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L'entente entre Uber et Québec est une trahison, clame l'industrie du taxi

Pendant que le premier ministre Philippe Couillard se félicite de l'entente de principe conclue entre son gouvernement et Uber, les représentants de l'industrie du taxi estiment que le projet pilote qui permet à la multinationale de poursuivre ses activités constitue une trahison dont ils font les frais.

« Je suis très fier qu'on ait réussi à accueillir la modernité dans un esprit d'équité », a commenté M. Couillard en conférence de presse. « Je pense que c'était important de faire cohabiter l'innovation et l'équité pour tous les participants à cette industrie, qui a besoin de changer, qui est en changement et qui va continuer à changer. »

Selon M. Couillard, la possibilité que la valeur des permis de taxi diminue en raison de cette entente n'est qu'une « hypothèse » à l'heure actuelle. « On ne le sait pas encore. C'est pour ça que c'est un projet pilote sur un an, qui va permettre particulièrement de mesurer le niveau d'activité des chauffeurs de taxi pendant [le] projet pilote. »

Les représentants de l'industrie sont toutefois d'un avis diamétralement opposé. Ils réclament d'ores et déjà que le gouvernement rachète les permis des chauffeurs de taxi traditionnels si le projet pilote d'une durée d'un an va de l'avant.

« Le gouvernement a toujours affirmé qu'il ne créerait pas deux catégories de chauffeurs », a déploré le porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi, Guy Chevrette.

Lui-même ancien ministre des Transports, Guy Chevrette dénonce l'absence d'un plafond d'heures travaillées, l'absence d'un permis d'exploitation et l'absence de territoire pour les chauffeurs d'Uber, alors que les chauffeurs traditionnels doivent s'y astreindre.

Il déplore que les chauffeurs d'Uber puissent travailler plus d'heures par semaine que celles prévues par le projet pilote, moyennant une contribution accrue (soit les pénalités dont l'accord fait état).

M. Chevrette avance que les 50 000 heures de taxi par semaine qui seront accordées à Uber représentent l'équivalent de 1250 permis supplémentaires dans les rues du Québec. « Ça ne roule pas 24 heures par jour [un taxi], dénonce M. Chevrette. Ça roule intensément à peu près de 8 à 10 heures par jour. »

De plus, les chauffeurs d'Uber auront la possibilité d'augmenter leurs tarifs jusqu'à 150 % en cas de « force majeure », tonne M. Chevrette, une possibilité que les chauffeurs de taxi n'ont pas.

« Qui déterminera ce qu'est une force majeure? », s'interroge M. Chevrette. « Une tempête? Un spectacle au Centre Vidéotron? »

M. Chevrette soutient que son regroupement envisage d'entamer des procédures judiciaires pour faire respecter les droits des 22 000 chauffeurs qu'il représente.

Il souligne que le gouvernement avait l'obligation d'afficher le contenu du projet pilote au moins 20 jours avant son entrée en vigueur. Or, il n'a toujours pas été publié et le projet est déjà en place.

En plus de dénoncer l'entente conclue par Québec, M. Chevrette dénonce également les « pratiques illégales » d'Uber.

« Partout où il y a des ententes [avec Uber], il y a irrespect quasi total. On a vérifié à Ottawa, à Edmonton et dans plusieurs États, ils ne respectent pas les ententes et ils transfèrent ensuite l'argent dans des paradis fiscaux », a-t-il dénoncé .

« Couillard encourage l'illégalité »

L'absence de permis d'exploitation d'un taxi équivaut à un « cadeau de 250 millions de dollars » à la multinationale américaine, a pour sa part avancé le porte-parole du Regroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ), Abdallah Homsy, qui parle d'une « trahison totale » de la part du gouvernement du Québec.

« Moi, je pense que M. Couillard, il vient d'envoyer un message clair : "être un citoyen honnête, ça ne marche pas ici". Il encourage des gens qui sont complètement illégaux et qui ne paient pas leurs arrérages. Les multinationales qui rentrent ici peuvent faire ce qu'elles veulent. »

Une honte, selon le RATM-Métallos 

« C'est une trahison et c'est une honte », a commenté par voie de communiqué Benoît Jugand, porte-parole du Regroupement des travailleurs autonomes - Métallos, qui représente plusieurs centaines de chauffeurs de taxi.

Selon lui, le gouvernement Couillard et Uber ont joué « le dernier acte d'une mauvaise comédie » en fixant derrière des portes closes les « conditions d'appauvrissement » des propriétaires et chauffeurs de taxi du Québec.

Fer de lance de nombreuses manifestations contre Uber qui ont eu lieu l'an dernier, le RATM-Métallos déplore plus particulièrement la décision du gouvernement de ne pas tenir compte du système de quotas par agglomération. Ce système faisait en sorte qu'aucun nouveau permis de taxi n'avait été délivré à Montréal depuis 2003.

« Comment le gouvernement pourra-t-il surveiller qu'Uber respecte ces heures? Quelles amendes seront prévues? Où ira l'argent prévu en compensation, le 45 ¢ par course? Dans les poches des intermédiaires ou dans celles des 22 000 taxieurs qui seront appauvris? », se demande M. Jugand.

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