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L’entraîneur de gymnastique Michel Arsenault visé par des allégations d'agressions sexuelles

Intimidation, violence verbale et physique, agressions sexuelles : l'entraîneur de gymnastique Michel Arsenault aurait eu des comportements inappropriés envers ses athlètes. Radio-Canada Sports a recueilli plusieurs témoignages, dont ceux de trois femmes qui soutiennent avoir été agressées sexuellement par Michel Arsenault alors qu'elles étaient mineures.

Une enquête de Christine Roger, Marie Malchelosse, Michel Chabot et Jacques-Alexis Bernardin

Au cours des 30 dernières années, Michel Arsenault est devenu l’un des entraîneurs de gymnastique les plus chevronnés au pays. Il s’est même rendu jusqu’aux Jeux olympiques de Barcelone.

Michel Arsenault a fait ses débuts au Flipgym de Montréal, en 1983, à 22 ans. Deux anciennes gymnastes, Linda et Véronique, expliquent que le ton aurait changé dès la deuxième année sous la gouverne de l’entraîneur.

« Du jour au lendemain, on est arrivé à l’entraînement et on ne pouvait plus l’appeler Michel, il fallait qu’on l’appelle Monsieur Arsenault. Et il fallait dire vous », raconte Linda*.

« Il commençait à faire des crises, à nous réprimander de façon très sévère, dès les premières erreurs qu’on faisait. Vraiment, il y a eu un changement drastique de son comportement », ajoute Véronique*.

Un comportement qui inquiète

Monique St-Arnault, une entraîneuse qui travaillait avec Michel Arsenault, aurait commencé à s’interroger lorsqu’elle a su que son collègue posait des questions à caractère sexuel à des jeunes athlètes.

« Une de mes gymnastes m’a dit qu’il y avait des questions qu’elle n’était vraiment pas à l’aise de répondre. (...) Si elle avait des rêves érotiques. Deuxième question, si ça arrivait qu’elle se touche. Si elle avait des fantasmes sexuels (...) Mes gymnastes avaient entre 12 et 16 ans », se souvient Monique St-Arnault.

Mais Michel Arsenault aurait été plus loin. Il aurait aussi agressé sexuellement trois de ses gymnastes alors qu’elles étaient mineures.

Isabelle raconte que Michel Arsenault l’aurait forcée à le masturber alors qu’elle avait 15 ans. Il était son entraîneur dans les années 1980.

« Je revis le moment. Il me touchait. Il m’a embrassé. (...) Pour une raison ou une autre, je ne sais pas pourquoi, mais j’étais déshabillée… juste mon haut. (...) Naturellement, il m’avait demandé de ne pas en parler à personne. »

Une deuxième gymnaste, Josée*, a témoigné par écrit, à condition que son identité soit protégée.

« Il a prétexté une réunion entraîneur athlète pour se vider sur moi et il m’a laissé la, dans sa chambre pleine de sperme. J’ai pleuré et je suis retourné chez moi. »

Michel Arsenault aurait aussi instauré des séances de massage, dans le noir, au vestiaire. Selon les témoignages obtenus, les gymnastes étaient jumelées, mais l’entraîneur participait aussi aux séances, avec l’une ou l’autre des jeunes filles.

C’est dans ces circonstances que Linda aurait subi des attouchements sexuels. Elle avait alors 14 ans.

« Quand il massait, c’était correct au début, mais à un moment donné, il y avait toujours une main qui descendait plus bas ou sur les parties que moi je ne voulais pas nécessairement, confie-t-elle. Je l’ai laissé aller pour quelques secondes ou peut-être quelques minutes. Je ne peux pas dire combien de temps parce que j’ai figé, j’ai gelé. Moi, par la suite, je me suis assise, recroquevillée sur moi-même. À chaque fois qu’on faisait des massages, je m’arrangeais pour me placer avec une autre fille, pour pas qu’il puisse me toucher. »

Amenée à préciser la nature des gestes posés, Linda a affirmé que Michel Arsenault avait touché ses parties génitales.

Isabelle soutient à son tour avoir vécu une expérience similaire quand Michel Arsenault était son entraîneur.

« Je sais que pendant que moi je recevais le traitement, c’était un traitement très intime, que ce soit entre les jambes, que ce soit des mots dans l’oreille, que ce soit… C’était inconfortable. »

De son côté, Véronique dit se souvenir d’avoir été témoin d’un épisode dans le vestiaire du gymnase.

Des lettres d’amour

À 16 ans, Isabelle a reçu une lettre d’amour de son entraîneur, lettre dont Radio-Canada Sports a obtenu copie. L’entraîneur lui proposait alors de la marier lorsqu’elle aurait 18 ans. Une experte judiciaire en écriture a confirmé que la lettre avait bel et bien été écrite par Michel Arsenault.

Andrée Montreuil, une collègue d’Arsenault à l’époque, affirme avoir reçu des confidences de l’entraîneur.

« Il a demandé à me rencontrer, je ne savais pas de quoi il voulait me parler. On s’est assis dans le bureau. Il m’a dit qu’il était tombé en amour avec une gymnaste, qu’il était tombé en amour avec Isabelle », indique-t-elle.

Isabelle aurait trouvé une façon extrême de se soustraire aux entraînements et, par le fait même, aux regards et au toucher de son entraîneur.

Elle se causait des blessures physiques, ce qui était à ses yeux, la seule façon d’éviter Michel Arsenault.

Intimidation, humiliation et propos dénigrants auraient fait partie du quotidien des gymnastes entraînées par Michel Arsenault.

« Cette fois là, mon père était dans le gymnase parce qu’il était arrivé. Il (Michel Arsenault) m’a dit : "Tu es chanceuse que ton père soit là parce que je t’aurais giflée." C’est là que j’ai compris qu’il était capable de passer à l’acte », indique Sophie, une ancienne gymnaste.

« Il me traitait de niaiseuse, de pas belle, de pas bonne », se souvient Linda.

« Beaucoup de violence verbale. Tu es conne, tu es stupide, tu es faible, tout ce qui pourrait nous rabaisser, nous interdire d’être gentilles avec une autre gymnaste », souligne Nadia Thivierge, qui a aussi eu Michel Arsenault comme entraîneur.

Plusieurs anciennes gymnastes, dont Nathalie et Julie, expliquent qu’elles craignaient la réaction de leur entraîneur si elles rataient un élément.

« J’étais sur la poutre, je ne voulais pas faire un certain mouvement. Je restais figée, debout, les deux bras dans les airs et je pleurais. (...) À un moment donné, il a pris la poutre, l’a levée dans les airs au bout de ses bras en la shakant et moi, je suis tombée par terre », se souvient Nathalie*.

Nadia Thivierge et Caroline* font partie des athlètes à avoir été victimes de violence physique alors qu’elles étaient sous la gouverne d’Arsenault.

« Je me souviens que j’étais aux barres asymétriques. (...) Il était verbalement violent, méchant agressif, exigeant. Je me suis fâchée, c’était fini pour moi. (...) J’ai pris mes choses pour aller au vestiaire. Il m’a sortie du vestiaire par le cou et l’épaule. Je touchais à peine à terre. Je l’ai écouté », soutient Nadia Thivierge.

« On s’est pris des claques. Moi, je me suis pris des coups de pied au derrière, des claques dans la figure. (...) Moi, j’ai eu un bon coup de pied aux fesses, et pas un petit », raconte Caroline*.

Michel Arsenault aurait peu à peu instauré un régime duquel les parents étaient exclus. Des rideaux auraient notamment été installés afin que les parents ne puisse voir leurs enfants s’entraîner.

« Les raisons qui étaient données pour ça, c’est qu’il y a des gens qui pourraient épier les méthodes de coaching (...). Comme parents, on n’avait accès à rien, rien, rien du tout », souligne Nicole*, la mère d’une gymnaste.

« Tu parles de moins en moins à tes parents de ce que qui se passe au gym, parce que tu sens que tu es en train de trahir celui qui va t’emmener sur le podium olympique, celui qui te promet de vivre ton rêve de petite fille. Tu es vraiment dans un conflit de loyauté entre lui, qui se donne des airs de maître, de dieu, de demi-dieu, et tes parents », ajoute Véronique.

Les témoins qui ont accepté de se livrer soutiennent que les blessures demeurent vives, encore aujourd’hui.

Suspension et plainte

Quatre ans après l’arrivée de Michel Arsenault au Flipgym, en 1987, la Fédération a décidé de le suspendre de toute compétition. Le directeur général actuel de Gymnastique Québec, Serge Castonguay, explique que l’entraîneur avait été suspendu pour un an pour un trouble de comportement envers les entraîneurs et les officiels.

« Il pouvait enseigner, au Québec, dans son club, mais il ne pouvait pas représenter le Québec ni comme gérant ni comme entraîneur. Il ne pouvait pas encadrer une équipe du Québec dans le cadre de compétitions nationales ou internationales. »

Puis, en 1993, Michel Arsenault a été congédié par le club. Le président du Conseil d’administration de l’époque, Serge Jeudy, se souvient des raisons qui ont conduit à son congédiement.

« Brutalité, violence, insultes, moqueries. Diminuer les athlètes, humilier physiquement, des humiliations d’apparence physique. »

Notre enquête a aussi permis d’apprendre qu’une plainte a été faite à la police contre Michel Arsenault, dans les années 1990. Aucune accusation n’a toutefois été portée contre lui à la suite de cette plainte. Le Service de police de la Ville de Montréal n’a pas voulu donner plus de précisions.

Après avoir contesté son congédiement au Flipgym, Arsenault a quitté le Québec en 1994 pour l’Alberta. En 2002, il a ouvert son propre gymnase, le Champions Gymnastics, à Edmonton, où il entraîne toujours de jeunes athlètes.

Nous avons tenté de joindre Michel Arsenault à plusieurs reprises, mais il n'a pas répondu à nos appels ni à nos messages.

**Des noms fictifs ont été utilisés à la demande des témoins afin de protéger leur identité.

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