « Nous avons tout fait pour regagner la confiance de la communauté internationale depuis le début de la suspension », a-t-il fait valoir. « Nous allons réagir », a-t-il ajouté.

Le ministre Mutko invite le CIO à prendre la mesure de l'impact de l'exclusion de l'équipe russe d'athlétisme « pas seulement sur les rêves des Russes, mais aussi sur les Jeux eux-mêmes, qui seront diminués par son absence ». « Les Jeux doivent être une source d'unité, qui doivent rassembler des gens », a-t-il conclu dans son plaidoyer.

Le secrétaire général de la Fédération russe d'athlétisme, Mikhaïl Butov, a fait savoir que Moscou pourrait interjeter appel du maintien de la suspension auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS).

Yelena Isinbayeva, double championne olympique au saut à la perche (2004 et 2008) et visage de l'athlétisme russe, s'est quant à elle engagée, sous le coup de la colère, à entreprendre des actions en justice, sans toutefois préciser à quel tribunal elle comptait s'adresser.

À quelques heures du vote de l'IAAF, la Russie avait plaidé sa cause auprès de l'instance en rappelant ses récents efforts en matière de lutte antidopage.

Le président russe Vladimir Poutine avait notamment assuré qu'il n'y a pas de programme de dopage organisé par l'État dans son pays. « Il n'y a pas et il ne peut y avoir aucun soutien de l'État, spécialement en ce qui concerne le dopage », a-t-il lancé au Forum économique international de Saint-Pétersbourg.

La Fédération russe d'athlétisme a été suspendue par l'IAAF en novembre à la suite d'un rapport accablant d'une commission indépendante de l'Agence mondiale antidopage (AMA), qui révélait qu'elle fonctionnait dans un système généralisé de dopage, de dissimulations et de corruption.

Deux jours avant le vote à Vienne, l'AMA a jeté un autre pavé dans la mare et dénoncé des problèmes d'obstruction et de violation des contrôles antidopage en Russie depuis la suspension de sa fédération d'athlétisme.

La Russie avait décroché 16 médailles, dont 7 d'or, en athlétisme aux Jeux de Londres en 2012, le deuxième total derrière les États-Unis (28).

 

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