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L'effet Trump sur le comportement des électeurs

Les sondages politiques risquent d'être d'une moins grande utilité.

On l'a vu un peu partout, les électeurs tendent de plus en plus à prendre leur décision finale dans la campagne plus tard qu'avant, soit dans les toutes dernières heures, quand ce n'est pas carrément dans l'isoloir.

Dans les états-clés aux États-Unis, entre 10 et 20 % des électeurs ont pris leur décision dans les dernières heures avant le vote – et ils ont, en large majorité appuyé Donald Trump. Il semble évident que la même chose fut vraie pour François Filllon en France.

Cela signifie que les sondages restent un bon moyen de voir venir les tendances, mais qu'ils ne sont peut-être le meilleur instrument pour prédire l'issue d'un scrutin qui s'annonce serré.

L'organisation, l'argent et la « machine à faire sortir le vote » n'ont plus autant d'importance.

On l'a vu aux États-Unis, Mme Clinton avait la machine et l'argent. Cela devait faire la différence. Et finalement, cela ne lui a pas permis de l'emporter.

Nos techniques de sortie de vote datent des années 1970. On identifie les sympathisants et on essaie de les amener aux bureaux de scrutin.

Sauf qu'il existe aujourd'hui toutes sortes de données qui permettent d'identifier ses supporters bien plus efficacement. Et envoyer un texto le jour du scrutin est souvent bien plus efficace qu'un appel téléphonique offrant un chauffeur pour amener un électeur au bureau de scrutin.

De toute façon, quand on est face à une vague imprévue, il arrive souvent qu'on sorte le vote de ses adversaires. Demandez-le aux députés libéraux du Québec qui ont été défaits par des adéquistes inconnus en 2007.

Gagner les débats a beaucoup moins d'importance.

Mme Clinton a gagné les trois débats de la dernière campagne, selon tous les sondages et la très grande majorité des observateurs. Les partisans du « Stay » avaient écrasé ceux du « Leave » au Royaume-Uni.

François Fillon a bien des qualités, mais pas celle de briller dans les débats. Et pourtant...

C'est contradictoire parce que les débats télévisés n'ont jamais été aussi écoutés, comme en font foi les cotes d'écoute. Ça ne veut pas dire qu'ils sont inutiles – loin de là – mais cela signifie qu'une victoire dans les débats n'amène pas nécessairement une victoire aux urnes.

Remarquez que, ça, on le savait depuis assez longtemps. John Kerry avait éviscéré George W. Bush en 2004. Il n'est pas devenu président pour autant.

Faire campagne contre les élites (et les médias...) est à la mode.

Qu'ont en commun Trump, Fillon et les partisans du Brexit? Ils ont largement fait campagne contre les élites. Comme si les intérêts des gens qui ont le pouvoir étaient nécessairement et obligatoirement contraires à ceux de la classe moyenne, du « peuple », ou des sans voix. Et, dans ce discours, les médias sont presque automatiquement associés aux élites.

Ce peut n'être qu'une mode ou une vague de fond et il est trop tôt pour le dire. Mais il n'y a rien de plus populaire en politique qu'un gagnant.

François Legault (millionnaire et ancien ministre de l'Économie, de l'Éducation et de la Santé) a déjà sauté dans ce train. Il y en aura d'autres...

La post-réalité est là pour rester.

On commence seulement à mesurer l'importance du phénomène. Mais il semble clair que les médias sociaux ont la capacité de créer une sorte de réalité virtuelle – la post-réalité, selon l'expression désormais consacrée – qui permet de conforter les partisans dans leur appui et de convaincre un certain nombre d'électeurs.

Les publicités négatives n'ont pas vraiment eu la cote au Canada et au Québec si on compare aux États-Unis et même à plusieurs pays européens. Il est probable qu'il faudra s'y habituer. Parce qu'en politique, une stratégie qui permet de transformer une défaite probable en victoire imprévue va nécessairement devenir irrésistible.

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