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L’espionnage, de la Mésopotamie à WikiLeaks

Les chefs du renseignement américain accusent aujourd'hui Moscou d'avoir interféré dans la dernière élection présidentielle. Ces craintes d'ingérence étrangère ne datent pas d'hier, pas plus que l'espionnage. Même si la technologie a évolué, des James Bond existaient déjà dans l'Égypte ancienne et en Mésopotamie. Retour dans le temps.

Un texte de Laurence Niosi

Au 7e siècle av. J.-C., les Assyriens avaient conquis un territoire allant de l’Égypte à l’Iran actuel. Mais voilà : la menace de rébellions dans les royaumes annexés n’était jamais loin. Un réseau d’espions – qui transmettaient de l’information directement au roi – était nécessaire pour garder l’empire néo-assyrien intact.

Si les Assyriens n’avaient pas d’organisations de renseignement indépendantes comparables à la CIA ou au KGB, ils utilisaient plusieurs tactiques devenues classiques, comme l’infiltration et les opérations de déstabilisation, écrit dans Hezekiah and the Assyrian Spies le théologien Peter Dubovsky, qui se base sur des livres bibliques et des archives des anciennes cités Ninive et Nimrud.

Puis, l’espionnage politique est né avec la diplomatie et plus particulièrement dans la Venise de la Renaissance. La république italienne avait des représentants commerciaux partout en Europe.

« [Ses représentants] faisaient des rapports sur ce qui se faisait à la cour. Ces chroniques, on peut les consulter, ce sont les premiers rapports d’espionnage politique de l’histoire moderne », explique Michel Fortmann, professeur honoraire de science politique à l'Université de Montréal.

De célèbres espions ont fait leur marque au fil des siècles. Au 16e siècle, le secrétaire d’État Francis Walsingham interceptait des correspondances et déjouait les complots contre la reine d'Angleterre Elizabeth Ire à l’aide de ses informateurs partout en Europe.

Le cardinal français Richelieu, puissant premier ministre du roi Louis XIII et antagoniste machiavélique dans le classique d’Alexandre Dumas Les trois mousquetaires, avait lui aussi un vaste réseau d’espionnage.

L’espionnage se bureaucratise

Avant 1900, le monde de l’espionnage était pourtant encore très petit, écrit dans son livre A Century of Spies le chercheur américain Jeffery T. Richelson, l’un des grands spécialistes du sujet. Même si les pays européens maintenaient des organisations de renseignements, elles existaient généralement en « périphérie des gouvernements, en manque de personnel et sous-financées », ajoute-t-il.

Que s’est-il passé? Les peurs de la guerre et des espions étrangers dès le début du 20e siècle ont poussé les décideurs à mettre au point un renseignement plus sophistiqué, estime l'auteur.

Et puis, la taille de l'État a grandi. « La bureaucratisation [de l’espionnage] commence au début du 20e siècle et atteint son apogée après la Seconde Guerre mondiale. Des services qui au départ étaient plus ou moins broche à foin [ne l’étaient plus], comme les États-Unis qui n’avaient pas de service très organisé avant 1940 », raconte Michel Fortmann.

L’Agence centrale de renseignement (CIA) américaine n'a été créée qu'en 1947, presque 50 ans après la Secret Intelligence Service (MI6) britannique.

C'est aussi au début du siècle, et particulièrement avec la Première Guerre mondiale, que la technologie a commencé à prendre une place importante dans la collecte d'information. Les photographies aériennes, la radio et le système d'antennes influençaient les communications et même le cours des événements.

Une crainte perpétuelle d'ingérence

La peur des États-Unis d'une ingérence étrangère dans leurs élections ne date pas non plus d'hier. Des craintes remontent dès l'indépendance, à la fin du 18e siècle, écrit la professeure de droit Zephyr Teachout.

L'un des signataires de la déclaration d'indépendance, Elbridge Gerry, mettait en garde contre l'infiltration de « personnes ayant des liens avec un pays étranger ». « Tout le monde connaît bien les vastes sommes dépensées en Europe pour les services secrets », écrivait-il.

En s'ingérant dans les élections américaines de 2016 par le biais de cyberattaques, les Russes ont eu recours à des activités d'espionnage classiques utilisées depuis des milliers d'années, soit la collecte d'information.

Mais la nouveauté, estime l'historien Vince Houghton, cité dans The Atlantic, c'est la diffusion de l'information recueillie, notamment par le biais de WikiLeaks, afin de faire pencher la balance. L'histoire de l'espionnage, selon lui, rentre ainsi dans « un territoire inexploré ».

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