La Russie affirme avoir mené une vingtaine de raids aériens contre le groupe armé État islamique (EI) en Syrie à la demande du président Bachar Al-Assad. Selon son ministère de la Défense, les frappes visaient du matériel militaire, des systèmes de communication ainsi que des dépôts d'armes, de munitions et de carburant de l'EI, une affirmation rapidement mise en doute par l'Occident.

« Conformément à la décision du commandant en chef des forces armées, Vladimir Poutine, nos avions ont mené une opération aérienne et réalisé des frappes de précision sur des cibles au sol des terroristes du groupe État islamique (EI) en Syrie », a déclaré le général Igor Konachenkov, porte-parole du ministère de la Défense.

« Le seul moyen de lutter efficacement contre le terrorisme international, en Syrie comme sur les territoires voisins [...] est de prendre de vitesse, de lutter et de détruire les combattants et les terroristes sur les territoires qu'ils contrôlent et ne pas attendre qu'ils arrivent chez nous », a déclaré le président russe Vladimir Poutine, selon des propos retransmis à la télévision russe.

Les frappes ont commencé peu après que les sénateurs russes eurent autorisé à l'unanimité le président Poutine à déployer l'aviation russe en Syrie, tel que souhaité par le président syrien Bachar Al-Assad.

Les troupes syriennes ne contrôlent plus qu'une portion du territoire, le reste étant maintenant aux mains de l'EI ou d'autres groupes rebelles. Bachar Al-Assad soutient que tous ses ennemis sont « des terroristes », peu importe leur allégeance.

Confusion sur les cibles

Dans le camp occidental, les frappes russes soulèvent le scepticisme. Les États-Unis et la France avancent que Moscou, fidèle allié de Bachar Al-Assad, ne cible peut-être pas les djihadistes de l'EI mais d'autres combattants qui sont aussi en lutte contre le président syrien, une allégation vite rejetée par Moscou, qui parle d'une « distorsion des faits ».

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a affirmé que les « premières indications » montraient que les zones touchées « n'étaient pas contrôlées par Daech [acronyme arabe de l'EI] » alors que le secrétaire américain à la Défense, Ash Carter, a annoncé que les raids russes avaient probablement eu lieu dans des zones dont les djihadistes de l'EI étaient absents.

En outre, le chef de l'opposition syrienne soutenue par les Occidentaux, Khaled Khodja, a déclaré que 36 civils avaient été tués dans des zones dont l'EI et le Front al-Nosra, lié à Al-Qaïda, étaient absents.

Un commandant de l'Armée syrienne libre, soutenue elle aussi par l'Occident, affirme enfin que huit de ses combattants ont été blessés dans des frappes russes.

Par contre, selon une source de sécurité syrienne consultée par l'AFP, « les avions russes et syriens ont mené plusieurs raids contre des positions terroristes à Hama [nord-ouest] et Homs [centre] », dans le nord-ouest et le centre du pays. Les zones visées à Homs sont tenues par le Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et des rebelles islamistes, tandis que les djihadistes de l'EI sont présents à Hama.

« Les Russes ont choisi ces régions parce que ce sont des régions où le régime de Bachar a subi des défaites », a expliqué à l'AFP le politologue libanais Zyad Majed.

« Daech n'a aucune présence à Lattaquié et Hama, et a une présence limitée à Homs. Manifestement, les Russes ciblent plus Jaish al-Fatah [une coalition d'islamistes] et des zones de l'Armée syrienne libre que Daech », a-t-il ajouté.

Kerry ne croit pas à une solution impliquant Assad

« Nous avons dit clairement que nous aurions de sérieuses inquiétudes si la Russie devait frapper des zones où il n'y a pas d'opérations de l'EI et de [groupes] affiliés à Al-Qaïda », a averti le secrétaire d'État américain John Kerry, quelques heures après les premiers bombardements russes.

Selon M. Kerry, les djihadistes de l'État islamique ne pourront pas être vaincus tant et aussi longtemps que le président Al-Assad demeure au pouvoir. Selon lui, la solution à la guerre civile qui secoue le pays ne peut pas venir d'une alliance militaire avec Bachar Al-Assad, mais plutôt d'une solution diplomatique.

Le ministre français des Affaires étrangères abonde dans le même sens. « Bien sûr, il faut lutter au maximum et collectivement contre Daech. Et tous ceux qui veulent nous rejoindre sont les bienvenus, à trois conditions », a-t-il déclaré à la presse depuis New York, après avoir réclamé devant le Conseil de sécurité de l'ONU « l'interdiction de l'usage en Syrie des bombardements aux barils d'explosifs et au chlore. »

« Les frappes doivent être dirigées contre Daech et les autres groupes terroristes, pas contre la population civile et l'opposition modérée. Il faudra vérifier si les frappes russes menées aujourd'hui respectent cette condition », a dit le secrétaire d'État américain.

« Il faut ensuite mettre fin aux bombardements indiscriminés. Enfin, il faut traiter la crise syrienne à la racine et aller vers une transition de sortie qui puisse redonner espoir au peuple syrien », a-t-il conclu.

Beaucoup de chasseurs dans le ciel de la Syrie

Le département d'État américain affirme par ailleurs que les États-Unis continuent de mener leurs propres opérations en Syrie, comme ils le font depuis plus d'un an maintenant, avec l'appui d'autres pays, dont le Canada et la France.

Il n'a d'ailleurs pas tardé à confirmer que l'armée de l'air américaine a mené une frappe non loin d'Alep, dans le nord du pays. 

« Nous avons été clairs et le secrétaire d'État [John Kerry] a été clair : cette démarche russe ne changera en aucune manière les missions des États-Unis ou de la coalition contre l'EI, les missions aériennes en particulier », a déclaré un porte-parole de la diplomatie américaine, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York.

Il a aussi confirmé que Moscou avait demandé que les avions américains n'utilisent pas l'espace aérien syrien durant les missions russes.

« Nous avons informé les autorités des États-Unis et d'autres États membres de la coalition formée par les Américains et sommes prêts à établir des canaux de communication pour que la lutte contre les groupes terroristes soit d'une efficacité maximum », a quant à lui déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Des officiers russes et américains devraient se rencontrer dans les prochains jours pour coordonner leurs opérations militaires en Syrie et éviter que des incidents se produisent lors de leurs bombardements respectifs, a déclaré mercredi le secrétaire d'État John Kerry.

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