Francine (nom fictif) a tellement d'objets de toutes sortes accumulés devant les plinthes électriques de son appartement qu'elle n'a pas de chauffage en plein hiver. Bienvenue dans l'univers de cette femme de 62 ans atteinte du trouble d'accumulation compulsive (TAC).

Un texte de Pascal Robidas

À nos yeux, l'endroit est bordélique. Mais pour Francine, chaque objet parmi la centaine qui sont empilés chez elle a une valeur. Se départir d'une seule de ces choses serait un supplice.

La sexagénaire n'a plus de vie sociale. Sa maladie mentale l'a isolée au fil du temps.

Tout son appartement est encombré. C'est le résultat de dizaines d'années à être incapable de se départir de biens matériel n'ayant aucune utilité, la plupart du temps.

Cela fait des années qu'elle n'a pas pris un seul repas sur sa table de cuisine. Dans ce fouillis, il ne lui reste donc qu'un seul endroit pour s'asseoir et déposer une assiette : sur le bureau où se trouve son ordinateur, déjà enseveli sous une montagne de paperasse.

Elle dispose à peine de l'espace nécessaire pour dormir dans son lit qui est aussi recouvert de vêtements et d'objets de toute sorte.

« Il y a tellement de choses ici. Tu fais un lavage et tu sais que tu vas devoir forcer pour le rentrer entre deux choses... (elle pointe le garde-robe). La vérité, c'est qu'il n'y en a plus, d'espace. Donc, tu arrêtes de mettre de l'ordre et tu empiles où tu peux le faire », ajoute-t-elle.

1,4 million de Canadiens atteints du trouble d'accumulation compulsive

Au Canada, c'est 4 % de la population, soit 1,4 million de Canadiens, qui est atteinte du TAC.

C'est deux fois plus que le trouble de la bipolarité et quatre fois plus que la schizophrénie.

Le trouble d'accumulation compulsive est diagnostiqué dans toutes les classes sociales, peu importe le niveau d'éducation.

« Une personne atteinte du TAC va souffrir d'acquisition compulsive. C'est-à-dire de l'envie irrésistible d'acheter des choses à rabais, même s'il n'y a pas de besoin particulier », ajoute la psychologue Natalia Koszegi.

Des experts se sont donc réunis à Montréal pour démystifier cette maladie mentale apparentée au trouble obsessif-compulsif. Depuis cinq ans, le TAC est reconnu comme un trouble distinct dans le DSM-5, le manuel des troubles mentaux. Dans la moitié des cas, le TAC est intergénérationnel.

Toujours selon ces experts, cette maladie mentale, pratiquement invisible en société, n'empêche pas forcément une personne qui en souffre de fonctionner normalement à l'extérieur de son domicile. Pour en détecter les symptômes, il faut aller directement dans sa résidence.

La thérapie

À Montréal, tous les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) offrent des programmes de groupe pour des personnes malades qui souhaient reprendre le contrôle de leur vie.

Selon plusieurs psychologues, il est possible de désamorcer les éléments déclencheurs qui mènent à l'obsession. Il faut de la volonté et beaucoup de courage.

Francine fait partie du nombre. Elle est déjà inscrite dans un programme, dans l'est de l'île de Montréal.

Elle en a assez de se sentir prisonnière de sa maladie mentale.

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