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L’éducation comme outil pour prévenir les homicides conjugaux

Depuis l'affaire Turcotte, le Québec est mieux outillé pour dépister le risque d'homicide conjugal. Cependant, le passage à l'acte demeure difficile à prédire. Les proches d'Ugo Fredette auraient-ils pu se douter qu'il allait enlever son fils?

Il est très difficile de déceler dans le comportement d’une personne que quelque chose risque de tourner mal, affirme un expert psycholégal à la retraite, le Dr Hubert Van Gijseghem.

Il est difficile de mettre toutes les personnes avec certaines caractéristiques de la personnalité, antécédents ou particularités dans leur parcours, dans un même panier, car un certain nombre d'entre eux ne passeront jamais à l’acte.

Une personne à l’égo surdimensionné, une personne impulsive, évincée par un partenaire ou qui vit un événement qui met à mal son égo, peut vouloir faire table rase du passé, selon ce psychologue.

La rupture comme élément déclencheur

Avant qu’une personne commette l’irréparable, la plupart du temps, un élément pathologique, tel qu’un épisode psychotique ou une dépression majeure, survient dans sa vie, mais cela ne suffit pas pour devenir un criminel. Il faut ajouter à ce facteur pathologique, une propension à agir, une grande impulsivité, une jalousie maladive, une possessivité hors norme, mais aussi une grande motivation, cite le Dr Van Gijseghem.

Les hommes auteurs de filicide (meurtre d'enfant) sont la plupart du temps motivés par la vengeance, tandis que les femmes puisent leur motivation dans l’altruisme, estimant que cet enfant ne devrait pas vivre dans sa vie ce qu’elle a vécu, ajoute le professeur.

« Tous les spécialistes vous parleront de la rupture comme une période de vulnérabilité et c’est une période très importante », souligne le directeur général d’À cœur d’homme, un réseau d’entraide aux hommes pour une société sans violence, Rémi Bilodeau.

« C’est souvent là que les gestes vont se poser, qu’il va y avoir une escalade de gestes. On a tendance à penser que c’est un geste spontané, mais ce n’est pas vrai ».

Les recherches démontrent qu’il existe des signes avant-coureurs et une planification chez les personnes qui commettent des crimes conjugaux, insiste M. Bilodeau.

« C’est là qu’il faut éduquer les gens, l’entourage, les professionnels, il faut mieux les former, leur donner accès aux outils, aussi parce que l’on sait que dans le cas des homicides conjugaux, il y a 30 % de ces hommes-là qui ont consulté un professionnel », ajoute-t-il.

Enlever son propre enfant

Lorsque survient un drame familial, celui qui se sent blessé aura tendance à emmener les enfants qui sont souvent vus comme une excroissance de son propre égo, selon le Dr Van Gijseghem.

C’est difficile de savoir ce qui se passe dans la tête d’un homme comme Ugo Fredette, tempère M. Bilodeau, qui émet l’hypothèse que toute sa vie tournait autour de sa conjointe et de son enfant.

Dans ce cas-là, surgit alors une incapacité de voir plus loin, de se projeter dans l’avenir poussant à commettre un geste regrettable. « C’est la solution ultime que l’homme va trouver ».

Une meilleure prévention

Plus il y a de ressources et mieux c’est, tant pour les femmes que pour les hommes ou les enfants, soutient Hubert Van Gijseghem, qui estime toutefois qu’on dispose de suffisamment de ressources. Encore faut-il être conscient que l’on a besoin d’aide et être au fait des facteurs de risque.

L’éducation populaire permettrait que les personnes vulnérables ou qui se trouvent en situation critique prennent conscience de leur état et puissent appeler à l’aide.

Tenter d’intervenir auprès d’une personne qui se sent blessée ou persécutée peut être pris comme une attaque, explique le psychologue, qui ajoute qu’il n’existe pas de panacée en matière de prévention.

« Souvent, c’est du cas par cas. C’est évident, il faut solliciter la parole, car la parole peut être un exutoire » qui l’empêchera de passer à l’acte.

Outils spécifiques aux hommes

Des méthodes pour prévenir les homicides conjugaux ont été développées. L'organisme À cœur d’homme a travaillé avec des chercheurs de l’Université Laval et de l’Université du Québec pour créer un outil de détection du risque d’homicide spécifique aux hommes, selon M. Bilodeau.

En 2012, le rapport du comité d’experts sur les homicides intrafamiliaux recommandait un meilleur dépistage des comportements à risque.

M. Bilodeau rappelle que le battage médiatique autour de l’affaire Guy Turcotte, accusé d’avoir tué ses deux enfants en 2009, a permis une prise de conscience collective du dossier des homicides conjugaux.

« Avant, je pense que l’on détectait beaucoup le risque d’homicide à travers le risque suicidaire. Quand un homme venait nous voir et qui disait qu’il voulait mettre fin à ses jours, souvent, on posait la question : "est-ce que tu veux emmener quelqu’un avec toi?" Maintenant, on sait que l’homme qui va arriver chez nous avec des signes dépressifs, en colère, fatigué, ce qui est normal dans une séparation, cet homme-là, aujourd’hui, on est mieux équipé pour le détecter », conclut-il.

Toutefois, il est d’avis que les services sociaux doivent être mieux adaptés et qu’un financement adéquat de ces services et des organismes qui interviennent auprès des hommes est nécessaire.

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