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L'État islamique accusé de « génocide » envers les yézidis

« Le génocide des yézidis se poursuit ». Tel est le constat implacable de la commission d'enquête de l'ONU sur les droits de l'homme en Syrie, au terme d'une enquête menée sur le sort que le groupe armé État islamique (EI) réserve à cette minorité kurdophone.

Le groupe extrémiste sunnite a procédé au transfert forcé de yézidis après avoir conquis leur fief de Sinjar, dans le nord de l'Irak, et cherche depuis à les « détruire de multiples façons », concluent les enquêteurs, sur la base de témoignages de rescapés.

« L'EI soumet chaque femme, enfant et homme yézidi qu'il capture aux atrocités les plus abominables », affirme dans un communiqué le président de la commission Paulo Pinheiro. 

L'EI force les hommes à choisir entre la conversion à l'islam et la mort, enrôle les plus jeunes pour les envoyer au front, transforme les femmes en esclaves sexuelles, parfois vendues au marché, et viole des fillettes âgées d'à peine neuf ans.

Cela correspond en tous points à la définition de génocide qui se trouve dans la Convention de Genève de 1948, estime la commission d'enquête, qui appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à saisir la Cour pénale internationale.

« L'EI ne cache pas qu'il a l'intention de détruire les yézidis de Sinjar, et c'est un des éléments qui nous permet de conclure que leurs actions constituent un génocide » affirme une enquêtrice, Carla del Ponte. « C'est une feuille de route pour une poursuite. »

« Les survivants qui se sont échappés de leur captivité en Syrie décrivent comment ils ont enduré des viols brutaux, souvent de façon quotidienne, et ont été punis s'ils essayaient de s'échapper », explique un autre enquêteur, Vivit Muntarbhorn.

« Aucun autre groupe religieux présent dans les territoires contrôlés par l'EI en Irak et en Syrie n'a été soumis à la même destruction dont souffrent les yézidis », souligne en outre le rapport, publié jeudi.

Selon les enquêteurs, les puissances mondiales doivent tout faire pour sauver au moins 3200 femmes et enfants toujours entre les mains de l'EI.

État islamique, le règne de la terreur

Que fera le Conseil de sécurité de l'ONU?

Le calvaire des yézidis a commencé à l'été 2014 lorsque l'EI a décidé d'étendre son « califat » en Irak. Les djihadistes ont capturé la ville de Sinjar, dans le nord du pays, massacrant une partie de la population, et provoquant un exode tragique vers le mont Sinjar.

Leur sort avait incité les États-Unis à lancer des frappes aériennes contre l'EI en Irak. Sinjar a finalement été libéré par les forces kurdes en novembre 2015. Des charniers ont  ensuite été découverts dans la région. 

Les yézidis forment un groupe ethnique pratiquant une religion monothéiste empruntant à d'autres religions, dont le christianisme et l'islam. Regroupés dans le Kurdistan irakien, ils sont considérés comme des hérétiques par l'EI, formé de sunnites.

En mars 2015, d'autres enquêteurs de l'ONU avaient souligné que les attaques des djihadistes de l'EI contre la minorité yézidie « pourraient constituer un génocide ».

Début 2016, les États-Unis et le Parlement européen ont affirmé que les massacres perpétrés par le groupe EI contre les yézidis étaient un génocide.

Au Canada, le premier ministre Justin Trudeau et la majorité des députés libéraux ont voté mardi contre une motion du Parti conservateur déclarant que les violences perpétrées contre le groupe par l'EI constituent un génocide.

M. Trudeau condamne fortement les « atrocités » commises par le groupe, mais a choisi pour l'heure de demander formellement au Conseil de sécurité des Nations unies de déterminer s'il était approprié de qualifier ces violences de génocide.

Pour que la Cour pénale internationale soit saisie du dossier, le Conseil de sécurité des Nations unies doit présenter un front uni. D'après l'enquêtrice Carla del Ponte, le Conseil de sécurité n'a aucune raison d'être désuni sur ce sujet, car il a inscrit l'EI sur la liste noire des organisations terroristes.

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