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L'enquête sur les femmes autochtones perd deux autres membres

Deux autres départs viennent encore ébranler l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) au lendemain de l'entrée en poste de sa nouvelle directrice générale.

La commissaire en chef Marion Buller a annoncé samedi que la directrice à la recherche de l'enquête, Aimée Craft, quittera son poste le mois prochain et que l'avocate principale auprès de la commission, Susan Vella, avait également annoncé sa démission.

L'annonce intervient un jour après que l'Enquête eut nommé une nouvelle directrice générale.

Debbie Reid, ancienne conseillère auprès de l'Assemblée des Premières Nations et originaire de la Première Nation ojibwée de Skownan, au Manitoba, occupera ainsi les fonctions de Michèle Moreau, qui a démissionné en juillet pour protester contre la structure « coloniale » de l'enquête.

À la suite du départ de Mme Craft, la commissaire Buller s'est dite « déçue » de voir celle-ci reprendre son poste à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa, le 1er novembre.

Dans une note d'information, Mme Buller affirme que les commissaires et les employés actuels de l'ENFFADA sont toujours engagés à respecter le mandat donné par le gouvernement libéral.

« Nous sommes liés par les puissants témoignages des proches et des survivants qui ont déjà partagé leur vécu avec nous la semaine dernière à Smithers, en Colombie-Britannique, ainsi qu'à Whitehorse, au Yukon, le printemps dernier », mentionne-t-elle.

Stress et pression

« C'est sûr que les démissions frappent davantage l'intérêt, mais il y a quand même 60 personnes qui travaillent » au sein de l'enquête, précise la commissaire Michèle Audette.

En entrevue à RDI Matin Week-end, Mme Audette a indiqué que les nombreux départs « peuvent amener des changements, des stress, mais nos départs, cette fois-ci [...] nous amènent à faire un exercice auquel on réfléchit et que l'on prépare depuis le mois de mai pour avoir une nouvelle approche ».

Selon la commissaire, la multiplication des départs, particulièrement ces derniers mois, s'explique entre autres par des décisions professionnelles, mais par le fait que l'enquête entraîne « beaucoup de pression, beaucoup de stress, et ce, à tous les niveaux ».

Comme l'explique Mme Audette, « beaucoup de gens vont critiquer le travail, critiquer la façon de faire, demander à ce que l'on ait un redémarrage à froid, sans prendre le temps [...] d'embarquer dans le mouvement et de comprendre que l'on ne peut pas créer une enquête nationale qui n'a jamais existé auparavant, qui n'a pas de repères et que nous devons gérer avec 14 gouvernements différents et les nations autochtones ».

Impossible, à ses yeux, de parvenir à mettre sur pied l'ENFFADA en seulement neuf mois.

La commissaire Audette croit par ailleurs que ces critiques provoquent des divisions qui nuisent aux travaux. « Nous sommes tous d'accord pour dire qu'il n'y a rien de parfait, notamment l'enquête nationale. Nous sommes tous d'accord pour affirmer que l'on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour arrimer cultures autochtones et les lois que nous devons respecter. »

Mme Audette dit ainsi comprendre le manque de confiance éprouvé par certains membres du public par rapport au processus.

L'une des solutions passerait par un prolongement du délai imparti pour la réalisation de l'enquête, chose que réclame Mme Audette depuis longtemps. Au dire de cette dernière, l'heure est aux derniers préparatifs pour déposer une demande en ce sens.

Pas question pour elle d'envisager son départ. « Bientôt, vous allez entendre parler de notre nouvelle approche », promet Mme Audette.

Appel à la démission de la commissaire en chef

L'annonce des nouveaux départs n'a pas plu à Sheila North Wilson, grande chef de la Première Nation Keewatinowi Okimakanak, au Manitoba.

« Cela réitère l'état de crise dans lequel est plongée cette enquête nationale », a-t-elle confié à la CBC.

Mme North Wilson estime, comme elle l'a déjà fait, que la commissaire en chef Buller doit démissionner. « Elle doit trouver, dans son cœur, la force [de quitter son poste], parce que cette affaire ne la concerne pas, elle, mais concerne plutôt les familles », avance-t-elle.

Pour la chef North Wilson, le ton de l'enquête controversée a été déterminé par Mme Buller, ce qui a entraîné de graves problèmes. Selon elle, les familles dont des membres ont disparu ou ont été assassinés en ont assez et veulent un redémarrage complet de l'enquête.

« Je perds confiance »

« Je suis très stressée et je commence à perdre confiance », indique pour sa part Sue Caribou, une grand-mère crie qui siège au sein du groupe d'information pour les familles de l'enquête.

Voilà des années que cette femme attend la tenue de l'enquête. Plusieurs membres de sa famille ont été tués, et elle espère toujours obtenir des informations à propos de deux proches qui ont disparu.

Pour Mme Caribou, il est difficile de ne pas perdre espoir au sujet de l'enquête. « Je prie », dit-elle.

L'enquête a terminé ses audiences en Colombie-Britannique la semaine dernière. Elle doit maintenant se déplacer à Winnipeg pour une audience prévue le 16 octobre.

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