Le jour J est arrivé. Dans quelques heures, à moins d'un improbable délai (à la façon de Gore c. Bush, décembre 2000), on saura qui, de Donald Trump ou d'Hillary Clinton, s'installera à la Maison-Blanche le 20 janvier prochain.

Une analyse de François Brousseau

Huit ans après l'arrivée « enchanteresse » du premier président noir de l'histoire des États-Unis, accueillie avec enthousiasme dans le monde entier, c'est dans une atmosphère tout sauf enchantée que se termine cette campagne acrimonieuse. Une campagne qui a montré à la face du monde un pays affaibli, coupé en deux.

États-Unis 2008, États-Unis 2016 : deux mondes.

L'espoir disparu

Ce fut une campagne pleine de boue, de hargne et d'accusations personnelles, quasiment dénuée de débats de fond, et qui pourrait voir la première femme accéder - après un parcours souvent pénible - à ce poste dont on en vient presque à se demander pourquoi il est encore si convoité.

Le bilan en demi-teinte du président sortant ne doit pas faire oublier l'immense espoir, le lyrisme et l'exaltation qui avaient, en 2008, porté la campagne d'« Obama-le-Magicien ». Avec ce sentiment - un brin présomptueux et exagéré, peut-on dire rétrospectivement - de faire l'histoire et même, par un coup de baguette magique, de soudain tout rendre possible.

Rien de tel, en 2016, devant l'élection annoncée de la première femme au sommet des États-Unis. Si Mme Clinton gagne, elle s'installera à la Maison-Blanche plombée par les accusations, les blessures de campagne, souillée par les crachats, victime d'une misogynie sournoise, et faisant face à une forte minorité (à droite, mais aussi en partie à gauche) qui la hait et qui considérera d'emblée son élection illégitime.

Incrédulité dans le monde

Avec un mélange de désolation et d'incrédulité, le reste du monde a vu cette campagne américaine atteindre des bas-fonds insoupçonnés. Nul doute que les autocrates de Chine, de Russie et d'ailleurs auront regardé avec délectation cette démocratie qui naguère se pensait exemplaire, rayonnante, l'envie du monde entier... plutôt devenue la risée générale. « C'est donc ça, votre démocratie? »

La risée... à moins que ce ne soit l'effroi. Cette campagne sans honneur et cette démocratie qui patauge coïncident avec le déclin de l'influence des États-Unis dans le monde. Ce fut, sous Barack Obama, le retrait relatif du Moyen-Orient chaotique (la non-intervention à l'été 2013 contre Bachar Al-Assad). Ou encore, en Asie, l'affaiblissement marqué face à une Chine de plus en plus conquérante, qui arrache un allié après l'autre (Philippines, Malaisie)...

Mais tous ne se réjouissent pas devant ce qu'une publication chinoise a appelé « un empire en pleine déconfiture ». Les Japonais, les Polonais, les Lituaniens, les Colombiens, alliés, voire admirateurs des États-Unis, voudraient encore trouver dans ce pays blessé un ami, un exemple, un protecteur. Aujourd'hui, ils n'en croient pas leurs yeux et leurs oreilles.

En Europe, où les cousins politiques de Donald Trump ont le vent en poupe, l'élection du magnat de New York serait vue comme un Brexit à la puissance quatre!

Pékin et surtout Moscou (avec la collaboration de WikiLeaks) espèrent la victoire de Trump, et roulent pour lui. Il est pour eux l'idiot utile, le messager involontaire du déclin américain, « un homme de paix » comme ils disent sans rire. Mais à Paris, Berlin, Bruxelles, Tokyo, où sont toujours au pouvoir - pour combien de temps? - « les vieilles élites » aujourd'hui honnies, on fait brûler des cierges pour Hillary Clinton.

« Vote ethnique » contre « ouvriers blancs en colère »

Ils en sont réduits à espérer que le « vote ethnique » (hispanique) sera très fort en Floride, « État pivot » par excellence, dans le bizarre et anachronique système électoral américain. La Floride, où une victoire démocrate garantirait presque certainement la Maison-Blanche à Mme Clinton.

Ou encore, que les « ouvriers blancs en colère » de l'Ohio, du Michigan ou de la Pennsylvanie ne se jettent pas tous en bloc dans les bras de M. Trump. La Pennsylvanie où le couple Clinton, flanqué du couple Obama - remarquablement présent dans cette campagne, fait assez rare pour un président sortant - a conclu la saison, en plein cœur de Philadelphie, par une énorme assemblée publique, sur des airs de Bruce Springsteen.

Une campagne enfin terminée! Terminée, dites-vous? On a plutôt l'impression que cette bataille - cette guerre civile? - ne fait que commencer.

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