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L'enquête de Richard Pound éclabousse l'athlétisme mondial

Dire que le rapport d'enquête de Richard Pound est explosif est un euphémisme. L'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF) en prend pour son grade...

L'avocat montréalais avait le mandat de l'Agence mondiale antidopage (AMA) de faire la lumière sur les méthodes généralisées de dopage dans l'athlétisme russe, à la suite de la diffusion d'un reportage-choc de la chaîne de télévision allemande ARD en août dernier.

Les conclusions de Richard Pound dépassent les frontières russes. Le rapport doit être rendu public lundi. On y parle de corruption, d'extorsion de fonds et de chantage au plus haut niveau de l'athlétisme international, c'est-à-dire la présidence assurée jusqu'en 2015 par Lamine Diack.

Federico Franchini, journaliste d'enquête du quotidien français en ligne Mediapart, a mis la main sur le rapport et a expliqué le contenu à Radio-Canada Sports au micro de Robert Frosi.

M. Franchini a pu lire qu'à un an des Jeux olympiques de 2012 à Londres, la fédération russe a fait chanter les athlètes avec la garantie de ne rien révéler et de masquer les anomalies figurant dans leurs analyses.

L'ancien président de la Fédération russe d'athlétisme aurait fait chanter au moins six athlètes olympiques, dont la marathonienne Lilya Shobukhova, qui a dû payer 570 000 dollars en échange du silence de la fédération.

« On a trouvé qu'il y avait un système généralisé au sein de l'IAAF pour couvrir des activités de dopage, explique M. Franchini à Radio-Canada Sports. Ce que le rapport confirme, c'est qu'il y avait une espèce de système de chantage entre les hauts dirigeants de l'IAAF et les dirigeants de la fédération russe qui demandait aux athlètes de l'argent pour couvrir des activités de dopage. »

Le rapport détaille le cas de l'athlète turque Asli Alptekin, championne olympique du 1500 m à Londres, qui aurait elle aussi été victime de chantage de la famille de l'ancien président de l'IAAF, Lamine Diack. Les deux fils de M. Diack (Pape Massata et Khalil, dont l'un était le conseiller en marketing de l'Association) auraient réclamé 500 000 dollars à la sportive turque.

Toutes ces sommes auraient ensuite été versées à Lamine Diack et à ses complices par le biais d'une société-écran, a raconté M. Franchini à Robert Frosi.

« Les enquêteurs ont confirmé la présence d'une espèce de comptabilité parallèle qui couvrait ses transactions financières avec une société basée à Singapour », explique M. Franchini.

Federico Franchini a expliqué, après avoir lu le rapport, que l'ancien président de la Fédération russe d'athlétisme, qui était aussi trésorier de l'IAAF, a dû démissionner et a fait l'objet de poursuites.

« La justice française a ouvert son enquête suite aux découvertes de cette enquête de l'AMA », précise Federico Franchini.

Le médecin responsable des contrôles antidopage à l'IAAF, Gabriel Dollé, qui aurait couvert des cas de dopage contre de l'argent, et l'ancien président de l'IAAF, Lamine Diack, ont été mis en examen pour corruption par la justice française.

L'ancien président a obtenu sa libération en échange d'une caution de 700 000 dollars; le médecin français pour 100 000 dollars.

Au téléphone, l'avocat canadien Richard Pound s'est contenté de dire que le rapport qui sera rendu public lundi à Genève sera effectivement accablant.

Il a tenu à préciser que les éléments concernant Lamine Diack ne seront pas rendus publics pour ne pas nuire à l'enquête française, mais qu'ils pourront l'être d'ici la fin de l'année. M. Pound a ajouté qu'après le scandale de la FIFA et celui de l'athlétisme mondial, il est grand temps de faire le ménage dans le monde du sport.

À la suite de la mise en examen de son ancien président, Lamine Diack, l'IAAF a décidé, vendredi, d'imposer des mesures disciplinaires à quatre de ses membres:

  • Gabriel Dollé, responsable de la lutte antidopage jusqu'en décembre 2014
  • Pape Massata Diack, un des fils de Lamine Diack 
  • Valentin Balakhnichev, trésorier de l'IAAF jusqu'en décembre 2014 et ancien président de la fédération russe
  • Alexei Melnikov, ancien entraîneur national de la marche

De plus, l'IAAF a annoncé qu'elle allait procèder à un examen (audit) de ses finances et de l'ensemble de ses processus opérationnels, et a annulé son gala de fin d'année, prévu le 28 novembre à Monaco.

Réaction de la Russie

« La Fédération russe d'athlétisme est bien informée des enquêtes menées par la commission d'enquête indépendante nommée par l'Agence mondiale antidopage et par celle de la commission d'éthique de l'IAAF. Nous les assurons de notre entière collaboration. Mais nous rejetons également toute accusation infondée touchant la Fédération », a commenté la Fédération russe sur son site Internet.

La Fédération russe a fait le ménage au sein de sa direction. De nombreux entraîneurs russes restent toutefois dans le collimateur de la justice sportive.

Le nouveau secrétaire général de la Fédération russe, Mikhail Butov, a affirmé vendredi vouloir améliorer le système national de lutte contre les tricheurs.

« Il y a plein de problèmes dans notre système actuel de contrôles antidopage, qui est souvent incompréhensible pour nos athlètes et entraîneurs », a expliqué M. Butov, cité par l'agence R-Sport.

Le secrétaire général ajoute que la Fédération russe va envoyer à l'IAAF des « propositions pour l'amélioration des procédures de contrôle antidopage ».

« La Russie suit le concept de « tolérance zéro » en la matière », a rappelé M. Butov.

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