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L’autre vote de confiance pour les chefs du Parti québécois

Les votes de confiance dans les partis politiques sont un art et non pas une science. Si la barre officielle est toujours de 50 %, la réalité est bien différente. Chaque chef évalue sa position, celle de son parti et celle de ses éventuels adversaires à sa façon et avec des critères bien différents.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Au Parti québécois, avec 76 % des appuis, Lucien Bouchard avait choisi de rester. Huit ans plus tard, avec le même score, Bernard Landry a décidé de partir. Chez les conservateurs fédéraux, avec 66 %, Joe Clark avait convoqué un congrès où il allait être candidat – et être battu par Brian Mulroney.

En fait, il n’y a guère d’exemples de partis assez cruels pour donner moins de 50 % à un chef, surtout quand il n’a pas démérité, comme l’a fait le Nouveau Parti démocratique pour Thomas Mulcair, dans un congrès sans délégués et où il suffisait de se pointer à Edmonton pour voter.

Tout cela pour dire que les chances que Jean-François Lisée ne gagne pas son vote de confiance, samedi prochain, sont presque inexistantes. Même dans le « parti qui mange ses chefs », on ne peut envisager de choisir un troisième chef dans un même mandat.

Que ce soit par manque d’enthousiasme ou par dépit, plusieurs péquistes ne se gênent pas pour dire qu’ils voteront la confiance parce que le parti n’a tout simplement pas les moyens, ne serait-ce que financiers, d’une course au leadership à un an des élections du 1er octobre 2018.

L’autre vote de confiance

Mais, au PQ, il y a une autre sorte de vote de confiance : quand les délégués sont appelés à voter sur des éléments de programme qui ont été, d’avance, rejetés par le chef. Une façon de montrer leur mécontentement sans changer de chef, quitte à affaiblir son autorité morale.

Dès le premier congrès du PQ, René Lévesque avait été obligé d’aller au micro pour dire aux délégués que « je suis libre de rentrer chez moi », s’ils adoptaient des restrictions importantes aux droits de la minorité anglophone. La petite histoire dit que mis au courant que Lévesque avait mis sa tête sur le billot, son ancien chef chez les libéraux, Jean Lesage, avait tout simplement laissé tomber : « Déjà? ».

Après le premier référendum perdu, en 1981, le congrès avait carrément dérapé : on avait adopté l’accession à l’indépendance sans référendum et avec une simple majorité de députés, la fin de l’association économique avec le Canada et de nouvelles restrictions sur les droits des anglophones. Le même congrès avait donné une ovation au felquiste Jacques Rose, ce qui avait souverainement déplu à la direction du parti.

Le « Renérendum »

En colère, René Lévesque était monté à la tribune à l’issue du congrès et avait décrété un vote secret de tous les membres du parti – et non des seuls délégués – sur les trois points en litige. On a surnommé cette consultation le « Renérendum », qu’il gagnera avec 95 % des suffrages, mais qui affaiblira à jamais son leadership. Trois ans plus tard, il sera contraint de quitter la direction du parti qu’il avait fondé.

Rien de tout cela n’est immédiatement à l’horizon pour Jean-François Lisée. Mais il y a quand même une résolution qui sera soumise au Congrès qui pourrait donner aux délégués l’occasion de montrer leur déplaisir envers son leadership.

Il s’agit de l’idée, qui n’est pas nouvelle – elle avait été battue au congrès de 1996 –, de rendre le Cégep obligatoire en français pour les étudiants allophones et francophones. Certains y voient une nécessaire extension de la loi 101. D’autres, comme le chef, croient que le PQ a besoin d’aller chercher les jeunes électeurs et que le meilleur moyen n’est pas de leur enlever le droit de faire leur Cégep en anglais.

Reste qu’une trentaine d’associations de comté ont fait parvenir cette résolution au congrès et qu’elle devra être débattue et votée en plénière.

La direction du PQ aura beau dire, elle est nerveuse devant ce défi à l’autorité du chef. Et même si M. Lisée a mis beaucoup d’eau dans son vin depuis la réunion de son caucus de la semaine dernière – sur le Cégep en anglais comme sur l’ensemble des questions identitaires – ce vote du congrès sera surveillé avec beaucoup d’attention.

Avec un parti qui ne fait que perdre des appuis et qui est à un creux historique dans les sondages, à 22 %, les délégués pourraient fort bien choisir ce moyen d’exprimer leur mécontentement.

Mais même si « le parti qui mange ses chefs » se demande s’il a fait le bon choix l’an dernier, il ne pourra sans doute pas trouver l’appétit d’en dévorer un autre à 13 mois des élections.

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