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L’élimination de la bourse du carbone en Ontario fait ses premières victimes

Les Ontariens vont perdre des milliers de dollars en rabais écoénergétiques avec la fermeture soudaine du Fonds pour un Ontario vert, qui était entièrement financé avec les revenus tirés de la bourse du carbone. De plus, les villes ontariennes risquent de perdre des millions de dollars en deniers publics parce que les permis de polluer qu'ils ont achetés ne valent maintenant plus un sou.

Un texte de Christian Noël

Fini les rabais pour les rénovations éconergétiques des maisons et des commerces en Ontario. Le Fonds pour un Ontario vert devient une des premières victimes de la promesse de Doug Ford d’éliminer la bourse du carbone en Ontario.

Le Fonds offrait des milliers de dollars en rabais aux Ontariens qui souhaitaient rénover leur maison ou leur commerce, afin de réduire leur consommation d’énergie et leur facture d’électricité. Des rabais qui étaient financés à 100 % par les revenus tirés de la bourse du carbone. Or, ces programmes ont été éliminés ce matin à 10 h.

« Ceux qui ont déjà signé un contrat avec un entrepreneur ont jusqu’au 31 août pour terminer les travaux et doivent soumettre leur demande de remboursement avant le 30 septembre » pour recevoir leur rabais.

« Un coup dur »

L’élimination du Fonds pour un Ontario vert a pris tout le monde par surprise, y compris ses employés, selon les informations obtenues par Radio-Canada.

L’annulation du programme est un coup dur pour Azeem Qureshi, le PDG de Grasshopper Solar, un des gros joueurs de l’énergie solaire en Ontario, avec 300 employés et des actifs de 400 M$ dans la province. « Ce rabais est un incitatif énorme pour les gens qui songent à faire le grand saut et à installer des panneaux solaires sur leur résidence ou sur le toit que leur compagnie », confie-t-il.

Selon lui, « le prochain gouvernement de Doug Ford cause de l’incertitude en changeant les règles du jeu sans avertissement, et ce n’est jamais bon pour les entreprises ».

Des millions qui s’envolent en fumée

Les règles du jeu ont également changé pour les municipalités ontariennes qui, comme une trentaine d’entreprises, participaient à la bourse du carbone. Toronto, Markham, Kitchener et Kingston ont dépensé des dizaines de millions de dollars pour des permis de polluer. Ces permis, achetés avec l’argent des contribuables, ne valent maintenant plus grand-chose.

Par exemple, la Ville de Kingston possède une centrale au gaz qui produit de l'électricité pour ses résidents. En vertu de la loi ontarienne, Kingston devait réduire ses émissions de gaz à effet de serre ou acheter des permis de polluer à la bourse du carbone.

De plus, impossible pour Kingston de revendre ces permis de polluer sur le marché du carbone, parce qu'elle n'a déjà plus accès à la bourse du carbone.

Le Québec et la Californie ont décidé, de façon préventive, de bloquer les échanges avec l'Ontario afin d'éviter que les compagnies ontariennes revendent leur permis en masse et fassent chuter les prix.

La ville de Kingston exige donc une compensation du futur gouvernement Ford, dit Jim Keech. « Nous nous attendons à un remboursement intégral de nos dépenses, soit 4 M$ ». Sinon, il n’exclut pas de « poursuivre la province devant les tribunaux pour récupérer ces sommes aux noms des contribuables ».

Une option qui est également à l'étude chez les autres participants ontariens de la bourse du carbone, indique l'analyste Michael Berrens, de la firme ClearBlue.

Le premier ministre désigné Doug Ford assurait devant son caucus ce matin que « l’élimination de la bourse du carbone va remettre de l’argent dans les poches des Ontariens ». Mais jusqu’à maintenant, il n’a toujours pas dit si son gouvernement allait compenser les entreprises qui se sentent lésées.

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