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L'éducation dans les réserves : un système inexistant, dit Ottawa

Les enfants vivant dans les réserves subissent les effets dévastateurs d'un système scolaire inexistant, selon un document préparé par le ministère fédéral des Affaires autochtones et du Nord.

Selon un document d'information préparé pour la ministre des Affaires autochtones et du Nord, dont CBC a obtenu copie à la suite d'une demande d'accès à l'information, les écoles dans les réserves manquent à leur devoir envers les enfants des Premières Nations à cause d'un manque d'argent et aussi en raison de « l'absence des systèmes et structures nécessaires pour combler le fossé en matière d'éducation ».

Le document fait état d'un système inexistant : les écoles sont gérées individuellement par les conseils de bande et n'ont pas accès aux appuis qui sont normalement offerts par les commissions scolaires et ministères d'éducation provinciaux, notamment pour l'élaboration des programmes d'enseignement et la formation du personnel.

La directrice générale des Services d'aide à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, Cindy Blackstock, pense que le gouvernement fédéral fait preuve d'hypocrisie en parlant de système inexistant pour décrire un système éducatif qu'il a lui-même créé.

Mme Blackstock rappelle qu'Ottawa a commandé plusieurs études sur la question de l'éducation dans les réserves, sans toutefois mettre en oeuvre les recommandations qui en ont découlé.

La semaine dernière, lors d'une visite à Thunder Bay, la ministre des Affaires autochtones et du Nord Carolyn Bennett a dit que son gouvernement était ouvert à la possibilité de changer la façon dont l'éducation est gérée dans les réserves. « Dans le budget, il y avait de l'argent prévu pour bâtir des systèmes scolaires, a-t-elle rappelé. Nous savons dans quelle direction nous devons nous diriger, c'est-à-dire consulter les éducateurs pour développer ces systèmes. »

Lors du dépôt de son budget 2016, le gouvernement fédéral a promis d'investir 8,4 milliards de dollars sur cinq ans pour améliorer les conditions de vie des peuples autochtones du Canada. L'argent devait notamment servir à rénover et à construire des écoles et à améliorer le système d'éducation dans les réserves.

Pour Cindy Blackstock, cette approche échelonnée ne permettra pas de combler le fossé en matière d'éducation qui, selon elle, est créé par les conditions qui sont imposées aux Premières Nations.

Elle souligne que l'investissement s'étend sur cinq ans, soit un an de plus que ce qui a été promis par Justin Trudeau lors de la campagne électorale. L'investissement est aussi fortement concentré en fin de période : 25 % des fonds seront octroyés en 2020-2021, soit un an après la prochaine élection fédérale.

Pour Cindy Blackstock, l'échec dans le milieu scolaire a un effet destructeur sur l'estime de soi chez les jeunes Autochtones. « Ces enfants savent que les autres enfants réussissent mieux. Ils intériorisent le sentiment selon lequel ils sont seuls responsables de leur échec : "Je ne suis pas assez intelligent, je ne suis pas assez bon, ma communauté est une bande de nuls." »

« S'ils étaient sérieux, ils auraient investi des sommes importantes dans les premières années, déclare Mme Blackstock. Ils racontent qu'il s'agit d'une première étape pour se protéger. Mais on n'atteindra jamais l'égalité avec une approche progressive; les jeunes n'ont pas des enfances progressives. »

Selon un texte de John Paul Tasker, CBC News

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