Les forces irakiennes ont réussi à resserrer l'étau sur Mossoul au cours des premières 24 heures de l'offensive visant à reprendre cette grande ville du nord du pays des mains du groupe armé État islamique (EI). 

Partis de l'est de la ville lundi matin, les peshmergas kurdes disent avoir repris neuf villages aux djihadistes, ou 200 kilomètres carrés, selon le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani.

Selon eux, la ligne de front à l'est a été repoussée d'environ 8 kilomètres, pour s'établir à environ 30 kilomètres de Mossoul. Les Kurdes affirment en outre contrôler un « tronçon important » des 80 km de route reliant Mossoul à Erbil.

L'armée irakienne, qui avance depuis Qayyarah, au sud de la ville, soutient pour sa part avoir repris une dizaine de villages à l'EI.

Selon Associated Press, la situation est cependant plus calme sur le front est mardi matin, les forces irakiennes effectuant une pause après cette première journée de l'offensive.

« Nous ne faisons que maintenir nos positions », affirme le colonel kurde Khathar Sheikhan. « Nous avons atteint nos objectifs ». Selon lui, des soldats irakiens vont prendre la relève pour poursuivre l'avancée vers Mossoul.

Le premier ministre Haïdar Al-Abadi a assuré lundi que seules l'armée et la police irakiennes entreraient dans Mossoul, une ville majoritairement sunnite.

Le brigadier général Haïdar Fadhil de l'armée irakienne soutient que ses troupes devaient avancer à l'aube, mais que cela a été retardé à la demande des Kurdes, qui voulaient plus de temps pour atteindre leurs objectifs.

Selon lui, les commandants de l'armée irakienne et des peshmergas doivent se rencontrer mardi soir pour discuter des opérations.

« Il n'y a pas de pause dans nos efforts pour libérer Mossoul », affirme pour sa part le colonel John Dorrian, porte-parole de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, qui offre un soutien aérien aux troupes au sol.

« Des troupes avancent le long de différents axes vers la ville », affirme-t-il. « Certains commandants ont atteint leur objectif plus rapidement que prévu, en raison d'une résistance faible à modérée ».

L'EI affirme de son côté avoir mené une douzaine d'attaques contre les forces qui avancent vers Mossoul, dont huit visant les peshmergas. Elle soutient que les forces irakiennes n'ont capturé que trois villages.

Personne parmi les belligérants ne rapporte de morts ou de blessés dans ses rangs. Deux députés kurdes affirmaient cependant lundi soir qu'au moins huit combattants kurdes ont été tués lors des premières opérations.

L'offensive irakienne se déroule sous un ciel noirci par des colonnes de fumée qui s'échappent, selon plusieurs sources, de puits de pétrole incendiés par l'EI afin d'empêcher la coalition de mener des raids aériens.

La coalition internationale affirme tout de même avoir frappé 52 cibles lundi.

Le rôle trouble d'Ankara

L'armée de l'air turque n'a pas encore participé aux frappes de la coalition internationale contre les positions l'EI à Mossoul, la métropole du nord de l'Irak, mais un accord a été conclu en ce sens, a déclaré mardi le premier ministre turc, Binali Yildirim. Plus tôt dans la journée, il avait plutôt affirmé que l'aviation turque était déjà impliquée dans l'offensive.

Les autorités irakiennes n'ont pas confirmé qu'une telle entente a été conclue. Bagdad conteste depuis des mois la présence de troupes turques sur la base de Bachika, dans le nord de l'Irak, et sont en désaccord avec Ankara concernant la participation de miliciens kurdes à l'offensive. 

À Bagdad, des milliers de partisans du chef religieux chiite Moqtada Sadr ont d'ailleurs manifesté devant l'ambassade turque à Bagdad, mardi, pour demander le retrait des troupes turques du territoire irakien. « Sortez, sortez, occupants », ont-ils scandé.

La crainte des boucliers humains

Des dizaines de milliers de civils pourraient être utilisés comme boucliers humains à Mossoul, a dit mardi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Selon des estimations, la ville abriterait de 1 à 1,5 million de civils à l'heure actuelle.

Thomas Weiss, qui dirige la mission de l'OIM en Irak, ne cache pas par ailleurs qu'il redoute une envolée du nombre d'habitants forcés de fuir les zones de combats à mesure que les opérations militaires progresseront.

La coordinatrice humanitaire de l'ONU pour l'Irak, Lise Grande, a déjà fait savoir qu'elle s'attend à ce que 200 000 personnes soient déplacées par les combats « dans les deux premières semaines », un chiffre susceptible d'augmenter au gré de la progression de l'offensive.

L'UNICEF affirme pour sa part que la moitié des civils qui se trouvent encore à Mossoul sont des enfants. Elle demande à toutes les parties impliquées dans le conflit de les protéger.

Selon M. Weiss, l'OIM a aussi commencé à se procurer des masques à gaz de peur que les djihadistes ne recourent à des armes chimiques, mais elle n'en pas obtenu beaucoup, a-t-il ajouté.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) partage cette crainte. Il affirme avoir renforcé ses centres médicaux, afin notamment d'être en mesure de soigner des patients qui auraient été victimes d'armes chimiques, selon Robert Mardini, qui dirige les opérations du CICR dans la région.

Amnistie internationale a de son côté appelé Bagdad à s'assurer que les forces de sécurité irakiennes et les nombreuses milices paramilitaires ne commettent pas d'abus sur les civils. Selon l'ONG, ces combattants ont détenu arbitrairement, torturé et exécuté des « milliers » de civils fuyant les zones tenues par l'EI dans le passé.

Elle cite notamment le cas de quelque 1300 hommes et garçons provenant d'une ville au nord de Falloujah qui ont été arrêtés par des miliciens. Selon des témoins interrogés par Amnistie internationale, ils affirment avoir été détenus dans une ferme abandonnée, où ils ont été frappés avec divers objets, et privés de nourriture et d'eau.

Réunion sur l'avenir de Mossoul

Alors que les forces irakiennes ne sont pas encore entrées à Mossoul pour une bataille qui pourrait durer des mois, la France et l'Irak organisent jeudi à Paris une réunion ministérielle avec une vingtaine de pays pour « préparer l'avenir politique » de la ville. 

« Il faut anticiper, préparer "le jour d'après", et la stabilisation de Mossoul après la bataille militaire », a plaidé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, lors d'une rencontre avec la presse, précisant que l'Iran, pays pourtant très influent dans le conflit irakien, n'avait pas été convié.

Au total, une vingtaine de pays dont les États-Unis, la Turquie, les pays du Golfe et les Européens ont été invités pour cette réunion coprésidée par M. Ayrault et son homologue irakien Ibrahim Jaafari, qui sera ouverte par le président français François Hollande.

« Il faut gagner la guerre, mais aussi examiner tout ce qui peut permettre de gagner la paix. Que se passe-t-il après? Il faut mettre une administration en place, préparer la stabilisation », a insisté le ministre français, dont le pays participe à la coalition internationale.

Les principaux ministres de la Défense de la coalition internationale engagée contre l'EI doivent aussi se rencontrer la semaine prochaine pour faire le point sur la bataille de Mossoul.

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