Depuis plusieurs mois, des étudiants occupent plusieurs écoles publiques de Rio de Janeiro. Ils revendiquent plus d'investissement dans l'éducation au moment où la tenue des Jeux olympiques avale des milliards de réaux et où la droite se fait plus présente dans le paysage politique.

Un texte de Ginette Lamarche à Désautels le dimanche

« Enlevez-moi ces Jeux olympiques et investissez dans nos écoles », lit-on sur une des affiches placardées devant une école.

Les jeunes qui fréquentent ces écoles viennent des classes moyennes basses et des milieux populaires. C'est l'un des acquis des 30 dernières années au Brésil : une école publique capable d'instruire non seulement la classe moyenne comme autrefois, mais aussi les jeunes des favelas, des familles pauvres.

L'héritage de Lula

Issu d'une famille noire et pauvre, Gabriel Richer n'aurait pas eu accès à l'école 30 ans plus tôt. Il n'attendrait pas non plus sa place à l'université publique, réservée à l'époque à l'élite et à la classe moyenne aisée.

Grâce aux quotas instaurés par l'administration de Luiz Inácio Lula da Silva, Gabriel pourra fréquenter l'université. Il fait partie de cette génération consciente de ses droits.

Ses collègues et lui se sont mobilisés pour que l'accès à l'éducation des plus pauvres de la société soit une priorité pour les pouvoirs publics.

Ils ont peur que le retour de la droite au pouvoir sonne le glas des acquis des dernières années.

De jeunes militants

Maxim Bonzon est l'archétype du blanc-bec issu de la classe moyenne bourgeoise. Il a fréquenté les grandes écoles, les universités les plus prestigieuses.

Même s'il aurait pu décrocher un emploi bien rémunéré dans une grande entreprise, Maxim a opté pour le militantisme.

Avec ses collègues, il a fondé Meu Rio (« Mon Rio » en français), une organisation qui aide les gens des quartiers modestes à se mobiliser, à revendiquer leurs droits.

Meu Rio compte déjà plusieurs victoires : l'organisme a empêché la fermeture d'une école et a sauvegardé des parcs. Il a surtout transmis l'idée que le citoyen avait le pouvoir de changer les choses.

« Quand on leur donne des outils, les gens font bouger les choses. Ils peuvent faire changer les décisions prises en haut sans consultation », poursuit-il.

Meu Rio a connu un tel succès que de nombreuses villes brésiliennes veulent implanter chez elles une telle organisation.

Ce sont des jeunes de tous les horizons qui veulent bousculer l'ordre établi, lutter contre les inégalités qui plombent la société brésilienne.

Maxim se désole que les élites brésiliennes n'aient toujours pas compris qu'investir dans l'éducation assure un meilleur avenir à tous. « Les élites brésiliennes ont beaucoup de difficulté à comprendre ce que le pays gagnerait à inclure les classes populaires en éducation. Elles ont du mal à concevoir une éducation publique émancipatrice », observe Maxim.

Cancre de l'Amérique du Sud

Gabriel et Maxim reconnaissent que le Brésil a encore toute une pente à remonter pour faire de l'éducation une clé du développement du pays.

Malgré les progrès accomplis, le Brésil reste le cancre de l'Amérique du Sud en matière d'éducation. Il est largement devancé par le Chili et l'Argentine, dont les citoyens comptent près de 10 ans de scolarité. La moyenne brésilienne n'est que de 7,2.

Sortir l'enseignement du sous-développement dans lequel il se trouve reste l'un des grands défis de ce pays-continent.

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